DOCTOR ECHO

Doctor Echo & Solange St. Croix – Echo Evahlasting (Anicca Recordings, 2006)

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais la mode est au spoken-dub. La boucle serait-elle bouclée ? Après être né de la disparition de la voix du chanteur de la surface de la cire, le dub était-il donc destiné à revenir se frotter à ce qui était, traditionnellement, sa plus remarquable absence : la voix humaine ? Début 2006, Brain Damage et son Manifesto ouvraient autant de pistes que de morceaux, au risque de se disperser mais avec l’assurance de toucher tôt ou tard l’auditeur. La démarche de Doctor Echo, pour ce quatrième album (qui se démarque d’ailleurs nettement des précédents, uniquement instrumentaux) est toute différente : il offre une série de dubs electro-downtempo comme autant d’écrins à la voix et aux mots de l’artiste Solange St. Croix.

Même si l’on n’est pas anglophone, et qu’on n’entrave donc que pouic aux (d’ailleurs plutôt bons) poèmes en vers libres de ladite St. Croix, on peut facilement se laisser emporter par une voix discrète mais affirmée, jamais véhémente mais toujours persistante. Quant aux dubs du Doctor Echo, ce sont plutôt des instrumentaux trip-hop agrémentés d’une belle et bonne basse qui ronfle agréablement dans nos caissons et de quelques accents jazzy qui sonnaient déjà datés à l’enterrement de l’acid-jazz. Pas de quoi envoyer Thievery Corporation pointer aux assédics de l’adult-oriented-electro, cependant : c’est propre mais jamais passionnant. Pour mémoire, le communiqué de presse parle de cette musique comme de “down-trip-island-dub-hop”. Personnellement, je la préconise comme excellent calmant, voire comme somnifère sur certains mauvais esprits.


Qu’on ne se méprenne pas : par rapport à Grand Corps Malade, c’est aussi bon et beau que la Passion selon St-Jean dirigée par Gustav Leonhart. Mais pour ce qui est de dub, c’est plutôt un trip-bien-fade-hop pour salons cosy et réceptions germanopratines. Rien qui ne me concerne, donc. Vous, après, vous faites ce que voulez de votre vie.

RemainUnderground


Steady Ups vs. Doctor Echo – Dub Disaster
Doctor Echo, 2005

           

J’ai personnellement longtemps cru que les U.S.A. étaient une terre sinistrée en matière de dub. Il est vrai que l’essentiel de la scène reggae-dub s’est jouée historiquement entre la Jamaïque et l’Angleterre (avec une extension dans le reste de l’Europe, en Allemagne et en France notamment depuis le début des années 90), et que les groupes américains de premier plan dans le genre n’existent pratiquement pas. Mais parmi les seconds couteaux, certains font preuve d’un tel amour du roots jamaïcain et d’une telle dévotion aux expérimentations sonores des pionniers de Kingston qu’ils méritent nettement le détour d’une oreille ou deux. Après un deuxième album très ouvert sur le monde (musique indienne, jazz, spoken-word, downtempo…), on n’attendait pas vraiment le californien Doctor Echo sur le terrain du dub strictement old-school. C’était oublier que le monsieur avait fait ses classes comme batteur dans plusieurs groupes world-oriented de fort bonne facture : The Defendants, Who Knows, et enfin les Steady-Up. Compilation de titres enregistrés entre 1995 et 2000, Dub Disaster comporte pas mal d’inédits qui ont bien fait de ne pas le rester. L’approche est traditionnelle, voire traditionaliste : tous les éléments d’une rythmique, d’un riddim – basse, batterie, clavier,  guitare, plus quelques ponctuations de cuivres ou de melodica et quelques effets sonores façon zip-zap-zip – sont passés à la moulinette dub, disparaissent par la cour, rentrent par le jardin, traversent des océans de reverb et des marécages d’écho. Le son général est très tranchant sans être trop agressif, très roots mais cependant assez remarquable quand on sait que tous les morceaux ont été enregistré sur 8 petites pistes (sur un magnéto à bandes 1/2’’, quand même, et puis ça ne fait que quatre pistes de plus que pour Sergeant Pepper, après tout). Il est difficile d’en retirer un ou deux morceaux phares, car les onze titres forment d’un ensemble on ne peut plus cohérent, mais « Dub Disaster » (disponible en téléchargement sur la compilation Dubzone volume 7, soit dit en passant pour les plus distraits de nos lecteurs), « Step Live » ou « Long Dub » ne devraient pas avoir trop de mal à convertir de nombreux profanes et à ravir les initiés. Tour à tour détendu (« Your Heart in dub ») et sérieusement entraînant (« Dub The Nation », le ska n’est pas loin), ces onze morceaux ne représentent certes qu’une étape dans le travail de Doctor Echo, que l’on espère retrouver très vite dans de nouvelles aventures, mais ils prouvent en tout cas que si l’on veut réellement innover, ce n’est jamais un mal de savoir imiter et égaler les grands Anciens de son art. Une sorte de dubber de la Renaissance, quoi.

