DOCTOR ISRAEL

Presents Dreadtone International : Patterns of War
Reach Out International Records, 2006

Il y a sept ans de cela, le premier album du new-yorkais Dr. Israel, Inna City Pressure, faisait éclater à la face des peine-à-jouir sectaires une irrésistible mixture de genres que l’on aurait pu croire éloignés, sinon opposés. Jusqu’alors, il n’était pas bien courant de tomber, au détour d’un disque de dub, sur un riff de Black Sabbath (“The Doctor vs. The Wizard”) ou le groupe de punk Rancid au grand complet (“Coppers”). C’est dire qu’on attendait beaucoup du nouvel album de cet étrange docteur dont le cabinet de consultation était un objet de fantasme pour bien des apprentis-producteurs. Mais sept ans plus tard, ce qui était quasi-révolutionnaire est devenu beaucoup plus courant – bien que parfois aussi jouissif – et Patterns of War ne parvient pas, de loin, à dépasser son prédécesseur.

Voilà pourtant un album qui commence sur les chapeaux de roues, façon grand prix, puisque ses trois meilleurs titres appartiennent tous à sa première moitié : “Tetze” (c’est-à-dire “Dehors !” en hébreux) et son irrésistible rythmique syncopée soutenant un flow rageur ; “Sinsemilla”, son orgue soyeux et ses chœurs fervents ; et surtout “Interference”, seul véritable dub-rock de tout le lot : collaboration avec un groupe venu de l’Oregon, Systemwide, c’est une joyeuse partouze de guitares stridentes et de piano dub sur fond de rythmique lourde et de ligne de basse ultra-profonde. Autant dire qu’il justifie à lui seul les espoirs qu’on peut engager sur l’avenir du dub métissé outre-atlantique (si jamais les ventes de ce disque dépassent le millier d’exemplaires au pays de l’Oncle Sam, et rien n’est moins sûr, alors faisons au moins marcher l’exportation). D’autres fois, le doc laisse toute la place à deux vocalistes, Lady K et Chemda, sur des titres moins aventureux, bien plus mainstream, et, en un mot comme en cent, bien moins passionnants (“Cover Me” et “Stay With Me” sont certes de très jolies mélodies, mais elles lorgnent considérablement vers un trip-hop façon Massive Attack période Blue Lines qui n’est pas particulièrement tourné vers l’avenir et qui aurait plutôt tendance, en 2006, à nous donner envie d’aller écouter ailleurs…). La fin du disque est consacré à plusieurs versions dub de fort bon aloi qui prouvent que Dr. Israel n’est pas qu’une gigantesque voix à faire trembler les murs de Jéricho, mais également un producteur hors pair. 

Doté d’un immense potentiel et de quelques pics vertigineux, Patterns of War ne parvient pourtant pas à s’affirmer comme le grand mix dub/rock/compléter-par-un-style-de-votre-choix annoncé. Grevé par certaines facilités de production et deux ou trois morceaux dispensables, il n’a que peu de chances de marquer l’histoire du (multi-)genre mais demeure un disque souvent enthousiasmant, jamais transcendant, parfois brillant, rarement génial. Espérons qu’après cette semi-déception, le Doc retourne dans son laboratoire avec plein de nouvelles idées de métissages musicaux et parvienne à se délester au passage de quelques mauvaises habitudes paresseuses.

 

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