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BILL LASWELL |
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RemainUnderground Dreams
of freedom - Ambient translations of Bob Marley in dub
Certes, on commence à s’habituer à voire le patrimoine musical de Bob Marley dépérir dans l’anarchie (les rééditions des morceaux pré-Island, en vrac, avec un son plus ou moins pourri et des doublons un peu partout au gré d’album plus ou moins honnêtes – qui n’en contiennent pas moins les meilleurs moments de fumeur de oinjs le plus connu du monde) et la décadence (les remixes inécoutables et pourtant vendus par millions, “Buffalo Soldier” repris en chœur dans les stades de foot…). Voir Bill Laswell aux commandes d’un album de remixes dub peut donc faire naître de louables espoirs dans les petits cœurs des mélomanes échaudés. Las, le résultat est piteux, ne fait honneur ni à l’artiste remixé ni à son remixeur, et ferait mieux de finir comme CD de démonstration de nappes et de samples d’ambient pour le Casio de mon petit neveu que dans la discothèque des honnêtes gens. Un mot suffirait à ouvrir et conclure ma chronique tout à la fois : ennui. Pour ceux qui veulent aller au fond des choses, on pourrait rajouter une hypothèse : honteux bâclage suite à une commande providentielle pour échapper au fisc. Peu de disques de dub distillent de fait un ennui aussi prégnant : on croirait que Laswell, en panne absolu d’inspiration, s’est contenté d’appliquer quelques recettes (qu’il n’expérimentait après tout que pour la six-cent vingt-deuxième fois chacune… c’est dire s’il donne l’impression de prendre des risques) à un panel de titres choisis par sa maison de disques, Rita Marley ou plus probablement les deux à la fois (que du tube mondial garanti passage sur Europe 2 : “Exodus”, ”One Love”, “Is This Love”, “No Woman No Cry” – pas une dread qui dépasse du bonnet) et de s’endormir devant sa console de mixage en comptant sur les quelques mots qu’il pourrait prononcer pendant son sommeil pour guider le travail de son ingénieur du son stagiaire. Tout n’est pas égal, cependant. Les erreurs absolues de casting “No Woman No Cry” et “Is This Love” démontrent par l’absurde que 70 % du talent de Bob Marley (et plus encore dans la période Island) tient dans son songwriting, et qu’une fois la chanson démembrée (d’ailleurs fort mal, puisqu’on reconnaît tous les os) il ne reste plus que des petits fragments sonores qui n’ont pas plus d’intérêt que n’importe quel riddim de UB40. D’autres morceaux peuvent surprendre un peu plus agréablement, et en dernier ressort se glisser discrètement et sans détonner dans une compilation de dub tranquille pour fin de nuit entre potes (“Waiting in Vain”, “So Much Trouble In The World”). Mais une fois pour toute, nom de Jah, il ne suffit pas de noyer deux minutes de musique dans la reverb et de mixer la basse au tout premier plan pour faire un bon disque de dub ! Ni contemplatif, ni entraînant, ni méditatif ni dansant, toujours trop proche des originaux pour valoir vraiment le coup d’exister, jamais aventureux, c’est en définitive un disque que peuvent se permettre d’éviter à la fois les fans de Marley et de Laswell – ce qui est un petit exploit, convenons-en. Signé RemainUnderground, qui préfère quand son nom est écrit en entier, sinon ça lui rappelle les restos universitaires, ça l’énerve et ça le fait écrire des chroniques sur de mauvais disques, ce que son médecin traitant lui a fortement déconseillé. Pour son cœur. |