GLOSSAIRE

Ambient

Le terme ambient est apparu en 1978 avec l'album "Ambient I: Music for airports", de Brian Eno, ex claviériste de Roxy Music. Sur la pochette du disque, il expliquait vouloir "dresser un petit catalogue de musiques environnementales suffisamment varié pour pouvoir s'accorder à une large gamme d'humeurs et d'atmosphères". Au fil de ses évolutions, l'ambient s'est affirmé comme une musique principalement électronique, plutôt axée sur l'ambiance qu'elle dégage (d'ou le terme "ambient") que sur le rythme. Tour à tour atmosphériques, pesants ou envoûtants, les climats de l'ambient se marient à merveille à l'énergie du dub. Ces deux styles semblent se marier pour la première fois en 1992, avec la sortie, sur le label Beyond, de la compilation "Ambient-dub". The Orb, premier groupe (anglais) d'ambient-dub à part entière, est un peu le fer de lance du mouvement.

Basses

Qu'elles soient jouées par une basse électrique ou un synthétiseur, les lignes de basse sont un élément fondamental du dub, et ce pour deux raisons: d'abord car c'est la basse qui définit la cadence chaloupée caractéristique des rythmiques du dub, ensuite en raison de la façon dont les musiciens du dub l'utilisent: mise en avant et mixée très bas, pour en faire ressortir toute la profondeur, elle fait trembler les vitres et vous fait vrombir les tripes avec plus d'intensité qu'un avion au décollage. 

Les "infrabasses" désignent des sons de basses synthétiques quasiment imperceptibles, sinon par la vibration qu'ils produisent. Pour cette raison, ils sont fréquemment inaudibles sur le matériel audio de basse qualité. Les infrabasses sont volontiers utilisées dans les variantes les plus modernes du dub électronique (que l'on nomme d'ailleurs souvent "bass music"), notamment par les artistes du label Scape (Pole et compagnie).       

BPM

Acronyme de "Beats per minute", "Battements par minute" en français, le terme BPM désigne l'unité de mesure du tempo d'un morceau, de 1 à 250. Le dub en offre une gamme très étendue, de 80 BPM pour les dubs les plus tranquilles à 180 pour les dubs drum & bass énervés (certains atteignent même les 200), en passant par les classiques 120 BMP des dubs les plus techno, parfois appelés steppers.

La notion de BPM intéresse uniquement les musiciens qui ne travaillent que derrière un ordinateur. Dans les groupes, c'est le batteur qui donne le tempo, et il ne soucie pas de savoir à combien de BPM s'élèvent ses rythmes.

Break-beat

Le break-beat n'est pas un courant musical à proprement parler, mais désigne un type de rythmiques caractérisées par une alternance entre les coups de grosse caisse et de caisse claire. Principalement utilisé dans le hip-hop, il se différencie du beat techno par le fait que ce dernier ne sollicite que des coups de grosse caisse, soigneusement placés sur chaque temps de la mesure. Le break-beat décale au contraire les coups entre les temps, apportant un caractère déstructuré (break signifie casse...) au morceau.

Le break-beat est utilisé dans de nombreux courant musicaux, à des tempos variés; lent pour le hip-hop, rapide pour le big-beat et ultra rapide pour la drum'n bass. Il se retrouve logiquement dans le dub, qui se nourrit abondamment des styles pré-cités. Des groupes comme Ez3kiel ou Sofa Surfers ont volontiers recours aux rythmiques break-beat.

Dance-hall

Le terme dance-hall, que l'on peut grossièrement traduire par "salle de bal", désigne un endroit où l'on danse. Par extension, il sert à qualifier des musiques avant tout faites pour danser, principalement en Jamaïque. A Kingston, le dub inventé par King Tubby, très populaire dans les sound-system pendant la décennie 70/80, a progressivement laissé sa place au reaggae dance-hall, puis au ragga dance-hall, musiques sans grande originalité, avant tout festives et basées sur le caractère entraînant de leurs rythmes, en un mot commerciales. Les disquaires, spécialisés ou non, proposent souvent des rayons reggae/ragga dance-hall.

