EXTENSION DU DOMAINE DE LA LUTTE

Dans cette rubrique, en vrac et sans ordre cohérent, les chroniques de choses qu'on aime et qui n'ont (à priori) rien à voir avec le dub, un peu sur le mode du "bonus" de nos playlists.

24/10/2004

Jesu - Heartache (Dry Run Records, 2004). 

Justin Broadrick a tué Godflesh, il le jugeait encore trop mignon, trop souriant à son goût, alors il l'a noyé dans la cuvette des chiottes pour engendrer Jesu, encore plus lourd, encore plus lent, encore plus triste, encore plus sale. Deux morceaux, "Heart ache" et "Ruined", tout est déjà dit dans les titres, deux fois vingt minutes de pur plaisir masochiste et un des meilleurs disques de l'année, qui réussit la délicate performance de vous plonger la tête dans le seau à vomit tout en vous donnant l'impression de voguer dans l'azur. A quoi ça ressemble? Impossible à définir, il faut l'écouter. Certains appellent ça du metal-indus (les cons), mais ne vous y fiez pas. Jesu, c'est comme Godflesh: c'est Justin Broadrick dans sa chambre, avec une guitare, un sampler, un micro, un multipistes, et ses névroses. Et c'est sublime.

2D.

08/09/2004

Interlope - Computer Selecta 2001-2004 (Jarring Effects, 2004).

Depuis le temps que la maison Jarring Effects s'évertue à répéter qu'elle n'est pas exclusivement un label de dub, et si toutefois vous aviez encore des doutes, reportez-vous donc à ce "Computer Selecta" pour vous en convaincre. Car enfin, vous aurez beau retourner l'engin dans tous les sens, pas de doutes possibles: c'est du drum'n'bass. Le genre fâché. Le genre colère. Le genre, surtout, pas regardant sur les basses, et libéral sur le BPM.

Cette compilation, car c'en est une, regroupe 7 titres issus de 3 maxis d'Interlope sortis en vinyle sur JFX entre 2001 et 2004, et ajoute, pour faire bonne mesure, 2 inédits préfigurant le prochain album du groupe, annoncé pour la rentrée 2004. Étant aussi peu journaliste qu'il est possible de l'être (pas du tout, donc), et à peine plus versé dans le genre musical ici à l'honneur, au point de bailler à l'écoute de Goldie ou de Roni Size (là, voyez, je ne connais que les ancêtres), je me trouve assez embarrassé pour en faire une description pertinente. Je peux toutefois assurer que le CD réserve de fières réjouissances accessibles au néophyte, et même au néophyte attaché à la station assise. C'est notamment le cas "Washing machine" et "Snake traveller", les deux inédits, qui se détachent des autres titres par un tempo plus mesuré, et des rythmiques moins linéaires. "Washing machine", notamment, n'est pas sans évoquer les constructions rythmiques fracturées d'Autechre. A l'autre bout du spectre, et du disque, le brillant "Lo-pitch" évite l'écueil de la monotonie en opposant à une ligne rythmique assez linéaire le flow impressionnant de MC Jamalski. Brillante collaboration, dont on espère qu'elle sera renouvelée. Quant aux titres plus conformes à l'orthodoxie drum'n'bass, si leur écouté reste déconseillée aux porteurs de pacemakers, ils feront certainement le bonheur des amateurs de bals populaires. Quant à moi, si je n'en sors pas plus inconditionnel de drum'n'bass qu'avant, j'attends désormais le prochain album d'Interlope en trépignant. En trépignant assis, mais en trépignant.

MP.


Zorn - Apnoe (Lux Nigra, 2003).

 


Dans le domaine de l'electronica d'inspiration warpienne, tout semble avoir été dit ou presque. Les disques se suivent et se ressemblent, faisant bailler l'auditeur chaque fois un peu plus large, jusqu'au moment où s'ébauchent malgré tout, au milieu d'influences pourtant manifestes, de réels instants de beauté musicale. C'est le cas dans Apnoe, un des multiples albums de Zorn (Michael, rien à voir avec John), à mi chemin entre l'Autechre du début pour les rythmiques et LFO pour les mélodies, mais qui parvient néanmoins à s'affranchir de ce pesant héritage pour développer une identité propre, genre d'électronique urbaine et mélancolique, globalement assez sombre, qui parvient à déjouer l'habituel piège du destructuré à tout prix au privilège de véritables mélodies, belles et dérangeantes. Un album qui ne dépassera probablement jamais les quelques centaines d'auditeurs malgré sa grande qualité, et c'est bien dommage.

2D.

21/04/2004

DJ/Rupture vs Mutamassik - The Bidoun Sessions (violent turd, 2004).

Un "split mix CD" parfaitement enthousiasmant, tenu pour sa première moitié par DJ/Rupture (qui officie aussi sous le nom de Nettle), et pour sa seconde par Mutamassik, dont je ne sais rien, si ce n'est qu'elle semble partager avec DJ/Rupture le même attrait pour le mélange de ces musiques que l'on dit urbaines (hip hop, dancehall, drum'n'bass, tout ça) avec la musique arabe "traditionnelle". On retrouve là quelques pointures de la musique de presque tout le monde (Busta Rhymes, Timbaland, jusqu'à Kelis et 113, parfaitement) mixée avec le plus exotique du catalogue Nonesuch, et réciproquement (je suppose), et le tout avec inspiration et bonheur. Le mix de DJ/Rupture est le plus "éléctronique" des deux, empruntant volontiers au dancehall (Buju Banton, Seeed) et au drum'n'bass (Ove-Naxx). A l'inverse, Mutamassik excelle dans le mix à dominante "north african roots". Parmi les grands moments, force est d'admettre que le "Tonton du Bled" de 113, à peine mixé avec quelques percussions supplémentaires, sort grand vainqueur, suivi de près par un traitement très distrayant d'un titre Busta Rhymes. On trouve aussi là un vieux titre de Khaled qui montre clairement que le raï, quand l'épicerie musicale ne s'en mêle pas, ça peut être réussi.

A noter, pour les amateurs du genre ou ceux qui veulent essayer avant d'acheter, que le premier mix de DJ/Rupture, le bien nommé "Gold Teeth Thief" (avec du vrai Muslimgauze inside), est disponible en ligne gratuitement/légalement sur le site de son label (http://reliq.net/soot/gold_teeth_thief.html)

03/2004

Nelli Rees - I don't do good (EP 5 titres, "I don't do good", 2004).

Prenez une rythmique à mi-chemin entre drum'n bass et break-beat accéléré, ajoutez quelques accords de guitare rock, quelques cuivres tonitruants, et une chanteuse (Nelli Rees) qui s'égosille façon rock star, limite punk sur le refrain, et vous obtenez "I don't do good", maxi 5 titres de Nelli Rees (edit version plus ses remixes). Pas du tout original, novateur encore moins, mais on s'en moque: tout est dans l'efficacité. Ce genre de morceau, c'est quitte ou double: soit on tombe dans une énième resucée de Prodigy, soit ça donne le morceau de tête de playlist qui vous tient la semaine au walkman. "I don't do good" est de cette seconde catégorie: un tube électro-punk qui vous met des fourmis dans les jambes et vous donne des envies d'asociabilité. 2D.

http://www.nellirees.co.uk

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