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FUMUJ |
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Fumuj, un nom bizarre pour un trio qui l'est tout autant, dévoué à un dub hybride et expérimental aux antipodes du roots jamaicain, comme on en fait de plus en plus par chez nous. Trois petits gars sympathiques et modestes, comme on s'en rendra compte à la lecture de l'interview qui suit, pourtant auteurs d'une démo de grande qualité qui témoigne déjà d'une belle maturité musicale et séduira à n'en pas douter plus d'un électrovore éclairé. Dans le sillage d'Ez3kiel, son grand frère (tous deux sont basés à Tours), Fumuj avance d'un pas humble mais résolu sur les pentes du dub alternatif hexagonal, bien décidé à atteindre le sommet au plus vite. Pour s'en convaincre, une présentation de leur première démo, quelques mots sur un de leurs concerts parisiens, et une interview croisée des trois larrons. Fumuj en studio Monstrueuse normalité
Un an seulement après une première démo prometteuse, les Fumuj sortent un album, un vrai, enregistré, excusez du peu, dans les studios Jarring Effects à Lyon. Une collaboration presque inévitable, tant la musique du trio parisiano-tourangeau, à la croisée du dub, du hip-hop, de l'electro et du metal, s'harmonise à l'identité musicale défendue et revendiquée par le label lyonnais. On le comprend dès "Ecumes", qui ouvre magistralement l'album sur un beat destructuré très abstract hip-hop dans l'esprit, mais avec la fougue et la générosité d'un trio avant tout composé d'instrumentistes: batterie, basse, guitare, telle est la base de Fumuj. Ce qui n'empêche pas le groupe de trifouiller allègrement les machines, et c'est ce qui rend leur musique si intéressante. D'autant plus que pour une fois, la démarche est poussée à son paroxysme: non contents de mélanger samples, sons et autres effets non identifiés à leurs instruments, ils n'hésitent pas à intervenir directement sur le son au mixage. Pas seulement en bidouillant une piste isolément par çi par là, comme il est d'usage de le faire en studio, mais parfois aussi en cassant délibérément les séquences rythmiques pour les recomposer à la manière d'un home-studiste qui ne comprendrait que le langage du sample. C'est manifeste sur "Pégaze", ou le rythme basse/batterie tranquille et pépère qui sert de support au morceau part subitement en couille dans un délire drum'n bass découpé à coups de clics de souris. Coté ambiances, on retrouve le même foisonnement que sur la démo: l'agressivité des rythmiques hip-hop côtoie la nonchalance du dub, la froideur élégante des sonorités electro flirte sans complexe avec d'épais murs de guitare metal (le final de "Monstrueuse normalité", exceptionnel), tandis que d'omniprésentes instrumentations à la Yann Tiersen nous rappelle le lien de parenté entre Fumuj et Ez3kiel (il n'y a qu'à écouter "Pollie" pour s'en rendre compte). Tels des anarchistes indisciplinés du son, les Fumuj osent tous les mélanges et brisent les règles, soucieux avant tout de se faire plaisir sans chercher à savoir si leur musique entre dans tel ou tel cadre. Il en résulte un album hors-norme, hybride, déroutant, un peu bancal par moment, certes pas exempt d'erreurs de jeunesse, mais qui n'en compte pas moins son lot d'authentiques moments de réussites. Une musique généreuse et moderne, créative avant tout, et tournée vers l'avenir. 2D. Première démo (2003) Prenez une grande marmite, remplissez là d'un épais bouillon à base de dub, plongez y de l'electro warpienne (Aphex Twin, Squarepusher) et de l'electro plus dark (Gridlock, Skinny Puppy) à quantités égales, saupoudrez d'une pointe de jazz, d'une pincée de métal, d'une autre de funk, fermez le couvercle, mettez sur le feu et barrez vous très vite avant que ça ne vous pète à la gueule. C'est la recette du CD 5 titres de Fumuj, trio parisien/tourangeau très inspiré, qui rejoint dès sa première démo la petite famille des expérimentateurs du dub de l'ombre, General Dub, Brain Damage, Lab°, Ek3kiel et compagnie. Si vous aimez ces groupes et leur approche du dub, tentez l'expérience Fumuj, elle vaut largement d'être vécue. Fumuj n'est pas seulement le nom du groupe, c'est aussi le titre d'ouverture du CD, et quel titre, du Warp style dans toute sa splendeur, quelques accords à la guitare, un rythme electro-jungle destructuré à la Aphex Twin, que pimentent des tablas très asian vibes, le tout enrobé dans une profusion de samples orchestrés avec subtilité, aéré par d'habiles delays dub, et débouchant sur une conclusion magnifique au mélodica... un seul morceau, et on est déjà sur le cul. Vient alors "Ter9", qui commence comme un tube big beat assez classique, façon Prodigy, avant de se métamorphoser comme par enchantement en un morceau d'électro dub dans la plus pure