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FEDAYI PACHA |
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Dub Works (in mysterious waves)
C'est au printemps 2004 sur la compilation I dub you que Fedayi Pacha fit une entrée pour le moins tonitruante dans le petit monde du dub français avec "The fourty days of Musa Dagh", tube incontournable de ce double CD, à mi-chemin entre dub et musique orientale. Un an plus tard, on retrouve ce titre (rebaptisée fourty nights) en compagnie de huit autres sur "Dub works (in mysterious waves)", son premier album, sorti sur la label parisien Hammerbass, que nous félicitons pour sa clairvoyance: ce coup d'essai de Fedayi Pacha est en effet non seulement un coup de maître, mais aussi tout simplement un des meilleurs albums de dub parus depuis longtemps en France. Car c'est très clairement de dub qu'il est question malgré une coloration orientale dominante: grosses basses ronronnantes, effets omniprésents, rythmiques ondulantes... pas de doute, cette musique là est la digne héritière de King Tubby, mais d'un King Tubby qui aurait troqué son bonnet vert-jaune-rouge contre un keffieh et son joint d'herbe contre un narguilé. Mélodica, bips, skanks et effets en tous genres fusionnent en parfaite harmonie avec d'aguicheuses darboukas, violons exotiques et autres voix arabes. Beaucoup avaient déjà tenté l'expérience du dub pimenté avant Fedayi Pacha à l'occasion d'un morceau, mais jamais personne n'avait osé positionner son identité musicale de façon aussi tranchée sur un album entier. Pourtant, pour séduisant qu'il soit sur le papier, l'exercice n'en est pas moins périlleux, car mêler le dub aux sonorités orientales, c'était aussi prendre le risque d'accoucher d'un genre de Zebda in dub chiant et bêtement festif, un peu comme Asian Dub Foundation peut le faire avec la musique indienne. Fedayi Pacha a su ne pas tomber dans ce piège, en cadrant au contraire ses rythmes dans une atmosphère sombre et mélancolique, parfois à la limite du dark. C'est que le bougre, stéphanois d'adoption, est un ancien d'ASSE, l'ancêtre de Brain Damage... ce qui s'entend d'un bout à l'autre de ce disque, où le mystère de l'Orient le dispute à un pessimisme pour le coup bien stéphanois. L'autre piège que Fedayi Pacha a su éviter, c'est de ne pas intégrer la composante orientale après coup, mais au contraire de composer ses morceaux en posant dès le début le postulat d'un dub oriental, ne cédant pas à la facilité de poser ça et là des samples de percussions ou de voix arabes sur des rythmiques pré-programmée, mais jouant au contraire avec les sonorités des deux bords à chaque étape de la composition, quitte à s'éloigner parfois d'une ligne de conduite strictement dub. Chaque morceau est pensé, méticuleusement agencé, précautionneusement construit, on sent le travail de fourmi, du gars patient, qui sait ce qu'il veut, où il va et comment y parvenir. A l'arrivée, non seulement l'objectif est atteint, mais il est même dépassé, puisque la limite entre savoir-faire et talent est allègrement franchie. On pourrait le prouver en détaillant chaque morceau du disque et en vantant leurs mérites respectifs, en s'extasiant devant le changement de tempo de "L'île aux chiens", s'ébahissant devant le refrain ravageur de "Goma 2 Echo", louant la beauté mélancolique des accordéons de "Diaspora", déployant tout un arsenal de superlatifs pour qualifier la richesse rythmique de "The 40 nights of Musa Dagh", mais la liste serait trop longue à dresser. On se contentera donc d'inviter lourdement tous les amateurs de dub à acheter ce disque. Car il ne faut pas seulement l'écouter, en graver une copie chez un copain ou le télécharger sur son site de P2P favori, il faut aussi faire l'effort de débourser une dizaine d'euros pour dire merci au compositeur, au label qui a eu la bonne idée de le signer, et leur donner ainsi la possibilité de très vite donner un petit frère à ce formidable "Dub works". 2D. Interview de Denis aka Fedayi Pacha, juin 2005. « Dub works (in mysterious waves) » est ton
premier album, mais tu n’es pas pour autant un nouveau venu dans le dub…
Parle-nous un peu de tes débuts au sein du collectif Bangarang, d’ASSE… J'ai participé à la création du label Bangarang et du groupe Another
Sound System Experience en 1998 avec Martin et Raf de Brain Damage, on s'est
organisé en collectif pour sortir nos disques et établir des connexions
avec le reste de la scène dub. Après 60 concerts, un mini album et