Le dub, qui se nourrit d'expérimentations, progresse dans une démarche inverse à celle du dance-hall. Il ne se soucie pas de savoir si sa musique plaira ou non aux danseurs du samedi soir, délaissant ces considérations au profit d'une quête perpétuelle d'innovation. Cela ne veut pas dire pour autant que certains musiciens de l'electro ne produisent pas à l'occasion des dub dance-hall, ni que les musiciens du dub ne confient pas parfois leurs morceaux à des remixeurs afin de les rendre plus dansants. La série de compilations "Club meets dub" est axée sur ce thème. Aucun intérêt du point de vue musical, mais les adeptes de rythmes effrénés et basiques y trouveront leur bonheur.  

DJ/Selecter

Acronyme de Disc Jockey, le terme DJ désigne la personne qui passe les disques dans une soirée ou un soundsystem, derrière une double platine et une console de mixage. Dans les soundsystem dub et ragga, on l'appelle plus volontiers "Selecter", ou "Selectah" (celui qui "sélectionne" la musique).

A noter: il convient de prononcer "didjay" plutôt que "didji" si l'on ne veut pas passer pour un tocard.

Downtempo

Traduction littérale de "tempo ralenti", le terme downtempo désigne un style musical électro-atmosphérique, où l'ambiance du morceau importe au moins autant que le rythme, sinon plus. Le terme est apparu peu après la disparition du trip-hop, genre mort-né populaire à la fin des années 90, principalement par le succès de sa scène bristolienne (Massive Attack, Portishead). Vaguement héritier du trip-hop, le downtempo est en conséquence souvent assez chiant, à moins que l'on soit porté sur les ambiances zen de supermarché. Il arrive toutefois au downtempo de s'inspirer des arrangements dub, et il peut alors devenir intéressant. C'est par exemple le cas du groupe International Observer.

Dub Plate

Traduction littérale de "disques (plates) copiés (dub)", le terme dub plate désigne des "laques", c'est-à-dire des disques en acétate de cellulose servant de disques moules utilisés pour graver en série les disques vinyles. Dans le courant de la décennie 70, les DJ jamaïcains les utilisaient comme exemplaires uniques qui leur servaient à tester sur le public leurs morceaux dans les soirées et autres sound systems de l'île, dans lesquels ils se produisaient. Si leurs dub plates suscitaient l'enthousiasme, ils étaient ensuite pressés officiellement sous la forme de vinyles destinés à la commercialisation. 

King Tubby, que l'on tient pour l'inventeur du dub, a le premier utilisé les dub plates comme support des expérimentations sonores dont il était coutumier; c'est du reste ainsi qu'est né le terme dub: dans ses sound-systems jamaïcains, le public, de plus en plus demandeur de ce type de remixes, réclamait des "dubs" plutôt que des version chantées.   

Dub Poetry

La dub poetry est un mouvement né en Jamaïque, sur l'idée d'un mélange entre musique et poésie. Le "poète dub" psalmodie ses textes en calquant son phrasé sur la rythmique qu'interprètent les musiciens qui l'accompagnent. Initialisé par Prince Far I, Michael Smith, Sister Breeze, Oku Onura... c'est avec Linton Kwesi Johson, à qui l'on doit quelques morceaux assez remarquables, que le mouvement trouve son véritable représentant. Sa musique oscille entre reggae (pour ses sonorités) et dub (pour son aspect répétitif et rythmique). Il la définit ainsi: "Je pense que c'est un genre de reggae à part entière, indépendant de tous les autres. Le poète part du verbe; le DJ, lui, part d'un morceau de musique préenregistrée, et il ne se sert pas vraiment de la musique, mais seulement du rythme. Alors que la poésie dub a souvent une création d'orchestration complète. Si tu écoutes Matabaruja ou Jean Binta Breeze, ils ont une instrumentation complète, avec section rythmique, cuivres, etc. Il y a une convergence des thèmes entre les poètes dub et les DJ. Mais le poète dub travaille avec ses publications par écrit autant qu'avec des disques: il faut que ça fonctionne en tant que poème". Des poèmes pour la plupart engagés politiquement, véhicules de messages militants et dénonciateurs.  

