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WILD DUB / MODERN WILD DUB |
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Modern Wild Dub - Dread meets disco punkrocker downtown Select Cuts / Echo Beach, 05/2004
"Modern Wild Dub" est la suite logique de "Wild Dub" (voir là, plus bas), et met à l'honneur ces groupes qui, depuis quelques années, reprennent le flambeau porté en leur temps par The Clash, The Ruts, et autres Killing Joke, en mélangeant libéralement rock, punk, disco, new wave, whatever, et, bien évidemment, dub. Vous aimez The Rapture et !!!, faites connaissance avec le reste de la scène. Certes, le dub est ici souvent réduit à sa plus simple expression, voire à l'état de nuance - une grosse ligne de basse, quelques effets - mais le résultat est toujours franchement enthousiasmant, par la grâce d'une rythmique impérative, et/ou par celle d'un mélange pour le moins inattendu. Car voilà non seulement du son à l'épreuve duquel un scaphandrier en plein turbin ne pourrait pas ne pas au moins taper du pied en rythme, mais voilà aussi du son qui ne cesse de surprendre par ses capacités d'invention sur des bases pourtant annoncées à l'avance. Voyez plutôt: on ouvre le bal sur le brillant "One night in Tokyo" de Colder, qui syncope sans effort de la cold-wave bon teint (le titre est du reste issu de l'excellent album "Again", un des favoris de l'année chez Dubzone). La pression monte avec Playgroup et "Surface to air" (même label, Output, que Colder, à ne pas perdre d'oreille, si vous aimez le genre), tempo en peu plus rapide, cuivres à la On-U Sound. Brutale mais plaisante transition sur "UK decay" de Big Two Hundred, qui rappelle nettement le "Turn to red" de Killing Joke, avec beaucoup plus d'effets, et autant d'intransigeance - c'est un peu douloureux, ça chauffe un peu le crâne, mais on y retourne volontiers, sauf à se laisser aller au "Me & Guiliani down the schoolyard" de !!! (chick-chick-chick, muf-muf-muf, zboub-zboub-zboub, comme on veut), qui tient sans rougir ses 9 mn malgré ses claps en guise de caisse claire et ses cuivres Bontempi. Faut admettre, !!! est indécemment hyped-up, mais le mérite quand même un peu. Le reste est à l'avenant, au point qu'il n'y a pour ainsi dire rien à jeter. Le label DFA est bien représenté, d'abord par un titre à peine compréhensible du LCD soundsystem - il y a là, sur près de 8 mn, tous les ingrédients imaginables, un rythme poum-tchick proto-stepper, des claps, de la basse schlang, des percussions, un synthé à faire regretter Indochine, un chanteur enrhumé & sa ribambelle de choeurs, bref, n'importe quoi, mais n'importe quoi réussi - et deux titres de Radio 4 remixés par Adrian Sherwood, "Struggle", d'abord, dont la ligne de basse saturée et le chant nasillard et non moins saturé remettent l'honnête homme d'humeur Exploited / GBH / Misfits / Dead Kennedys / DOA / (insert n'importe quoi d'un peu tonique, bordélique, suintant, et daté here), et "Pipe bomb", ensuite, non moins réussi, mais difficilement plus différent, ligne de basse posée, harmonica, et delay à tous les étages. Le remix du "Babylon's burning" de The Ruts par Kid Loco, bien que d'une linéarité un peu déconcertante au départ, mérite lui aussi à l'usage mention et attention: ça commence comme du heavy metal bon teint, et ça se transforme progressivement en vrai dub des familles, et du réussi, encore, sur la seule foi d'un clavier qui répond un peu obstinément à un riff de guitare pourtant joliment borné (metal, quoi). Outhud, le demi-frère (ou soeur) de !!!, fait honneur à la famille, tout en affirmant sa spécificité, ici axée sur des guitares pas mal craspouilleuses, qui auraient eu leur place sur la scène hardcore de Washington (D.C., dit-on) d'il y a quelques années - au point que, c'est peut-être de la nostalgie, mais j'y trouve comme un arrière-goût de Fugazi. Et, si le reste n'y suffisait pas, quand on en arrive à trouver du Fugazi sur une compilation estampillée dub, il n'y a plus trop de questions à se poser: faut l'acheter.
