ECRITS

Cette rubrique se propose de recenser les écrits, quels que soient leurs formes et supports (livres, magazines, webzines, fanzines), qui parlent de dub, directement ou indirectement. Elle regroupe également les références des ouvrages ou textes cités dans d'autres rubriques du site.

Vous éditez un webzine, un fanzine papier ou une newsletter dans lequel vous parlez de dub? Vous préparez une encyclopédie du dub en quatorze volumes? Faites vous connaître.

LIVRES

Lester Bangs, “Les innocents de Babylone”, in Fêtes sanglantes et mauvais goût, éditions Tristram, 2005.

            La publication en français du deuxième recueil d’articles du critique rock Lester Bangs est déjà un événement en soi, plusieurs années après le bluffant Psychotic Reactions et autres carburateurs flingués qui regroupait la plupart de ses articles les plus fameux. (Question : Mais qui est Lester Bangs ? Réponse… Allez pas tous à la fois, j’attends… Oui, c’est ça, c’est un des créateurs de la critique rock américaine au début des années 70, amateur de mauvaise foi jouissive, de stupéfiante érudition contre-culturelle et de littérature classieuse – Kerouac, Bukowski, Ginsberg et consorts – qu’il a parfois stylistiquement presque égalée. Bonne réponse : un bon point pour m’sieur JTB là-bas au fond !)

Mais si j’en parle sur Dubzone, ce n’est pas pour essayer de convertir mes lecteurs à la grandeur des Shaggs, à la noirceur du Marble Index de Nico & John Cale, à la “grande débandaison” des Rolling Stones post-Mick Taylor ou à l’éjaculationnisme priapique du punk (“Pour en finir avec le punk – Les Racines du Punk, Première Partie” publié dans New Wave en 1977 – à jamais l’un des plus bluffants articles sur le sujet, a fortiori parce qu’il ne contient aucune réelle information musicale et qu’il n’y a jamais eu de seconde partie). C’est qu’un des articles mémorables de ce recueil raconte la visite de Bangs et de quelques autres journalistes américains bon tain / bon joint à Kingston en 1976. Comme on peut s’y attendre, Bob Marley est au centre des débats, mais la visite passe aussi par le Black Ark de Lee Perry, les studios de King Tubby et une groundation endiablée emmenée par Ras Michael. En plus d’un bon goût musical à tout épreuve, Bangs fait preuve d’une remarquable lucidité (surtout pour un type qui se ballade avec son taux d’alcoolémie moyen…) sur le contexte socio-économique, l’état de l’industrie du disque en Jamaïque et les problèmes raciaux et culturels qui creusent un gouffre entre les habitants de Kingston et les anglo-américains enthousiastes mais largement inconscients et fondamentalement décalés qui exportent leur musique en vidant des seaux de rhum au bord des piscines des palaces de la capitale. Résultat : un témoignage incontournable, à la fois intelligent et sensitif. Si Rock & Folk sortait ne serait-ce qu’un reportage de cette trempe par an, peut-être que je ferais autre chose que de taxer ce journal à un collègue de bureau pour aller le lire en un quart d’heure à la pause déjeuner. Mais bon.

           RemainUnderground


 

Lloyd Bradley – Bass Culture, Quand le reggae était roi
 Traduit de l’anglais par Manuel Rabasse. Editions Allia, 2005.