Effets

Plus que dans tout autre style, les effets revêtent dans le dub une importance capitale, au point que certains artistes les considèrent comme instruments à part entière. Dans une interview accordée au magazine Keyboards (numéro 173, mars 2003) à l'occasion de la sortie de son album "Never Trust a hippy", le mythique producteur Adrian Sherwood déclare: "J'ai pris l'habitude de créer mon propre son en jonglant sur la console avec tous les effets possibles, en temps réel, dans des jeux de ping-pong entre les enveloppes d'EQ, les delays, les flangers, et en suivant le son. C'est la vieille école, mais tenter de programmer ce genre de manipulations perdrait tout son sens et deviendrait artificiel. Beaucoup de sons bizarres de ce disque ont été crées de cette manière, en générant à travers la console des pistes supplémentaires fabriquées à partir de pistes de guitares ou de claviers complètement déformées. J'aime quand le son ne cesse de bouger, d'onduler, de miroiter". Dans le même esprit, les musiciens du groupe Lab° déclarent, dans la déclaration d'intention qui accompagne la sortie de leur monumental album "Derrière la pluie": "Le groupe a toujours perçu le dub comme une ère d’expression basée sur l’expérimentation et la surprise. Il considère que le dub reste une forme de mixage donc de compositions. (...)  L'intégration de la console de mixage et des effets comme instrument au même titre que la batterie, la basse, les guitares et le sampler souligne cette parenté"  (l'intégralité du texte est à lire sur le site du groupe).

Les deux effets fondamentaux et historiques du dub sont la reverb (effet de réverbération) et la delay (effet d'écho), mais nombre d'autres les complètent efficacement de nos jours: phaser, flanger, equalizers et filtres en tous genres, la liste est longue et s'agrandit chaque jour grâce aux perpétuelles évolutions de l'informatique musicale.

Improvisation

Contrairement à ce que l'on pourrait être tenté de croire, le dub moderne, malgré son profond enracinement dans la musique électronique, offre de larges possibilités d'improvisations, prisées en grande partie par la scène francophone: des groupes comme Hightone, Lab° ou Improvisator Dub (qui porte bien son nom) avouent volontiers pratiquer l'improvisation et la revendiquent en tant que forme d'expression musicale à part entière. L'hebdomadaire Télérama, à l'occasion d'un article consacré à la "Dub connexion night" à l'Elysée Montmartre (Paris) en juillet 2002, a interviewé quelques groupes sur cette question. En voici un large extrait. 

Le dub, qui s'appuie sur la transformation du reggae en l'amputant d'un certain nombre de ses ingrédients, à commencer par la voix, reste avant tout une musique d'ingénieurs du son, confectionnée en studio, souvent à l'aide de machines. Anglais et Allemands ont prouvé leur savoir-faire en la matière. Les Français, eux, prennent ce principe à contre-pied en jouant le dub "live". Ils recréent en direct, avec leurs instruments, une musique habituellement élaborée derrière une console de mixage. "Nous avons inversé la tendance en adaptant le dub à la scène : ça lui rend un côté humain", explique High Tone. La scène : voilà l'une des raisons de l'éclosion de cette nouvelle vague française. Tous ces groupes ou presque viennent du rock indépendant. Le dub, ils l'ont pour la plupart découvert en écoutant Clash, Ruts ou Bad Brains, formations punk qui avaient coutume de s'y frotter. Seulement, sur les planches, l'utilisation des machines ne facilite pas les choses. "Chacun de nous est son propre ingénieur de scène, produit ses sons et ses effets, poursuit un membre de Zenzile. Le dub offre une liberté dont beaucoup de musiques ne disposent pas. Si la ligne de basse constitue souvent le point de départ des morceaux, après, il n'y a plus de barrière : personne au sein du groupe ne sera choqué si l'un des musiciens joue autre chose que sa partie prédéfinie." Même son de cloche du côté des Improvisators Dub : "Le dub a un côté expérimental. A partir d'une rythmique basse-batterie [qui est au dub ce que le riff de guitare est au rock, NDLR], toutes les impros sont possibles. Quand nous avons débuté, le manque de structure nous perturbait ; mais avec le temps, on s'y est fait." C'est au lendemain d'un concert des Improvisators Dub que le groupe Lab° s'est formé : "Nous n'accrochions pas au reggae, explique François-Pierre, guitariste plus influencé par le rock industriel que par Bob Marley. Mais les Impro nous ont bluffés par leur utilisation de la basse et des effets. Contrairement à d'autres, nous pensons que dans le dub la pulsation reggae n'est pas essentielle du moment que les rythmiques sont entêtantes."  L'intégralité de cet article est disponible sur le site de Hightone

