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GUNS OF BRIXTON |
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In.dub.out Quand on monte un groupe, se pose assez rapidement le problème
du nom de guerre. Trouver le patronyme idéal qui rendra compte du style,
tout en gardant une part de mystère… Qui sonnera bien en bouche et qui
aura de la gueule sur une affiche ou un T-shirt… Qui saura représenter
ses membres sans les enfermer… Les Caennais de Guns Of Brixton ont manifestement tiré leur
épingle du jeu. En décidant d’utiliser le titre d’un des meilleurs
morceaux de The Clash (repris sur scène par Zenzile il y a quelques années),
le quatuor a réussi à synthétiser dans un même élan ses influences rock
et dub ainsi que sa conscience politique et sociale (l’original relatait
les émeutes raciales dans les rues de Brixton)… Lab° avait ouvert une première brèche il y a quelques années.
Plusieurs groupes leur ont emboîté le pas pour venir grossir les rangs
d’une sorte de post-dub noisy (Idem, Löbe Radient Dub System, G.O.B,
Metastaz, Le Grendel, Picore…). Tandis que les leaders parisiens
s’embourbent en expérimentations sur des albums ou des concerts
approximatifs depuis un certain temps, la relève en a profité pour
s’infiltrer sur les devants de la scène et redistribué les cartes du
jeu… Guns Of Brixton entend bien ne pas rester à la traîne et tape
violemment sur la table avec ce second album pour se faire entendre de tout
fan de musique sombre et violente qui se respecte. Car le dub de G.O.B doit sans doute davantage à Refused,
Unsane, Mogwaï ou Neurosis qu’à Sly & Robbie ou Bush Chemists…
Mais ce n’est certainement pas chez Dubzone qu’on s’en plaindra! À
l’image de leurs potes de Idem, les Caennais assument leurs penchants
bruitistes et expérimentaux sans pour autant se regarder le nombril. Ils
ont bien compris qu’une musique qui expérimente pour expérimenter ne va
jamais bien loin. Il faut savoir créer cet équilibre délicat entre
identité artistique forte et efficacité rigoureuse pour emporter le public
dans son sillage. Ce «in.dub.out» n’a donc aucun véritable point faible.
Ses dix titres parviennent à captiver l’auditeur sans le lasser.
L’album est assez ramassé (52 mn), compact, mais varié. Du superbe et mélancolique
«La marche des lacunes» à l’incandescent «8 minutes en Corse» (après
un «8 minutes au Tibet» sur le premier album), en passant par le paranoïaque
« Cryptonik » (digne de la grande époque de Hint!), on traverse
bon gré mal gré une mer démontée de guitares abrasives, de basses
telluriques et de batterie pachydermiques. Soyons francs, ce disque a peu de
chance de séduire le fan de dub roots ou steppa. Mais c’est aussi la
grande force de ce style musical que d’exploser les frontières et
d’aller s’immiscer là où on ne l’attendait pas. Plutôt que de se lancer dans de longs discours populistes,
Guns Of Brixton choisit, à l’aide de bribes de voix qui reviennent comme
des gimmicks inquiétants, de rappeler au monde les horreurs qu’il a
commises (« Devant leurs yeux» et son témoignage de la barbarie
nazie) ou qu’il laisse encore faire («Opération Bretzel» et son
discours qui pue de la Bush en toile de fond), ou plus simplement de témoigner
du malaise ambiant d’une époque en chute libre (cf : le «Septentrional»
final : «S’en échapper est impossible… La jungle vous tuerait!
…uerait! …uerait!! …ueraiiit!!! …uueraaaiiiiit!!!»). Si ce nouvel album va plus certes loin que leur premier
effort, il ne sera en revanche sans doute pas encore suffisant pour prendre
la tête de la meute. Pour l’instant, on a l’impression que le groupe
est surtout à l’affût de ce qui se fait autour de lui. Pour preuve, ce
très réussi «911» qui reprend la bonne idée qu’a eu Idem sur son
dernier disque de mélanger phrasé hip hop et riddims dub massifs. C’est
d’ailleurs MC Blueveiner (a.k.a Damny de La Phaze, également présent sur
le «Aerobiose» des Nantais) qui s’y colle… Ne doit-on pas aussi voir
un clin d’œil (un hommage?) aux débuts de Zenzile (et à The Ramones
aussi en passant!) sur les titres «Sachem In Russia» et «Rocket To Salem»? Les Caennais ont donc encore besoin de temps et de travail
pour explorer plus profondément leur fort intérieur et en sortir l’étincelle
qui mettra définitivement le feu aux poudres. Mais ce «in.dub.out»
a déjà clairement entreposé les barils. Attention donc à ce que cela ne
nous pète pas à la gueule quand on s’y attendrait le moins!! Kalcha |