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Easy
Star All Stars – Radiodread
Easy Star Records, octobre 2006
Après le succès critique, populaire et, last
but not least, artistique du précédent opus Dub
Side of the Moon consacré à la relecture reggae-dub du Dark
Side of the Moon des Pink Floyd, les Américains d’Easy Star All Stars
s’attaquent à un monument plus récent de la prog-pop torturée mais grand
public, le OK Computer de Radiohead.
Pour mémoire, rappelons qu’il s’agit là d’un des meilleurs albums de
pop-rock of all times, à la hauteur
d’un Revolver, d’un Pet Sounds, d’un The Queen
is Dead ou d’un Loveless et que
Radiohead restera l’un des seuls groupes – à l’instar des Beatles mais à
la différence des Pink Floyd, par exemple – à avoir produit au moins deux
albums qui marqueront durablement l’histoire de la pop (OK Computer, mais aussi Kid A
ou Amnesiac selon les goûts). A
affiche prestigieuse, invités prestigieux : Horace Andy, bien entendu,
mais aussi Sugar Minott, Toots & the Maytals, Morgan Heritage et Israel
Vibration, parmi d’autres. Chaque morceau est confié à un vocaliste différent,
et, comme sur Dub Side of the Moon,
les musiciens et producteurs des Easy Star se fouillent la boîte à effet pour
transformer le rock spectaculaire à guitares et stroboscopes de la bande à
Thom Yorke en paysages dubbés et ritournelles reggae.
·
Et là, le bât blesse.
Non, pas là, plus bas. Mais ouille.
Car, là où l’application des techniques reggae-dub au classique des
Pink Floyd nous avait gratifié l’an dernier d’un excellent opus débordant
de bonnes idées et très souvent enthousiasmant, même pour un féru du disque
d’origine, il faut reconnaître que cette série de comptines reggae, bien que
plutôt agréablement enrobées façon papillotes surprises, peine à maintenir
notre intérêt dépassé la première minute de (presque) chaque morceau.
Alors, la faute à qui ?
Pas aux musiciens eux-mêmes, en tout cas : impeccables de bout en
bout, ils ne laissent transparaître aucune faute de goût. Rien à voir avec
les Musclés, quoi. Avec André Rieu non plus.
Mais sans doute au répertoire choisi. Dark
Side of the Moon était composé de longues plages méditatives, de lentes
progressions, et les morceaux les plus rapides restaient finalement assez
simples dans leurs constructions, notamment harmoniques. Au contraire, le charme
d’OK Computer réside remarquablement dans son lyrisme, auquel
contribuaient le chant en montagnes russes de Thom Yorke, les progressions
d’accords souvent complexes et les effets d’orchestrations très contrastés.
Toutes choses qui ne laissent plus beaucoup de place pour l’inventivité de
sorciers du dub. Bref, l’original étant déjà très (trop) chargé
musicalement, les Easy Star ne parviennent jamais à dépasser le stade de la
simple “reprise reggae” – qui est, rappelons-le, le plus vieil exercice de
l’histoire du reggae. À l’exception de leur rythmique (qui parfois sonne
d’ailleurs presque hors sujet) ces nouvelles versions n’apportent quasiment
rien à leurs originaux, et l’on se demande bien vite pourquoi s’être donné
autant de peine à reproduire alors
qu’on attendait une re-création (et
ça marche aussi attaché, tant les artistes n’ont ici pas l’air de
s’amuser plus que ça). Prisonniers des morceaux de Radiohead comme ils ne
l’avaient jamais été de ceux de Pink Floyd, les Easy Star All Stars
attendent les deux derniers titres de leur album, comme par hasard débarrassés
des voix ailleurs envahissantes, pour nous offrir deux purs dubs, certes encore
un peu rigides, mais bien plus au niveau que l’on attendait d’eux.
Qu’on ne se méprenne pas : je n’ai rien contre les mariages
musicaux contre-nature – d’autant moins que “musical” et
“contre-nature”, pour moi, c’est antithétique. Encore faut-il avoir
conscience des possibilités et des limitations de l’exercice. Et pour l’an
prochain, je propose un travail sur Feneral
d’Arcade Fire. Comme cela, après l’album de mes quatorze ans et celui
de mes vingt ans, les Easy Star feront sa fête à l’album de mes vingt-huit
ans, et j’espère bien être aux premières loges.
RemainUnderground
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