Jungle  

Egalement appelée drum & bass, la jungle est un courant musical né à Londres en 1994 d'une fusion entre les rythmes breakbeat du hip-hop et des tempos les plus élevés de la techno. 

Dans son livre "Mix", consacré aux musiques électroniques (éditions Alternatives), Nicolas Dambre raconte les origines du terme jungle: "Le terme jungle viendrait du nom d'une compilation de James Brown "Into the jungle groove" qui contient le classique "Funky drummer" dont le break avait donné naissance au breakbeats du hip hop, et par descendance la jungle. Le nom proviendrait peut-être également du titre "Jungle blues" de Paul Chambers, morceau hommage à James Brown. Le terme jungle aurait fait sa première apparition à la soirée Rage du club londonien Heaven où jouaient les DJ Fabio et Grooverider en 1990 et fin 1993. Ce dernier raconte: "A l'origine, jungle signifiait les labels américain Nu Groove et Strictly Rhythm à cause de leurs éléments percussifs . Nous jouions souvent ce morceau qui contenait un sample avec le mot jungle. Chaque fois, la foule devenait folle, tout le monde criait 'jungle!', voilà comment cela a commencé."

Depuis sa création en 1995, la jungle s'est considérablement développée, générant dans son sillage des dizaines de sous-courants (Intelligent Jungle, Jazzy Jungle, Atmospheric Jungle, Ambient Jungle, hardstep jungle), qui génèrent eux-mêmes des dizaines de compilations, très chiantes dans leur grande majorité si l'on n'est que modérément fan du style. L'utilisation de la jungle peut néanmoins s'avérer très fructueuse dans le dub, avec lequel elle se marie très bien (à mon humble avis, mieux qu'avec le jazz ou d'autres styles avec lesquels on l'a souvent accommodé un peu facilement). Bon nombres de groupes d'aujourd'hui y font appel avec réussite, créant ainsi des dubs nerveux et efficaces.  

King Tubby

Inventeur du dub. A ce sujet, lire également la page consacrée à l'histoire du dub.

Mélodica

Instrument emblématique du dub, genre de flûte à clavier qui produit un son entre l'accordéon et la trompette, le mélodica a été popularisé dans les années 70 par le musicien jamaïcain Augustus Pablo, rare artiste de l'époque revendiqué dub à part entière.

A gauche, la pochette de l'album "King Tubby meets Rockers Uptown", d'Augustus Pablo, produit par King Tubby. On y voit Augustus Pablo souffler dans son mélodica, petit instrument ridicule en apparence, s'apparentant presque à un jouet pour enfants, mais duquel il tirait une musique subtile et sensible. Dans une page web égarée dans les profondeurs de l'internet, un internaute écrit quelques belles lignes sur le mélodica d'Augustus Pablo: "Etrange instrument que celui dans lequel Augustus souffrait son âme : un petit piano enfantin relié aux lèvres par un long cou souple. Peter Tosh en jouait avant lui, Bobby Kalphat, Glen Brown ou Pablo Black en jouèrent après lui. Mais qui captura mieux que lui la tristesse langoureuse de ses notes ? Son classique "Java", enregistré en 72 pour Herman Chin-Loy au studio Randy's, démontre ce toucher subtile encore sur le devenir. Car ce n'est qu'un peu plus tard, sur ses propres labels, Hot Stuff et Rockers, que son identité sonore prend toute son ampleur orientale. "East of The River Nile" l'assoit définitivement sur le trône de maître incontesté du Melodica. Comme la plupart des producteurs ingénieux de l'époque, il demande à King Tubby de mixer sa musique, essentiellement des reprises de riddims Studio One. Une rencontre musicale qui se solde par l'un des plus beaux albums de reggae jamais pressé, "King Tubby Meets Rockers Uptown". De toute sa carrière, Augustus n'enregistrera qu'un seul morceau chanté, le sublime "Inner City Blues", sous le pseudonyme de... Max. En face B - une version Melodica - la musique s'arrête soudain : "Woy Pablo, dis ya music ah too hot !", répond-il, "dis music ah Irie...." L'intégralité du texte est à lire ici.