quelques titres sur des compiles le groupe s'est arrêté. Comment es-tu passé du son ASSE, proche de ce qu’est
devenu Brain Damage par la suite, au son Fedayi Pacha, certes encore assez
dark, mais ouvertement « orientalisant » ? Existe-t-il un
concept derrière Fedayi Pacha ? Et pourquoi le choix de ce nom ? ASSE comprenait les 2 membres de Brain Damage dans le line up, ce qui
explique les points communs, depuis on a tous cherché a développé un son
personnel. Moi c'est en me servant de mes origines que j'ai épicé la
marmite dub. Le dub est vraiment une interface, un ensemble de techniques de
son, que l'on peut appliquer à plein de styles de musiques. Le concept c'est de mélanger les cultures, les machines et l'humain, le
high tech et le lo-fi , le studio et le live..... Fedayi Pacha veut à peu
près dire le chef des brigands, une sorte de grade fantaisiste comme on en
trouve tant dans la musique jamaïcaine (King General, Prince Far I....) Qui sont Maeram Demirdjian, Walid Abboud & Mahmud
Darwish, crédités sur deux de tes titres ? Et que disent-ils ? C'est ma grand-mère que j'avais enregistré il y a longtemps et qui sur le
titre Diaspora, raconte son
arrivée en France. Wallid et un ami palestinien que j'ai enregistré quand il lisait ce poème
de Mahmud Darwish , un des poètes les plus connus de Palestine. Le texte
parle d'exil et s'appelle "Et la terre se transmet comme la
langue" dans le recueil "Sur la terre comme au ciel" paru en
France. Depuis quand travailles-tu sur cet album ? Et comment
en es-tu venu à signer chez Hammerbass ? J'ai commencé en août 2004 et fini en mars de cette année, l'avantage de
travailler à la maison c'est que le studio est gratuit ; mais le mix final
c'est fait au studio Loaded. Bangarang travaille avec Hammerbass depuis la compilation Combat Dub 1, donc
quand Jean Seb, après le concert avec Brain Damage au Batofar,
m'a dit qu'il avait une opportunité pour sortir l'album rapidement
j'ai foncé. Que tu le veuilles ou non, te voilà désormais affilié
à la grande famille un peu hybride du "dub français"... première
question à ce sujet : as-tu le sentiment de faire du dub ? Oui pour des raisons vraiment techniques : sur scène ou en studio mes
instruments principaux sont la console de mix, les effets et le magnéto
multipistes, je fais plusieurs versions, ma musique et principalement
instrumentale, j'aime les grosses basses, les échos et les sirènes..... ça
me parait correspondre au dub même si je comprends que les fans de dub
vertjaunerouge peuvent se poser la question. Deuxième question dans le même registre : l’étiquette
« dub français » a-t-elle un sens à tes yeux autre que géographique?
Existe-t-il une école française du dub selon toi? De quels groupes du
circuit te sens-tu le plus proche? Le dub français se distingue surtout par son côté live alors que chez les
anglais il est rattaché aux sound systems (avec quand même des exceptions
comme Irration Steppa Dub Syndicate ou Revolutionary Dub Warriors) sinon je
ne vois pas de points communs entre par exemple Lab° et Improvisators Dub
donc le spectre est quand même large et varié. Brain Damage (!?!), General Dub (dommage), Lena......... Quel est l’avenir proche de Fedayi Pacha ? Scène,
remixes, collaborations diverses ? Quelles sont tes ambitions pour la
suite ? Je bosse sur les concerts de l'automne en ce moment tout en préparant des
titres pour des compils, l'ambition c'est d'en faire de plus en plus. Ton avis sur la crise dans l'industrie du disque? C’est la crise et pas seulement dans l'industrie du disque. Le téléchargement (légal ou illégal) de musique sur
internet? Je trouve que le mp3 ressemble aux vieilles k7 audio, ça permet d'écouter
plus de musique que tu ne peux en acheter, de là à poursuivre des gens.... Pascal Nègre? On est toujours le nègre de quelqu'un. Star Academy? Dès
que la dub academy existe je m'inscris En parallèle à Fedayi Pacha je fais des dj set sous le nom de selecta pacha, en passant des artistes qui confrontent musiques orientales et dub, voilà quelques uns de mes préférés: -Azzddine with Bill Laswell . Massafat (barbarity) -Mercan Dede . Su. (doublemoon) -Muslimgauze. Baghdad. (staalplaat) -Baba Zula with Mad Professor . Psychebelly dance music. (doublemoon) + Night Seccion, Orange Blossom, Soap Kills, Tabla Beat Science....... Quelque
chose à ajouter? A lire également: la chronique du live de Fedayi Pacha en première partie de Brain Damage au Batofar à Paris le 24 février 2005.
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