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CAT'S EYES |
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Organic Point Of View
En général, on distingue parmi les disques et démos deux
catégories très simples à déterminer : les très très très bons
et les très très très mauvais. Les premiers soulèvent immédiatement des
vagues d’enthousiasmes, secouent nos habitudes ou bouleversent notre écoute ;
les seconds sont immédiatement rangés au fin du bordel de notre bureau et
on n’en parle entre nous qu’à mots couverts en attendant de les oublier
complètement. Mais tout n’est pas si simple, et il faudrait créer jah
sait combien d’autres catégories dans le très vaste intervalle restant.
Notamment, il faudrait une place pour les disques qui n’accrochent tout
d’abord pas notre oreille, n’attire pas immédiatement notre attention,
mais auxquels on revient régulièrement avec une familiarité bonhomme, et
qu’on finit par aimer avec une sorte de tendresse mêlé d’émotion qui
nous oblige à reconnaître que, certes, ce n’est pas le disque de l’année,
mais qu’il est sacrément bon. Organik
Point of View, de la DJ-programmatrice-flûtiste Cat’s Eyes, est de
cette trempe. Déjà croisée au gré de nombreuses participations (Meï
Teï Sho, Uzinadub etc.) et premières parties (Hybrid Sound System entre
autres), ce disque est le premier de cette jeune productrice qui mélange
avec un bonheur un nombre impressionnant d’influences musicales issue de
l’électronique, des musiques ethniques et du classique. De son premier
prix de flûte traversière au Conservatoire, elle a en effet conservé des
phrasés instrumentaux mélodieux et apaisants qui ponctuent presque chaque
morceau. De son amour des musiques électroniques, elle a retiré une maîtrise
impressionnante des méthodes de production par ordinateurs et groove-box
diverses. Fusion tout humaine d’univers musicaux très différents,
Cat’s Eyes allie un sens quasi classique de l’harmonie, de la
progression dramatique et de la composition et un instinct quasi animal de
la rythmique cinétique et des flux et reflux machinique. A chaque fois,
c’est presque le meilleur des deux mondes qui nous proposé, et les
univers se transforment, mutent, se mélangent et fusionnent d’un morceau
à l’autre avec une étonnante maturité et une grande intelligence électronique.
Baigné par une multitude de références (dont le cinéma de série B ou C
et les séries télé, ce dont témoignent les nombreux samples parfois trop
envahissants), l’univers de Cat’s Eyes (pour les plus jeunes d’entre
vous, rappelons que ce nom est emprunté à un mangaka
de Tsukasa Hojo, l’auteur de City Hunter alias Nicky Larson, qui fut
popularisé par un anime diffusé en France à partir de 1986 par FR3) alterne longues
étendues trip-hop que l’on croirait toute droites sorties du premier
Archive (“Nocturne”, “Let Me Know”) et accélérations parfois
nettement teintées de dub stepper (“Obo”) ou de musiques tribales (“Indian”).
Le tout captive comme rarement l’oreille même distraite, et force le
chroniqueur à tirer son chapeau devant un premier album aussi inventif et
cependant maîtrisé. Ah oui, et précisons aussi qu’il est assez consternant
que ce disque n’ait pas trouvé de label et de diffuseur prêt à lui
offrir une exposition méritée auprès d’un large public. Reste à espérer
que Cat’s Eyes demeure à l’avenir talentueuse mais surtout pas
confidentielle, ce serait dommage de circonvenir un tel plaisir dans le
cercle des happy few. RemainUnderground |