GUNS OF BRIXTON

In.dub.out
Lakalashnik'Off, 2006

 

Quand on monte un groupe, se pose assez rapidement le problème du nom de guerre. Trouver le patronyme idéal qui rendra compte du style, tout en gardant une part de mystère… Qui sonnera bien en bouche et qui aura de la gueule sur une affiche ou un T-shirt… Qui saura représenter ses membres sans les enfermer…

Les Caennais de Guns Of Brixton ont manifestement tiré leur épingle du jeu. En décidant d’utiliser le titre d’un des meilleurs morceaux de The Clash (repris sur scène par Zenzile il y a quelques années), le quatuor a réussi à synthétiser dans un même élan ses influences rock et dub ainsi que sa conscience politique et sociale (l’original relatait les émeutes raciales dans les rues de Brixton)…

Lab° avait ouvert une première brèche il y a quelques années. Plusieurs groupes leur ont emboîté le pas pour venir grossir les rangs d’une sorte de post-dub noisy (Idem, Löbe Radient Dub System, G.O.B, Metastaz, Le Grendel, Picore…). Tandis que les leaders parisiens s’embourbent en expérimentations sur des albums ou des concerts approximatifs depuis un certain temps, la relève en a profité pour s’infiltrer sur les devants de la scène et redistribué les cartes du jeu… Guns Of Brixton entend bien ne pas rester à la traîne et tape violemment sur la table avec ce second album pour se faire entendre de tout fan de musique sombre et violente qui se respecte.

Car le dub de G.O.B doit sans doute davantage à Refused, Unsane, Mogwaï ou Neurosis qu’à Sly & Robbie ou Bush Chemists… Mais ce n’est certainement pas chez Dubzone qu’on s’en plaindra! À l’image de leurs potes de Idem, les Caennais assument leurs penchants bruitistes et expérimentaux sans pour autant se regarder le nombril. Ils ont bien compris qu’une musique qui expérimente pour expérimenter ne va jamais bien loin. Il faut savoir créer cet équilibre délicat entre identité artistique forte et efficacité rigoureuse pour emporter le public dans son sillage.

Ce «in.dub.out» n’a donc aucun véritable point faible. Ses dix titres parviennent à captiver l’auditeur sans le lasser. L’album est assez ramassé (52 mn), compact, mais varié. Du superbe et mélancolique «La marche des lacunes» à l’incandescent «8 minutes en Corse» (après un «8 minutes au Tibet» sur le premier album), en passant par le paranoïaque « Cryptonik » (digne de la grande époque de Hint!), on traverse bon gré mal gré une mer démontée de guitares abrasives, de basses telluriques et de batterie pachydermiques. Soyons francs, ce disque a peu de chance de séduire le fan de dub roots ou steppa. Mais c’est aussi la grande force de ce style musical que d’exploser les frontières et d’aller s’immiscer là où on ne l’attendait pas.

Plutôt que de se lancer dans de longs discours populistes, Guns Of Brixton choisit, à l’aide de bribes de voix qui reviennent comme des gimmicks inquiétants, de rappeler au monde les horreurs qu’il a commises (« Devant leurs yeux» et son témoignage de la barbarie nazie) ou qu’il laisse encore faire («Opération Bretzel» et son discours qui pue de la Bush en toile de fond), ou plus simplement de témoigner du malaise ambiant d’une époque en chute libre (cf : le «Septentrional» final : «S’en échapper est impossible… La jungle vous tuerait! …uerait! …uerait!! …ueraiiit!!! …uueraaaiiiiit!!!»).

Si ce nouvel album va plus certes loin que leur premier effort, il ne sera en revanche sans doute pas encore suffisant pour prendre la tête de la meute. Pour l’instant, on a l’impression que le groupe est surtout à l’affût de ce qui se fait autour de lui. Pour preuve, ce très réussi «911» qui reprend la bonne idée qu’a eu Idem sur son dernier disque de mélanger phrasé hip hop et riddims dub massifs. C’est d’ailleurs MC Blueveiner (a.k.a Damny de La Phaze, également présent sur le «Aerobiose» des Nantais) qui s’y colle… Ne doit-on pas aussi voir un clin d’œil (un hommage?) aux débuts de Zenzile (et à The Ramones aussi en passant!) sur les titres «Sachem In Russia» et «Rocket To Salem»?

Les Caennais ont donc encore besoin de temps et de travail pour explorer plus profondément leur fort intérieur et en sortir l’étincelle qui mettra définitivement le feu aux poudres. Mais ce «in.dub.out»  a déjà clairement entreposé les barils. Attention donc à ce que cela ne nous pète pas à la gueule quand on s’y attendrait le moins!!

Kalcha

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