Neo-dub

Les déclinaisons modernes du dub sont nombreuses, et donnent lieu à autant de qualificatifs incongrus, parfois tirés par les cheveux: electro-dub, novo-dub, ambient-dub, electro-ambient dub, electro-digital-novo-breakcore-dub, j'en passe et des plus gratinés. Ces distinctions élitistes et un rien ineptes paraissent ridicule de prime abord, mais permettent néanmoins de s'y retrouver efficacement, à condition de ne pas en abuser, dans l'abondante production dub contemporaine, qui n'est pas avare d'innovations. Sans aller jusqu'à cautionner l'élitisme putassier qui pousse certains à abuser de ces étiquettes dans l'unique but de s'illustrer dans les salons, tâchons de faire le tour des dénominations les plus significatives. 

En opposition au dub roots, c'est-à-dire au dub des débuts, se distingue le neo-dub, synonyme de "nouveau dub", appellation qui connaît de nombreuses déclinaisons: novo-dub, voire növö-dub dans une orthographe plus exotique, nu-dub (new en transcription phonétique, dans une orthographe très à la mode chez les jeunes branleurs), ou brit-dub (brit, contraction de britain, Angleterre, où il est apparu). Ces multiples synonymes ne sont pas sans provoquer une certaine confusion sémantique, car ils ne désignent pas nécessairement la même chose. On a en effet tendance à regrouper sous l'étiquette neo-dub tout ce qui n'est pas dub roots, mais le neo-dub connaît lui même de nombreuses sous-tendance qu'il convient de différencier.

A l'origine, le terme neo-dub est apparu en Grande-Bretagne au début des années 90, (c'est en cela qu'il est un synonyme de brit-dub) pour désigner les nouvelles tendances du dub, nées d'un mariage entre le dub traditionnel et la musique électronique, sous l'impulsion de groupes comme The Disciples, Alpha & Omega, Jah Warrior, The Rootsman ou  Iration Steppas. Neo dub et brit dub désignent cette scène, mais le terme novo dub s'est imposé plus tard, pour désigner, en quelque sorte, la deuxième vague du neo dub, fortement ancrée dans son temps, à la pointe des dernières innovations technologiques et vouée à un dub de plus en plus raffiné. Aujourd'hui, on parle souvent de novo dub pour désigner les groupes d'aujourd'hui, quelles que soient leurs styles de prédilection. En témoigne les compilations Alternative Növö dub (1 et 2), sur le label Hi-Subway, qui regroupent des morceaux qui n'ont plus que de lointains rapports avec le brit dub du début des années 90.


Alternative Növö dub 1 et 2

Parmi les dénominations les plus contemporaines fréquemment attribuées au dub, il convient également le cité les dubs "hybrides", nés de la rencontre du dub et d'autres courants musicaux spécifiques: ambient dub, dub rock, abstract dub, click and dub (fusion du dub et du click n' cuts, genre d'electro minimaliste), dub-hop (fusion du dub et du hip hop)... bref les qualificatifs sont déclinables à l'infini, mais au final, le dub reste avant tout un feeling, une atmosphère qui reste constante malgré la surabondance d'étiquettes dont on voudra bien l'affubler, et que l'on retrouve intacte chez des artistes aussi divers et variés que King Tubby, Hightone ou Burnt Friedman.

Raggamuffin

Traduction anglaise du mot "vaurien", le ragga est un courant musical dérivé du reggae né à Kingston à la fin des années 80. Style à part entière, avec des arrangements et techniques de production bien à lui (essentiellement basées sur l'électronique et les sons un rien kitchs), il se caractérise avant tout par le phrasé des lignes du chant, nerveux, agressif et saccadé, proche du phrasé rap mais plus emporté et riche en couleurs. Bon nombre de groupes de dub ont parfois recours au chant ragga le temps d'un morceau, et le résultat est souvent fort enthousiasmant. Inversement, les chanteurs de ragga peuvent à l'occasion teinter leurs morceaux de sonorités dub, et le résultat est tout aussi détonnant. Les collaborations de Macka B, toaster anglais d'origine jamaïcaine, et de Mad Professor sur son label Ariwa en sont le meilleur exemple. Dans un registre plus radical, il faut également citer The Bug, side project ragga/breakcore de Techno Animal, qui redéfinit le style dans un registre de brutalité extrême, à la limite de la sauvagerie, qui fait s'interroger l'auditeur sur la santé mentale des participants, au grand bonheur de ses oreilles. 


Macka B

Riddim

Le mot Riddim est une variation orthographique du mot anglais "rythm" (rythme), fréquemment utilisée pour désigner la base rythmique du reggae, comprenant un motif de batterie précis et une partie de basse originale. A partir de cette base, mise à la disposition de tout un chacun, sont crées divers morceaux, instrumentaux ou non, sur lesquels les musiciens qui les utilisent greffent leurs propres ajouts. Aujourd'hui, les riddims sont très utilisés dans le raggamuffin, dont bon nombre de morceaux signés d'artistes différents se ressemblent étonnamment en raisons de leurs riddims communs. 

Dans le dub, le terme est parfois utilisé pour qualifier une base rythmique de travail, à partir de laquelle on développe un morceau. Riddim devient alors, à contresens, synonyme de "loop" (boucle), c'est-à-dire d'un sample rythmique mis en boucle.

Rockers/Steppers

Traduction du mot anglais "balancements", le terme rockers qualifie un type de rythme inventé par le batteur Sly Dunbar, du duo Sly & Robbie, dans le courant de la décennie 70/80, dont le premier album est sorti sous le nom des "Revolutionnaries", la pochette reproduisant un portrait de Che Guevara. Le principe du rythme rockers est simple: sur une mesure à quatre temps, la grosse caisse bat les quatre temps de la mesure. C'est le boum boum boum boum de la techno. Doit on considérer pour autant Sly & Robbie comme des précurseurs de la techno? Le débat serait sans fin. Toujours est-il que le rythme rockers, de par sa forme très dansante et son tempo plus rapide que celui du reggae traditionnel, préfigure les rythmes dits "steppers", abondamment utilisés par la première vague du néo-dub anglais au début des années 90, également baptisés "warrior". Iration Steppas (Steppas, variation orthographique de steppers...) est le fer de lance du mouvement.

Rockers est également le nom du label fondé à la même époque par Augustus Pablo, célèbre dans le dub pour y avoir populariser le mélodica.

Roots

Traduction anglaise du mot "racines", le terme Roots est à considérer comme un synonyme de "traditionnel". Le "dub roots" désigne ainsi un dub traditionnel, c'est-à-dire proche du dub originellement inventé par King Tubby, donc fortement ancré dans le reggae, en opposition aux formes plus modernes de dub, où l'électronique occupe une place supérieure, que l'on regroupe sous l'appellation neo dub. 

Il est à signaler que dans la culture rasta, la signification du terme roots s'étend à des domaines extra-musicaux. Le reggae roots désigne un reggae engagé, non commercial et diffusant un message "conscious", alors qu'un roots man est un rasta proche de la nature, adepte d' "Ital foot", cuisine naturelle et végétarienne, le terme "ital" étant une contraction de "natural" que l'on retrouve à l'occasion dans la terminologie dub. Un exemple parmi tant d'autres: l'album "Ital breakfeast" (petit déjeûner naturel), de Dub Syndicate. 

