EARL 16

Earl Sixteen Live – with No More Babylon
Mash Up The Dance
Fifty-Five, BMG, 2004

Ah je la vois pointer, la critique, je la vois d’ici : c’est vrai que parfois la paresse me prend, et que j’aurais pu en dire des choses, sur cet album quasi-live d’Earl Sixteen.

Si j’avais eu le courage, si je ne tombais pas présentement de sommeil et que mon “métier” ne m’obligeait pas à me plonger dans un gros livre sur les dessins maritimes de Victor Hugo avant d’avoir droit à un sommeil réparateur et bienvenu – j’aurais pu parler longuement de l’imparable flow rasta du jamaïcain Earl 16 qui domine de la tête et des épaules un répertoire impeccable qui voit cohabiter au même générique et sous la même pochette les noms de Coxsone Dodd, Bunny “Wailer” Livingstone, Lee Perry, Dennis Brown ou Augustus Pablo. J’aurais pu en remettre une couche, et une épaisse, sur l’excellence du backing-band No More Babylon, groupe toulonnais déjà connu des habitués de dubzone.org, en regrettant seulement que les cuivres aient été rajouté en overdubs en studio à Paris – ce qui, à la fois, fait gagner à l’album une bonne de dynamique sonore et de dynamite sonique, et lui fait perdre le statut de “live” intégral. J’aurais pu regretter l’absence de titres réellement dub, exercice où excellent les No More Babylon, mais louer pourtant les qualités de l’extraordinaire vocaliste à l’aise dans tous les styles roots, conscious, lover ou parfois plus strictement toast. J’aurais pu conclure en enjoignant tous les amateurs de bon reggae-roots à se ruer sur cette preuve par le bon son que la scène reggae française est en pleine forme et qu’il faut de toute urgence remettre sur les platines les bons vieux riddims tranchants et dansants, garder vivant l’esprit du reggae originel coûte que coûte et démocratiser le bonnet à dreads dans les cours d’école et les terrains de basket.

Tout ça, j’aurai pu le dire, bien sûr, mais j’aurais alors fait l’économie de la vaste prétérition (1) que constitue la première partie de cette chronique. Et puis je n’aurai pas pu vous parler de la recette du riz au maïs – garantie aussi i-tal que les lignes de basse bondissantes et les cascades de claviers derrière Earl 16.

Alors, il vous faut un oignon, un poivron rouge, 250g de grains de maïs, 1000ml d’eau, 2 cuillérées à soupe d’huile végétale, 150ml de lait de coco, du poivre frais (ou pas, mais bon…) et 250g de riz jaune. Vous mettez les grains de maïs dans une casserole, vous rajoutez l’eau, vous les laissez bouillir et cuire. Vous diminuez ensuite le feu, vous faites sauter l’oignon et le poivron rouge dans l’huile végétale, vous versez tout ça sur le maïs, avec ensuite le lait de coco, le poivre écrasé, le riz rincé et un peu de sel. Vous n’avez plus qu’à laisser cuire à feu doux, casserole ouverte, jusqu’à ce que l’eau soit absorbée. (2)

La semaine prochaine je vous fais la recette du punch (sans alcool, évidemment) à la carotte. Mais en attendant, allez acheter le live d’Earl 16 with No More Babylon, c’est tout aussi authentiquement bon.

RemainUnderground

(1) Prétérition : figure de style où l’on dit que l’on ne va pas dire ce que l’on dit, tout en le disant, bien évidemment.

(2) Etienne T. Babagbeto, Le Guide du Rastaman, Les éditions Inconeg, Bénin, 2000.

RETOUR A L'INDEX DES GROUPES  ///  RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL