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DOCTOR ISRAEL |
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Presents Dreadtone
International : Patterns of War
Il y
a sept ans de cela, le premier album du new-yorkais Dr. Israel, Inna
City Pressure, faisait éclater à la face des peine-à-jouir sectaires
une irrésistible mixture de genres que l’on aurait pu croire éloignés,
sinon opposés. Jusqu’alors, il n’était pas bien courant de tomber, au
détour d’un disque de dub, sur un riff de Black Sabbath (“The Doctor vs.
The Wizard”) ou le groupe de punk Rancid au grand complet (“Coppers”).
C’est dire qu’on attendait beaucoup du nouvel album de cet étrange
docteur dont le cabinet de consultation était un objet de fantasme pour
bien des apprentis-producteurs. Mais sept ans plus tard, ce qui était
quasi-révolutionnaire est devenu beaucoup plus courant – bien que parfois
aussi jouissif – et Patterns of War ne
parvient pas, de loin, à dépasser son prédécesseur. Voilà
pourtant un album qui commence sur les chapeaux de roues, façon grand prix,
puisque ses trois meilleurs titres appartiennent tous à sa première moitié :
“Tetze” (c’est-à-dire “Dehors !” en hébreux) et son irrésistible
rythmique syncopée soutenant un flow rageur ; “Sinsemilla”, son
orgue soyeux et ses chœurs fervents ; et surtout “Interference”,
seul véritable dub-rock de tout le lot : collaboration avec un groupe
venu de l’Oregon, Systemwide, c’est une joyeuse partouze de guitares
stridentes et de piano dub sur fond de rythmique lourde et de ligne de basse
ultra-profonde. Autant dire qu’il justifie à lui seul les espoirs qu’on
peut engager sur l’avenir du dub métissé outre-atlantique (si jamais les
ventes de ce disque dépassent le millier d’exemplaires au pays de l’Oncle
Sam, et rien n’est moins sûr, alors faisons au moins marcher
l’exportation). D’autres fois, le doc laisse toute la place à deux
vocalistes, Lady K et Chemda, sur des titres moins aventureux, bien plus mainstream,
et, en un mot comme en cent, bien moins passionnants (“Cover Me” et
“Stay With Me” sont certes de très jolies mélodies, mais elles
lorgnent considérablement vers un trip-hop façon Massive Attack période Blue
Lines qui n’est pas particulièrement tourné vers l’avenir et qui
aurait plutôt tendance, en 2006, à nous donner envie d’aller écouter
ailleurs…). La fin du disque est consacré à plusieurs versions dub de
fort bon aloi qui prouvent que Dr. Israel n’est pas qu’une gigantesque
voix à faire trembler les murs de Jéricho, mais également un producteur
hors pair. Doté
d’un immense potentiel et de quelques pics vertigineux, Patterns of War ne parvient pourtant pas à s’affirmer comme le
grand mix dub/rock/compléter-par-un-style-de-votre-choix annoncé. Grevé
par certaines facilités de production et deux ou trois morceaux
dispensables, il n’a que peu de chances de marquer l’histoire du (multi-)genre
mais demeure un disque souvent enthousiasmant, jamais transcendant, parfois
brillant, rarement génial. Espérons qu’après cette semi-déception, le
Doc retourne dans son laboratoire avec plein de nouvelles idées de métissages
musicaux et parvienne à se délester au passage de quelques mauvaises
habitudes paresseuses. RemainUnderground |