Soundsystem

Le soundsystem désigne une sono mobile itinérante utilisée pour diffuser de la musique très fort, souvent en plein air, à l'intention d'un parterre de danseurs extatiques. Les soundsystems sont nés en Jamaïque, à l'époque du reggae, et ont contribué à popularisé le dub en diffusant ses mixs, très appréciés du public. En plus de sa sono, le soundsystem se caractérise par son MC (master of ceremony), chargé de diriger le show, éventuellement en toastant (improvisant) sur la musique, et le DJ (disc jockey), chargé de passer les disques, qui s'oppose parfois à un autre DJ dans un simulacre de duel (soundclash).

Au début des années 90, alors que le neo-dub naissait en Angleterre, certains groupes ont repris le procédé (Jah Shaka, Iration Steppas, Aba Shanti...). Les soundsystems dans le sens premier du terme sont aujourd'hui rares dans le dub, et n'existent quasiment plus qu'en Angleterre. Ailleurs, et notamment en France, les shows ont presque toujours la forme de concerts traditionnels; les soundsystems sont désormais majoritairement utilisés dans le monde de la techno pour l'organisation des raves et autres free parties.

La photo ci dessus a été empruntée au fanzine Culture Dub, toujours richement illustré, dont on trouvera une présentation dans la rubrique écrits.


Un sound-system vu par notre dessinateur maison.

Steppers 

Voire à "Rockers"

Syncope

Egalement synonyme de croche, la syncope désigne le contretemps qui caractérise le jeu récurrent des guitares ou pianos dans le reggae, et par extension dans le dub. L'accord est plaqué entre les temps de la mesure, plutôt que sur chaque temps, générant ainsi un décalage rythmique qui fait toute la spécificité des rythmes reggae et dub. Dans son livre "Le reggae" (dont on trouvera les références exactes dans la page écrits de ce site), Bruno Blum relate des propos de Linton Kwesi Johnson sur les origines de cette syncope: "On peut isoler le jeu à contretemps de la guitare, que l'on peut entendre dans le mento avec le banjo, le ska, et qui correspond au contretemps dans le rythm and blues et en particulier dans le piano boogie-woogie. C'est le beat entre le temps, c'est le un ET deux ET trois ET... c'est le ET! Tu le retrouves dans toutes nos musiques, le reggae, le calypso, le mento, la musique de la Martinique, de la Guadeloupe, tu le retyrouves dans le highlife au Ghana, et dans le merengue haïtien. De plus, cette attirance vers l'afterbeat se retrouve dans les églises". Alors que débute le nouveau millénaire, cette syncope antique a traversé les âges et se retrouve quasiment dans tous les morceaux de dub.   

Version

Une "version" est une version instrumentale d'un morceau, à priori mixée différemment de l'original, mais pas toujours, très répandue à l'époque des 45 tours vinyles, dont la face A était occupée par le morceau original et la face B par la "version". Le terme dub est souvent assimilé à version, alors qu'il implique une forme de remix spécifique qui n'existe pas dans les versions. Dans le cadre d'un portrait de King Tubby, inventeur dub, le webzine jahmusik.net argumente cette différence de la façon suivante: La version, aussi appelée Riddim, correspond simplement à la piste rythmique d'une chanson, mixée de façon brute, avec le minimum d'effet sonore. C'est donc sur la version que posent les chanteurs et DJ, en studio ou en sound system (où elle est sous forme de disque, face B). Le Dub, consiste par contre à remixer un morceau de reggae existant (version ou morceau entier), dont les parties vocales et les arrangements sont partiellement ou totalement effacés, pour avant tout se concentrer sur le duo basse batterie, sur lequel viendront se greffer divers effets sonores, déjà existant sur le morceau (voix, clavier, guitare...), ou rapporté (voix, klaxons, sons...), le tout agrémenté d'effets (echos, reverb, delay...).

Une autre confusion du même acabit est à signaler: le terme dub a souvent été utilisé dans la techno pour désigner des remixs de morceaux où les basses ont été amplifiées, mais dont le résultat final ne s'apparente en rien au dub en tant que style musical, c'est-à-dire dans l'acception du terme telle que nous l'employons ici.

2D.

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