tradition, au terme d'un bref tunnel jazzy à la Squarepusher aussi inattendu que phénoménal. Ca parait indigeste à la description, mais tout s'enchaîne pourtant de façon limpide, et dans une cohérence diabolique. Une leçon de composition et d'inventivité, qui se confirme dans "Soultrekking", le troisième morceau, tout aussi surprenant. Imaginez un mariage réussi entre dub (pour la base rythmique) et musique de film, façon Yann Tiersen (pour les mélodies et les sons utilisés), un peu sur le même principe que le Barbary d'Ezekiel, mais en plus chaotique. Une réussite complète. "Tekytoi", le quatrième morceau, démarre sur un rythme techno/hardcore classique, efficace et limite bourrin, que d'habiles éléments drum'n bass viennent progressivement aérer, et sur lequel une cohorte de sons plus mélodiques (vibraphone, guitare, piano) se greffent tour à tour, créant un décalage subtil avec la rigueur intransigeante de la rythmique. "Cheval galopant" ferme la marche avec une finesse renouvelée. Une basse et des claviers dub sur un rythme drum n' bass malmené en permanence servent de support à d'épaisses nappes de synthés à la Gridlock, qui dessinent une mélodie des plus noires, quasiment apocalyptique; imaginez la rencontre entre High Tone et Skinny Puppy, je vous le concède, le mélange parait bizarre, mais il est pourtant évident. Cerise sur le gâteau: en guise de bonus track, un titre live achève de nous convaincre. Moins fin et méticuleux qu'en studio, Fumuj en concert mise tout sur l'énergie, et propose une seconde facette, plus brutale, plus directe, en un mot plus rock de sa personnalité. Guitare, basse et batterie (la base du groupe) sont mises en avant, au contraire des titres studio où elles se noient dans les machines. A voir sur scène autant qu'à écouter sur disque, donc. Et dans un cas comme dans l'autre, à ne surtout pas rater. 2D. Fumuj live Jeudi 29 janvier 2003, le Glaz'Art, Paris Fumuj était en concert le 29 janvier au Glaz'Art, en première partie de Sire, un autre groupe signataire de l'écurie Life Live, qui s'occupe de leur promotion scénique. Une bonne occasion de découvrir le groupe en live après avoir copieusement écouté la démo. L'impression laissée par "Goudron mouillé", le titre live présent sur le CD, est confirmée par la prestation: Fumuj live est plus brut, plus énergique, plus rock. Et devrait le rester sur les prochaines compositions du groupe, dont les membres avouent en effet vouloir privilégier davantage l'utilisation des instruments traditionnels pour les intégrer dans leurs séquences, afin de générer à terme une musique à mi chemin entre la spontanéité du live et le parachèvement du studio. Les Fumuj se cherchent donc encore, et ce concert était une bonne occasion de mesurer l'avancée de leurs expérimentations. Exception faite de quelques petites maladresses bien excusables et d'un son parfois un peu brouillon (mélanger un trio batterie/basse/guitare à des séquences électroniques est toujours délicat), il ressort de ce concert que les fondamentaux sont déjà bien maîtrisés, en premier lieu sur le plan de la base rythmique, solide et carrée, renforcée ce soir là par un son de batterie pour le coup assez énorme, façon pan dans ta gueule. Le trio démontre donc qu'en plus de sa maîtrise de la composition, il possède la puissance requise pour servir au mieux sa musique en concert. Sur le plan du show proprement dit, saluons comme elle le mérite la prestation du bassiste, très énervé, qui sautille volontiers quand le rythme s'emballe et comble ainsi à lui seul le vide laissé par l'absence de chanteur. Reste maintenant à trouver le moyen de capturer cette énergie live et la cristalliser sur disque, tel que l'ambitionne le groupe. La tache est ardue autant qu'audacieuse, mais la singularité est à ce prix. 2D. Fumuj + Junior Cony à la Flèche d'Or (24 mars 2004) Fumuj: l'interview (janvier 2004) (Fred: basse, Romain: batterie, Julien: guitare) La question rituelle : que signifie le
nom Fumuj? Fred : Non et oui. Non, car en fait, c'est une question de moyens : pour faire des prises de batterie ça aurait demandé un studio adéquat avec un ingé son parce qu'on n'a pas les connaissances techniques requises. Et après coup oui, car on s'est aperçu que c'était vraiment rigolo de tout arranger pour jouer live. Rom1 : En fait on ne maîtrise pas assez les
machines sur scène, alors que l'on aimerait jouer des versions aussi "electro"
qu' "acoustiques"... Donc on apprend à chaque concert et même à
chaque répèt. Rom1 : Ce n'est pas qu'une influence parmi
tant d'autres. C'est avant tout un prisme par lequel passe toutes nos
influences. Fumuj en choeur : On a beaucoup aimé celle
d'EZ3kiel (qui eux aussi représentent des "grands frères"). Site web: http://www.fumuj.fr.st (des MP3 à télécharger...) |