FRENCH DUB SYSTEM 2.0

French Dub System 2.0
Wagram, mai 2005.

             En musique comme ailleurs, chacun sait que la sagesse populaire a toujours raison, et que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures compotes, et avec les vieilles formules qu’on fait les meilleures ventes. Autant dire que le bon vieux coup de la compilation mélangeant valeurs sûres et jeunes artistes plus “expérimentaux” a encore de beaux jours devant lui. Dernier symptôme en date, French Dub System 2.0 fait suite à un volume 1.0 paru l’été dernier, remarquable par la diversité des univers musicaux regroupés avec un maximum de cohérence et transcendé par la présence de deux des meilleurs titres du dub moderne, le Cube Dub de Brain Damage et le No War de Framix.

Quoique d’excellente tenue, le volume 2 propose moins de titres phares incontestables, mais n’en recèle pas moins quelques excellentes surprises et demi-surprises. Passons rapidement sur les titres déjà connus des habitués de Dubzone, lesquels doivent déjà connaître sur le bout des dreads et des faders le bouillonnant “War Still A Run” de Zenzile, extrait de leur dernier album, le torturé et tourbillonnant “A Dub Song” de Lab°, le dreadeux et jouissif “The Real Source in Dub” des Improvisators Dub, l’arabesque électronique “L’Uzure” d’Hybrid Sound System et l’irrésistible “Hammond versus Bass” de Pirate Dub (déjà proposé dès 2004 dans une compilation mp3 Dubzone, soit dit en passant). Oublions très vite les morceaux dispensables (un Framix routinier et copieusement plat, un GG Project qui souffre de la comparaison avec ses camarades et voisins). Parmi les “exclus”, c’est-à-dire les avant-premières d’albums à venir, Fedayi Pacha confirme tout le bien qu’on pensait déjà de lui avec un excellent et orientalisant “L’Ile Aux Chiens” qui rend de moins en moins supportable l’attente d’un premier album qui nous met l’eau à la bouche depuis belle lurette (et surtout depuis une belle performance live au Batofar…), et Dub Wiser frôle la perfection avec l’extraordinaire “Nashdaf”, que je propose d’ors et déjà pour le Remain d’Or du meilleur titre d’électro-dub cuvée 2005, et qui a tellement pris racine sur ma platine que j’ai à présent peur que celle-ci ne cherche à me mordre si j’essaye d’en retirer le CD.

Mais ce que l’on attend surtout au tournant dans ce genre de compil, ce sont bien évidemment les inédits, lesquels, en ce qui me concerne, peuvent déclencher à eux seuls l’acte d’achat. Ou pas. Si, répétons-le, le volume 2 n’atteint pas les cimes de son grand frère, il n’a rien non plus d’un Massif Central pour retraités arthritiques. Certes, le remix d’Aïzell par Brain Damage n’est pas inoubliable, et je préfère me relever la nuit pour écouter les œuvres respectives de ces deux grands groupes que ce petit morceau qui a pour seul atout de nous faire retrouver les sonorités très caractéristiques du duo stéphanois, hélas sans grande excitation. Certes encore, cette version reggae-dub de l’hymne bobo-rock “Seven Nation Army” par The Dynamics (illustres inconnus pour moi jusqu’à ce jour, et je n’ai rien trouvé sur eux non plus sur le net) est trop lisse pour être honnête, trop pro pour ne pas sonner comme un morceau conçu dès le départ pour figurer dans une prochaine émission de “Paris Dernière” ou dans un blind-test chez Ardisson. Mais Manutension confirme par un exceptionnel “Jean-Philippe” en collaboration avec Winston McAnuff qu’il est bien l’un des tout meilleurs producteurs de dub roots-step en France, et peut-être même tout court (et pour que je dise du bien d’un morceau à titre en forme de prénom, il valait mieux se lever tôt et bosser ses niveaux, poil aux rigolos). Largement de quoi ne pas regretter sa dizaine d’euros. En guise de final, Löbe Radiant Dub System balaye toutes nos réserves avec un excellent “Oness & Unity” qui, sans s’aventurer très loin du style et des sonorités qui ont fait les grandes heures du groupe, s’avère largement indispensable à tout amateur de bon dub français moderne.

Là ou le volume 1.0 avait cherché à explorer au maximum le spectre du dub français, et était parvenu à s’adresser à un public plus large que celui des dubbers déjà convaincus en flirtant avec le trip-hop, le reggae roots ou l’électro expérimentale, le volume 2.0 de French Dub System semble se concentrer sur des courants plus traditionnels du dub (roots, roots-step anglais + un peu d’orientalisme électro) et se révèle au final un peu moins excitant que son prédécesseur, mais pas tellement moins indispensable pour toi lecteur qui n’achète pas systématiquement tous les disques chroniqués sur Dubzone mais qui veut quand même se tenir au courant ce qui se fait de nouveau et d’excellent sur la scène dub française pour à peine plus que le prix d’une place de cinéma. Et je sais que tu es légion.

            RemainUnderground

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