DUBPHONIC

Dubphonic est un trio parisien né en 1999. Formé de Stéfane Goldman (guitare, subasophone, programmation), Sylvain Mosca (guitare, mélodica, programmation) et Alexis Mauri (réverbérations, production, programmation), le groupe s'est forgé une petite réputation en remixant Richard Dorfmeister de G-Stone ("Suzuki in dub"), puis Linval Thompson ("Jah Jah Is A Guiding Star", compilation "Select Cuts From Blood & Fire Chapter 2", Echobeach, 2000), avant d'en venir naturellement à l'enregistrement d'un premier album ("Smoke signals", Hammerbass, 2003), mariant avec réussite la musique électronique contemporaine aux techniques d'expérimentation ancestrales du dub. 


DUBPHONIC
Smoke signals

Taktic Music/Hammerbass, 2003

On l'a dit et redit, mais on ne le répètera jamais assez: le dub, c'est la musique de l'expérimentation. Il en est ainsi depuis sa naissance, et rien n'a vraiment changé depuis les années 70, quand King Tubby bidouillait son quatre pistes. Trois décennies plus tard, c'est dans une démarche comparable que le trio parisien Dubphonic s'attaque à son tour au défrichage du territoire musical d'un empire dub en perpétuelle expansion. On le comprend dès la première écoute de "Smoke signals", leur premier album: la musique de Dubphonic, c'est la musique de gars qui tournent des boutons. Des gars qui cliquent également sur des souris, mais qui, avant tout, tournent des boutons. Des boutons de chambres d'écho, de reverb, de tables de mixage, que sais-je encore... et si l'on peut le vérifier de visu quand on assiste à un de leurs concerts, on peut également le sentir à l'écoute de leur disque. Chaque morceau est construit selon un procédé similaire: un beat et une ligne de basse répétitifs, autour desquels tournoient des éléments sonores en perpétuel mouvement, sans se décider à intégrer vraiment le rythme: synthés, samples, mais aussi (et surtout) guitares, chaque son semble être doté d'une vie propre, foisonnante et indomptable. Il en ressort une impression de bordel maîtrisé, génératrice d'un climat vaporeux qui sied à merveille à l'ambiance des morceaux, qu'on peut définir sous l'appellation générique d'electro-dub, mais pas seulement; on peut aussi parler d'ambient, car le son, dans son sens le plus large, est la clé de voûte de l'ouvrage, avant même le rythme et la mélodie. Ambient-dub, donc, mais dans une acception nouvelle du terme. L'utilisation récurrente d'une guitare en tant que source sonore, au même titre qu'une machine, mais avec les sonorités originales de la six cordes, casse en effet l'aspect "electro" trop évident, en lui apportant une certaine fragilité; l'ajout de parties interprétées par une vraie basse aux basses synthétiques et autres sub-/infra-basses renforce cette impression. Au final, le son des instruments traditionnels additionné à cette surdose de bidouillages volontairement outranciers insuffle une dimension humaine aux morceaux, souvent absente dans l'electro-dub. Les Dubphonic ont donc réussi à écorner le sempiternel fantasme de la main-mise des machines sur l'homme, en donnant l'impression contraire: une domestication des machines par l'homme, qui leur fait cracher, dans une démarche qu'on peut presque qualifier de ludique, des choses pour lesquelles elles n'ont pas été conçues. Il en ressort neuf titres vraiment plaisants, qui comptent leur lot de tubes notoires: "Burn, baby burn!", "Galactic sushi man" sont irrésistibles, et le formidable "Babylon insight" (qu'on a déjà pu découvrir sur la compilation "Hi fidelity dub session 2") convaincra les dubovores de toutes les obédiences. Bref, un album éminemment recommandé.   

2D.


Dubphonic au Triptyque (Paris), le 19 février 2004
Dans le cadre de la soirée Eclektica, organisée par Audiovenum, que je remercie au passage pour l'invitation.

Dubphonic c'est bien, c'est même très bien, tellement bien qu'on est arrivé à s'en rendre compte le 19 février dernier à l'occasion de leur concert au Triptyque, malgré les conditions médiocres dans lesquelles il s'est déroulé:  problèmes techniques, plantages, ambiance molle, et par décence on ne parlera pas des lumières, l'éclairagiste ayant apparemment décidé de piquer un roupillon pendant la prestation. Malgré ça, donc, on a pu découvrir, pour ceux qui comme moi ne connaissaient pas encore le groupe sinon par quelques apparitions sur des compilations, un trio très inspiré qui manie l'electro-dub avec une rare maestria. Deux gars aux machines, plantés derrière une table de mixage et une collection d'effets, et un troisième derrière une guitare, une main sur les cordes, l'autre sur sa pédale de delay, et un pied sur la wah-wah. C'est de dub qu'il s'agit, au sens premier du terme: chaque morceau démarre sur une séquence de base, qui se trouve rapidement modifiée, moulinée, malmenée à coups de delay, de reverb et d'effets de toutes sortes, dans une impression de bordel apparent renforcée par une guitare utilisée comme une machine à part entière; le guitariste passe plus de temps à tourner les boutons de sa delay qu'à gratter les cordes de son instrument, c'est un signe. Bref: le son n'est jamais statique, mais part au contraire dans tous les sens, ondule, zigzague, tournoie autour d'une base rythmique constante, si bien que la mayonnaise réussit quand même à prendre malgré le contexte; à plusieurs reprises, pris dans ce tourbillon sonore, on finit par s'abandonner complètement à la musique. Magie du dub. 

On retrouve cette ambiance de désordre maîtrisé sur le  premier album du groupe ("Smoke Signal", sorti en 2003 chez Hammerbass), du moins sur le seul titre que j'en connaisse: "Galactic Sushi Man", également sur la compilation "I dub you" où je l'ai découvert. Un excellent morceau, axé sur le procédé construction/déconstruction, et donc assez proche de ce que le groupe délivre sur scène: de l'electrodub puissant et subtil, agencé dans une démarche live ostentatoire. Comme dans le concert, les parties de guitares ne donnent pas l'impression d'avoir été bêtement posées sur le reste du morceau, mais s'y intègrent au contraire parfaitement, fusionnellement, pourrait-on dire pour peu qu'on soit porté sur la métaphore à la mords-moi-le-noeud. Le temps de mettre la main sur l'album, et la chronique arrive. En attendant, il convient de signaler que Dubphonic a participé à la compilation "Hi-Fidelity dub session 2", c'est déjà un signe de qualité, mais a surtout brillamment remixé Linval Thomson sur "Select Cuts From Blood & Fire Chapter 2" (Echobeach 2000), et ça, sur un CV, ça en impose un peu plus qu'un passage à la Star Academy. Encore un groupe à suivre, donc. 

2D. 


Infos et extraits en MP3 ici:
http://www.takticmusic.com/artistes/dubphonic/dubphonic_frames.html

Et sur le site de Hammerbass:
http://www.hammerbass.fr/

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