Wild Dub - Dread meets punk rocker downton Select Cuts / Echo Beach, 07/2003
Cette compilation puise ses sources dans la scène punk/dub qui a emmergé en Angleterre à la fin des années 70 (77-81, exactement), fruit de la rencontre d'une scène punk en permanent début de fin, et de la "deuxième génération" d'immigrants jamaïcains, nés en Angleterre, et y ayant importé les innovations musicales en provenance de Jamaïque - dub, DJs, et soundsystems en tête. Le résultat se divise très nettement en deux catégories, également représentées par "Wild dub": le punk pur jus reconstruit en studio à la sauce dub, et les titres d'inspiration roots interprétés à la sauce punk. Parmi les reconstructions, la victime (consentante et satisfaite) la plus connue est certainement le "Bankrobber" de The Clash, qui en ressort épuré, appuyé sur une ligne de basse joufflue, des cymbales omniprésentes, et éthérées à coups de delay. Un dub, quoi. Dans la même veine, le traitement par Dennis "Blackbeard" Bovell de "Typical dub" (The Slits) pousse la logique à l'extrême, et produit un titre exhubérant et minimaliste, convenez que c'est en soi une performance, où ne subsistent qu'une grosse caisse métronomique quand elle n'est pas erratique, des cymbales bipolaires, et des bribes des instruments du titre original, qui ne se manifestent qu'au bon vouloir de Blackbeard, pour le moins imprévisible ici. Le principe de fusion inverse nous gratifie à son tour d'une série de titres brillants, interprétés par des punks élevés pour partie au roots dub, et qui ont su synthétiser leurs sources d'inspiration. Honneur aux précurseurs, avec le monumental "Jah War" de The Ruts, qui ouvre "Wild dub", et ça n'est que justice. "Jah War", ou le stepper avant la lettre, stepper magnifié par l'énergie d'une interprétation live, et émaillé de breaks roots qui parviennent à maintenir l'intensité du titre sur sa respectable longueur (7 mn). The Ruts ont nettement mené la danse dans ce style, et restent une source d'émerveillement 25 ans après leur trop brève carrière. Je ne saurais trop vous recommander de vous procurer leur excellent "Rhythm collission". Et de noter que l'ancien batteur du groupe sévit encore épisodiquement en tant que Small Axe, pour de rares mais brillantes productions. Dans la même veine, Killing Joke s'illustre nettement avec "Turn to red", un titre incroyable d'intensité malgré son minimalisme. Depuis le temps qu'on nous bassine avec la "fusion", il faut se tourner vers "Turn to red" pour réaliser ce que ça pourrait vraiment être. Il y a là toute l'intensité, toute la densité, de Killing Joke, mais c'est du dub. Du sale. Du suintant. Chez Dubzone, on éprouve pour l'oeuvre de Killing Joke un respect sans partage, mais après quelques tournées de "Turn to red", j'en viendrais presque à regretter qu'ils n'aient pas persisté dans cette voie. Notez quand même que Youth, le bassiste de la formation d'origine, pratique ces temps-ci un electro-dub d'assez bonne facture, notamment dans son album "Dub Trees", qui a ses riches heures - rien à voir avec Killing Joke, mais atteste au moins que l'attrait du dub a perduré. A la croisée des chemins, mi-reconstruction, mi-dunbk, le titre éponyme du très confidentiel Red Beat mérite, et s'accapare, quelque attention, en ce qu'il commence par la version originale, généreusement chaloupée, grasse sur la basse, chantée par un punk manifeste dont la voix a été épaissie d'effets bienvenus, et se prolonge, in discomix style, par une version un poil accélérée, et, généralement, plaisamment bordelisée, le tout se prolongeant de ce fait, sans trop d'efforts, sur 10 bonnes minutes. La troisième de ces deux catégories (c'est pas de la compta, c'est de l'art) comporte enfin certains des titres les plus récents, ou, les moins anciens, ceux qui avaient déjà tâté des années 80 avant leur création, et, de ce fait, sentent déjà un peu la new wave et/ou le disco. C'est valable pour l'excellent titre de Vivien Goldman, qui s'offre son brin de synthé, ça l'est tout autant pour le non moins réussi "Death Disco" de PIL, dont il me semble inutile de préciser ce qu'il évoque (un titre à faire passer The Rapture pour de l'enfant de choeur, notez), et ça l'est par dessus tout pour le joyau de clôture de "Wild Dub", "Private Life", signé Grace Jones, et magnifié par Sly & Robbie. 8 mn de leur rythmique inébranlable/inimmitable, émaillée d'interventions épisodiques de la voix si particulière de Grace Jones. Incroyable. Un coup à regretter les années 80.
MP. |
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