EZ3KIEL

Ez3kiel live (CD+DVD)
Jarring Effects, janvier 2005

Autant être honnête, je ne suis pas le premier client des albums live. C'est contre nature, un album live, puisqu'un concert c'est précisément ce que donne un groupe sur scène et pas sur disque, et que l'on ne peut donc goûter à sa pleine mesure que si l'on fait l'effort de se déplacer dans la salle. Un DVD, c'est un peu différent. En plus du son il y a l'image, et si l'on est équipé d'un système de sonorisation décent, on peut, à défaut de retrouver intacte l'énergie du live, du moins mesurer l'erreur que l'on a faite en ratant le concert, pour peu que le concert en question s'inscrive dans la tournée Ez3kiel/Daau 2004, et que le DVD dont on parle soit la dernière livraison Jarring Effects. La maison mère du trio tourangeau que l'on ne présente plus nous gratifie là d'un enregistrement incontournable, au moins autant que ne l'est devenu Ez3kiel avec le temps: un monstre de l'electro-dub-rock français, véritable machine de guerre sur scène, dont chaque concert semble avoisiner en intensité celle qu'on présume à l'Apocalypse. La comparaison paraîtra certes exagérée, et elle est. Mettons la sur le compte de l'enthousiasme du rédacteur qui vient à l'instant de regarder ce DVD et cherche avec empressement les mots susceptibles de convaincre l'acheteur potentiel de se laisser tenter, et n'en parlons plus. Entre les trois gars d'Ez3kiel, les quatre de Daau, le chanteur ou la chanteuse de passage, une petite dizaine de personnes partagent la scène, au fond de laquelle des écrans diffusent des images d'une élégance à la hauteur de la musique, qui dansent au rythme d'éclairages fouillés et toujours très riches. Le son est énorme, les morceaux réinterprétés au mieux des possibilités de Daau, les featurings toujours à la hauteur des disques (Black Sifichi, Angelique Willkie, et Sir Jean Gomis himself, très impressionnant dans une version survoltée de "How do you sleep"). Inutile de nous égarer dans le détail des morceaux présentés et des bonus, contentons nous de mettre l'accent sur l'impérieuse nécessité de posséder ce double disque (CD + DVD) si l'on est un tant soit peu fan du groupe. Une débauche d'énergie, de talent, de savoir faire et de moyens, on comprend bien en visionnant ce document que les gars d'Ez3kiel ne sont plus exactement des amateurs, et pourquoi ils sont devenus (involontairement certes) la locomotive de JFX. On comprend aussi pourquoi le moindre petit groupe de dub, d'electro ou de metal un peu ambitieux qui naît aujourd'hui dans l'hexagone cite Ez3kiel en référence. Vous la sentez, la bonne odeur du mythe naissant ? 

2D.


Barb4ry
Jarring Effects, 2003

Souvent, lorsqu'on l'interroge au sujet de son nouvel album, le musicien à cours d'idées déclare: "J'ai voulu faire de cet album la bande-son d'un film imaginaire". Argument cliché, et non approprié dans la plupart des cas. En effet, il ne suffit pas de quelques nappes de synthé vaguement atmosphériques et de quelques samples empruntés à des films pour rendre une musique "cinématographique". Il existe néanmoins des artistes qui signent effectivement des BO de films imaginaires, à dessein ou involontairement. Le dernier album d'Ezekiel en est un bel exemple.

Barbary, titre de l'album, est aussi celui du film, dont un résumé est caché dans "Versus", le second morceau de l'album, qui suit un morceau d'ouverture fait de pianos et violons, que l'on presque considérer comme un générique. Une voix crade et légèrement distordue (Black Siffichi) énumère les grands maux du monde contemporain; en vrac et dans le désordre: police brutalities, snuff films, Soah, anthrax, Ku Klux Klan, mafia, pollution, fatwa, famine, torture, electric chair, Alcatraz, radioactivity, pedophilie, murder... une énumération de mots auxquels s'associent immédiatement des images d'horreur et de désolation, nous plongeant tout droit dans un drame glauque à la David Finsher. Les arrangements renforcent cette impression, le son est sale, les mélodies poisseuses. Une impression récurrente dans bon nombre des morceaux de l'album, notamment dans "ObSsD", break beat vicieux à la Sofa Surfers teinté de larsens et de synthés inquiétants, où l'on retrouve Black Siffichi dans un leitmotiv lancinant: "I'm obsessed"... sans parler de l'exceptionnel "Sûrement", capable de filer la déprime au plus jovial des fêtards du samedi soir. 

L'utilisation d'instruments traditionnels (violons, accordéon, clarinette) inattendus dans un tel contexte, marque définitivement l'identité cinématographique de Barbary. Toujours mélancoliques, ils évoquent l'univers de Yann Tiersen, auteur de la BO d'Amélie Poulain, à cette différence près que chez Ezekiel, Amélie n'est pas la pin up joviale et philanthrope du film, mais une junkie mal lavée qui taille des pipes à la chaîne dans les terrains vagues pour sa payer sa dose quotidienne de crack, qu'elle coupe à l'essence pour en renforcer l'effet. Le morceau "Thought" est symptomatique de cette impression, où l'accordéon plaque des accords tout droit sortis de la butte Montmartre sur une rythmique dub destructurée, tandis qu'Angelo Moore rivalise avec Black Siffichi au championnat des voix glauques. Qu'on se rassure: la chanteuse Angelique Wilkie est là pour apporter un peu de douceur dans cet univers désolé, contribuant ainsi à créer un subtil équilibre qui empêche l'auditeur de sombrer complètement. 

Barbary est-il un album de dub? Non, et là n'est pas la question. Le dub marque plusieurs morceaux de son empreinte ("3 rue Monplaisir", monumental), mais l'album flirte avec de nombreuses autres influences musicales, le break beat en premier lieu, mais aussi le metal ou l'electro, comme c'était du reste déjà le cas dans le premier album du groupe. La performance est d'autant plus remarquable qu'au final, malgré cet éclectisme revendiqué, tant sur le plan des sonorités que sur celui des arrangements, ce n'est pas une sensation de fourre-tout qui s'empare de l'auditeur, mais bel et bien l'impression d'une cohérence inaltérable. En cela, Barbary n'est pas un titre innocent. Par les images qu'il évoque, il cimente chaque morceau de l'album en une oeuvre unique. Incontestablement, un des meilleurs albums de 2003. 

2D.


Site officiel: ez3kiel.com

Précision d'importance: EZEKIEL s'écrit désormais EZ3KIEL. Il convient d'en tenir compte lorsqu'on tape le mot sur les moteurs de recherche, notamment sur ceux des sites de ventes de disques en ligne, qui ne reconnaissent pas toujours les deux orthographes... 

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