Pas difficile de constater que la littérature concernant de près ou de loin le dub ne surcharge pas les étals des librairies, qui préfèrent généralement, les gueuses, proposer au mélomane au mieux les biographies de groupes de rocks décédés depuis trente ans, au pire les vagissements littérairement prépubères de chanteuses télévisées. Pas forcément de leur faute, d’ailleurs, au vu de la production proposée par la plupart des éditeurs. Heureusement qu’il y a des exceptions.
Si personne n’a encore sérieusement écrit sur le dub, son grand frère le reggae souffre quant à lui du syndrome dit « de Bob Marley », dans la mesure où le plus célèbre des chanteurs issu du Tiers-Monde cache de toute la largeur de ses dreads la forêt d’artistes, de techniciens et d’entrepreneurs locaux (parfois les trois à la fois, bien entendu) qui ont construit cette musique au fil des ans et des décennies. Tandis que les biographies plus ou moins utiles et/ou pertinentes de Bob Marley se multiplient jusqu’à la nausée (difficile de dépasser celle de Stephen Davis disponible en Points-Seuil, soit dit en passant), les ouvrages généraux manquent cruellement à l’appel. Après la country, la soul, le punk et les musiques électroniques, c’est au tour du reggae d’entrer au panthéon des ouvrages de références jouissifs que constitue l’heureuse collection des éditions Allia.
Difficile de trouver un ouvrage aussi éminemment exhaustif et passionné qui soit ainsi également captivant et passionnant. Lloyd Bradley est le premier à s’attaquer à une véritable histoire raisonnée du reggae et de ses acteurs, des premiers balbutiements issus de la rencontre des rythmes des Caraïbes et des chansons de variété et de rhythm’n’blues américaine jusqu’à l’explosion du dancehall au milieu des années 80 (on peut lui reprocher de passer trop vite sur ce dernier style et sur la musique jamaïcaine électronique des années 80 et 90, mais on peut aussi remarquer que ceux-ci ne représentent, honnêtement, qu’un intérêt historique et musical quasi nul… Non ?). Ce qui ne pourrait être au départ que l’histoire d’une évolution musicale, du ska au rock-steady puis au reggae (puis au dub, merci de me souffler, les gars…) se transforme en aventure humaine et politique, et l’auteur ne laisse de côté aucun élément de compréhension (biographie des artistes, évolution politico-sociale de l’île, progrès technique et influences). Un arrière-plan aussi riche mérite bien les six cent pages denses d’un livre qui parvient cependant à ne jamais baisser de rythme ni d’intérêt. Qui se lit comme un palpitant roman historique (avec intrigues, personnages hauts en couleurs, trahisons, tournages de veste mais aussi triomphes et consécrations). Qui consacre plus qu’une note de bas de page à l’invention et à l’âge d’or du dub (cf. tout le chapitre XIV : “Dubwise Situation” et un peu plus). Et qui, enfin, remet Bob Marley à sa vraie place, celle d’un chapitre parmi d’autre dans l’histoire d’une musique qui dépasse le simple cadre des Wailers et de leur vedettariat international.
Bref, si vous souhaitez tout apprendre de Prince Buster, Coxsone Dodd, Lee Perry, Horace Andy, Peter Tosh, Jimmy Cliff, Augustus Pablo, U-Roy, Steel Pulse et des dizaines d’autres, jetez-vous sur Bass Culture. Offrez-le autour de vous, emportez-le en vacances pour le lire sur la place à la place du nouveau Dan Brown, relisez-le en écoutant votre discothèque (ah oui tiens, voilà ce qu’il manque cruellement à ce livre presque parfait : une discographie), et surtout découvrez grâce à lui les multiples facettes d’un des courants musicaux les plus importants et influents de ces trente dernières années.

            RemainUnderground


"Modulations, une histoire de la musique électronique", sous la direction de Peter Shapiro & Caipirinha Productions, éditions Allia. Traduit de l'anglais par Benjamin Fau et Pauline Bruchet.

Les guides, précis, lexiques et autres mémentos de la musique électronique sont tellement nombreux qu'on renonce à les compter. La parution de "Modulations" aux éditions Allia risque donc de passer inaperçue, et c'est bien dommage, car pour une fois le sujet est attaqué de front. D'ordinaire évoquée dans un verbiage théorique d'inspiration pseudo-universitaire qui lui sied fort mal, la musique électronique est ici racontée avec passion, par des critiques mélomanes et inspirés réunis sous l'égide des Caipirinha Productions de Peter Shapiro. Traduit de l'anglais, "Modulations" donne aussi la parole aux fondateurs du genre (qui n'en est pas un, et c'est précisément ce qui est intéressant) par l'intermédiaire d'entretiens passionnants qui s'intercalent entre les chapitres; il suffit de lire celui de Genesis P. Orrige pour comprendre que non, définitivement non, la musique électronique, du moins ce que l'on appelle ainsi, ne pourra jamais être enseignée dans un amphithéâtre, et reste avant tout le fruit d'une aventure humaine. On le mesure aussi à la lecture d'un grand nombre de citations, toujours pertinentes, souvent cocasses, qui donnent chair à l'ouvrage. Le livre identifie les principales mouvances qui, combinées les unes aux autres, ont fini par engendrer ce qu'il faut bien appeler la "culture" électronique, aussi s'apparente-t-il plus à une exploration de la musique underground, dans ce qu'elle a de plus expérimental et anti-conformiste, qu'à un énième dictionnaire de l'étiquette musicale rédigé dans le seul but de permettre à son lecteur de se répandre en élitisme putassier dans les salons où l'on cause. C'est le principal intérêt de ce livre: il n'a pas vocation à cultiver ses lecteurs (même si c'est ce qui se produit au final), mais plus simplement à leur donner envie d'acheter des disques. Cerise sur le gâteau: la traduction est d'une élégance rare.  


"Le Reggae", de Bruno Blum, préfacé par Sly & Robbie, chez Librio Musique. (librio numéro 366)

"Le reggae" est un petit livre très bien foutu et passionnant, qui raconte, présentée de façon chronologique, l'histoire du reggae depuis ses origines à nos jours. Il y est certes assez peu question de dub dans les acceptions les plus contemporaines du terme, mais le dub des débuts, indissociable de l'histoire du reggae, est souvent évoqué. A ce titre, King Tubby, en tant qu'acteur majeur de la scène musicale jamaïcaine, est omniprésent d'un bout à l'autre du livre. Bruno Blum maîtrise son sujet, en parle bien et sait rendre son propos intéressant en ayant recours à une multitude d'informations, anecdotes, témoignages, et en recadrant en permanence la musique jamaïcaine dans les évolutions du contexte policito-social de l'île, plus particulièrement dans le ghetto de Kingston. J'avais initialement acheté ce livre pour pêcher quelques informations inédites sur King Tubby et les origines du dub, et me suis finalement pris à le lire du début à la fin avec un intérêt non dissimulé, bien que n'était pas un grand fan de reggae stricto sensu. De l'excellent travail, tout ça pour seulement 1,50 euros, il serait donc vraiment dommage de s'en priver.  

"MIX, les musiques électroniques", de Nicolas Dambre, aux Editions Alternatives.

Mix est un genre d'encyclopédie des musiques électroniques, malheureusement dans un sens assez restreint, car elle n'aborde quasiment pas ses courants les plus expérimentaux et underground. Les styles évoqués restent assez basiques (house, techno, trip-hop, jungle...), mais on y trouve néanmoins quelques textes intéressants, car riches et truffés d'anecdotes, sur l'histoire et l'évolution de ces mouvements, desquels le dub électronique s'inspire assez fréquemment. Les néophytes y trouveront leur bonheur, les autres s'emmerderont un tantinet.

MAGAZINES

Il n'existe pas de magazines musicaux vendus en kiosque, et bénéficiant donc d'une large distribution, intégralement consacrés au dub, et pour cause: le style ne touche encore et ne touchera sans doute jamais qu'un public restreint comparativement au nombre de lecteurs requis pour assurer la rentabilité financière d'un magazine qui s'y dévouerait  entièrement. Le dub est toutefois abordé à l'occasion dans divers titres de la presse musicale généraliste, dont voici une petite sélection. 

CODA, figure antique de la presse musicale hexagonale, se consacre exclusivement aux musiques électroniques, dans un sens assez restreint malheureusement. Techno, house et leurs dérivés y occupent une place largement majoritaire, mais il arrive toutefois qu'un disque de dub trouve sa place dans les chroniques, ou qu'un groupe y soit interviewé. Convenons néanmoins qu'avec le temps, popularisation du style aidant, la place du dub y trouve une place grandissante, à l'instar d'autre styles trouvant un encrage de plus en plus profond dans la musique électronique (hip-hop, dowtempo et compagnie). La couverture du juin 2002, consacrée au dubbers lyonnais du "Peuple de l'herbe", est une bonne preuve de cette volonté d'élargissement. Un dossier dub est également à signaler dans les numéros 15 et 16, si l'on peut toutefois encore se les procurer. 

Un peu moins élitiste-intello que son grand frère Coda, TRAX n'en aborde pas moins l'actualité de la musique électronique avec sérieux, et avec deux avantages notoires par rapport à son confrère: la livraison, avec chaque numéro, d'un sampler CD, et un éclectisme à toute épreuve: techno, house, hip-hop, dub, ambient, downtempo, rock expérimental, le ratissage est large, et c'est tant mieux. Les chroniques d'albums de dub et de leurs dérivés y sont donc fréquentes, en conformité avec l'esprit d'ouverture et la curiosité qui définissent la ligne éditoriale du magazine. Les ronchons (et j'en suis) reprocheront toutefois à TRAX un coté fun un brin agaçant, des pages mode aussi dispensables qu'horripilantes et un petit coté parisien-branché fort mal venu.  

Cousin anglais de Coda pour son coté pince-sans-rire et de Trax pour son éclectisme et son sampler CD, WIRE est une référence de la presse musicale underground. Tous les styles "non commerciaux" y sont abordés dans un soucis d'exhaustivité qui force le respect, et rendent ce magazine indispensable aux yeux du mélomane un peu aventureux. Inconvénient de poids: il faut malheureusement pratiquer un anglais irréprochable pour y comprendre quelque chose, ce qui est loin d'être le cas de votre serviteur. Si en revanche vous maîtrisez la langue de Shakespeare, n'hésitez pas une seconde.

FANZINES PAPIER

Culture dub est un fanzine français, trimestriel, édité depuis la rentrée 2001 par l'association Djahkooloo, basée à Poitiers. Son principal intérêt est qu'il ne se cantonne pas uniquement au dub roots jamaïcain, mais sait également s'ouvrir aux formes de dub plus contemporaines telles qu'on les pratique en France et en Europe, même si l'imagerie globale de l'ouvrage est très rastafarienne. Chaque numéro se partage équitablement entre dub jamaïcain, dub anglais, dub français et rastafarisme. Son principal inconvénient est qu'il est vraiment très maigre, tant sur le plan du nombre de pages que sur la taille des textes; inconvénient bien excusable comparativement aux 2 petits euros auxquels s'élève son prix, et largement compensé par la surabondance d'illustrations (photos, pochettes de CD, flyers...) qui étoffent les pages... sans parler du plaisir incomparable de feuilleter un fanzine papier intégralement consacré à la musique qu'on aime. Pour se le procurer, toutes les informations sont disponibles le site du fanzine. N'hésitez pas.

Egalement à signaler: Nuke, fanzine édité par le label lyonnais Jarring Effects

2D.

WEBZINES

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