RemainUnderground


Doctor Echo
Doctor Echo, 2004

Originaire de Sacramento en Californie et aujourd'hui résident de Los Angeles, l'américain Justin De Hart aka Doctor Echo, batteur de formation, joue du dub depuis 1992. Sur son premier album, "Cure for the Dubless", sorti en 1999, il regroupait les versions dub de morceaux des groupes dans lesquels il jouait de la batterie. Cinq ans plus tard, il sort sur son propre label quatorze morceaux de sa création enregistrés entre 1997 et 2002 en compagnie d'instrumentistes divers. Sa formation de batteur se ressent dès "Acquired space", premier morceau de l'album, très rythmique, constante qui se perpétue jusqu'au terme du disque et qui définit le style Doctor Echo: un dub de batteur, avant tout axé sur le rythme, dans toutes ses déclinaisons possibles: reggae, dub, stepper, mais aussi jazz, voire parfois rock... dans une instrumentation toujours acoustique: pas de samples ni de beats technoïdes passés en boucles au séquenceur, mais une grosse caisse, une caisse claire, des toms et cymbales, agrémentés de quelques percussions, sur lesquelles se posent en alternance, en plus de l'indispensable basse, guitare, piano, orgue, trompette et chant, dans des arrangements roots, avec ce que cela implique d'effets et de traitements sonores. Les morceaux chantés sont sans conteste le point d'orgue du disque, d'autant plus qu'ils le sont dans des registres franchement inhabituels: sur "Blue sky", une dénommée Nkosazana Shihada élargit l'horizon du dub chanté en s'essayant avec réussite à un genre de spoken word déclamatoire, limite théâtral, qui se marie à merveille au thème répétitif qui lui sert de support. Sur "Living reality", elle rivalise sans complexe avec la Jamika des meilleurs jours dans ses collaborations avec Zenzile. "Mix that hits like bricks", l'autre morceau chanté, l'est pas un certain MC Ground Chuck, et brille lui aussi par sa singularité; une voix traînante, limite nonchalante, noyée sous la reverb, en parfaite adéquation avec une ligne de basse forte qui donne son identité au morceau. On en regrette presque que les morceaux avec voix ne soient pas plus nombreux... mais on trouve tout de même son compte dans la grosse dizaine d'instrumentaux, sans doute un peu monotones sur la longueur, qui composent le reste de l'album; citons notamment "Five", hymne au roots dub à la Tubby, déconstruit à outrance, ou l'excellent "Seven kings", lourd à souhait. Une bonne surprise donc, et de l'excellent travail pour un disque entièrement autroproduit, qu'il s'agisse de la production ou de la pochette, elle aussi très réussie.

2D.

http://www.doctorecho.com

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