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DUB SIDE OF THE MOON |
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Easy
star all star
Celui-là, j’y tiens, car je dois bien avouer qu’au départ, j’y croyais autant qu’au désistement de Sarkosy en faveur de Douste-Blazy pour les prochaines présidentielles. Avouez que l’idée avait de quoi, sinon faire fuir, au moins plonger dans la perplexité : un album reprenant l’intégralité de Dark Side of the Moon du Pink Floyd en versions reggae-dub… Pour ceux qui n’ont jamais mis un dread hors de Jamaïque ou qui vivent en ermite au Tibet depuis trente-cinq ans, rappelons que Dark Side of the Moon sert depuis sa sortie en 1974 à tester les capacités de la chaîne hi-fi stéréo que l’on va offrir au petit neveu pour Noël, et sinon… Euh sinon, faut 1) aimer, 2) oser avouer aimer en présence de musiciens ou de mélomanes. Icône du planant grand public des années 70, cet album est aussi le dernier vrai bon album du Floyd, qui depuis alterne le défendable-pour-les-fans (Wish you were here, certains titres de The Wall) et la bouillasse FM conceptuelle et prétentieuse (tout le reste). Quel rapport avec le dub, me demanderez-vous ? Aucun, vous répondrai-je par politesse, puisque, après quelques minutes d’écoute de l’album du Easy-Star All Star, cette question n’aura plus aucune raison d’être. Après quelques minutes d’écoute de l’album d’Easy-Star All Star, on ne pose pas de question, on bouge la tête en rythme avec un sourire béat et un peu stupide d’une oreille à l’autre. Reste à constater que l’idée absurde accouche d’un résultat extrêmement honnête et qui dépasse toutes mes espérances. Rien de révolutionnaire, certes, mais le tout passe tellement bien entre les oreilles que cela mérite d’être noté à une époque où l’on semble accepter sans broncher n’importe quelle daube fade et mollassonne pourvu qu’elle soit étiquetée reprise “electronica-dark-tech-80’s-revival” ou “bossa-membo-bo-bo”. L’album est respecté au morceau près, et l’on retrouve tous les éléments sonores qui ont fait les grandes heures du Floyd (sauf les soli interminables de David Gilmour, mais bon…) assaisonnés d’une rythmique reggae/dub qui enchaîne les riddims imparables comme Claude Lelouch les mauvais films. De nombreux passages de l’original usaient notamment de manière mémorable d’effets sonores stéréo, et l’utilisation de ces mêmes effets adaptés au contexte reggae/dub est étonnamment réussi - ça s’appelle de la pertinence, ou je ne m’y connais pas. Quand les rythmiques prennent des libertés avec tant l’original que les syncopes du reggae, cela tombe également à pic (cf. les breakbeats soulignant “On The Run”). En bref, toutes les prises de liberté vis-à-vis de l’original sont jouissives (le toast sur “Time”, le break rasta-style sur “Money”, les cuivres sur “Any Color You Like”, j’en passe car il y a des bonnes idées toutes les douze mesures en moyenne), les rythmiques sont d’un dynamisme et d’une robustesse sans faille et les orchestrations sont d’une justesse hypnotique. Et en plus, une fois déroulé l’intégralité de l’album du Floyd, on a droit à un petit bonus d’adieu – et d’aucuns diront à une putain d’apothéose – soit quatre titres qui méritent une place au panthéon du dub-roots moderne : une version alternative de “Time” qui ne conserve plus grand-chose de l’original – total version rockers’ style avec melodica à tirer des larmes et percus à invoquer Jah jusqu’aux Kerguelen ; une version véritablement dub et plus du tout reggae du “Great Gig In The Sky” avec grosse basse à faire péter mes pauvres petites enceintes d’appartement et clavinet au diapason ; et enfin le riddim déjà rencontré sur “Any Color You Like”, cette fois sur un toast intégral et imparable titré “Step It’pon The Rastaman Scene”, accompagné de sa version dub roots style avec reverb sur les vocaux et grand retour des cuivres – tout ça mérite de renvoyer à leurs chères études roots les trois quarts des praticiens du dub de ces vingt-cinq dernières années. Et de tourner en boucle sur tous les bons minis sound-systems de nos humbles demeures. Parce que ce serait dommage d’ignorer à quel point le Flamant Rose s’est bien acclimaté à la Jamaïque. RemainUnderground |
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