HIGH TONE

High Tone – Re-processed #1
Jarring Effects, 2006

Ok, ok, pas la peine de faire cette tête-là, on sait pertinemment qu’on n’est plus trop sous les feux de l’actualité avec cette chronique, vu que le disque en question est déjà disponible depuis plusieurs mois… Mais, bon, si on ne chronique plus les disques de High Tone, même après tout le monde, on va bientôt être obligés de rebaptiser ce site zoukzone ou je ne sais quoi ! Bref. 

Après 10 ans de carrière, on imagine sans mal que des remixes de derrière les fagots, les Lyonnais de High Tone en ont plein le disque dur de leurs laptops ! C’est en tout cas ce que semble signifier le « #1 » du titre… On n’est donc que moyennement surpris de voir débarquer cette première compilation, venue à point nommé pour nous faire patienter jusqu’à la sortie du très attendu Zentone (qui, par le miracle du temps paradoxal, est donc déjà disponible quand vous lisez ces lignes, comme quoi on a bien fait de ne pas se presser !).  

Le tracklisting puise dans tous les albums du groupe et voit ses habituels collaborateurs se charger des reliftings. Les hommes derrière le bistouri numérique ont en effet tous déjà sorti un disque sur Jarring Effects, sauf Le Peuple de L’Herbe qui reste néanmoins un proche du label. Ces autres Lyonnais sont d’ailleurs sans doute les plus renommés du lot, et se retrouvent en conséquence en position d’appâter le chaland. Leur version de « Echo-Logik » (« Echo-PH ») voit ainsi les breaks et les beats s’accélérer au fur et à mesure qu’on avance dans le titre, mais n’apporte au final rien de bien bouleversant.  

C’est d’ailleurs le reproche que l’on est en droit de faire à ce disque. On y trouve (que) ce qu’on pensait y trouver. Pas de réelles surprises, quoi ! Prenez Interlope, qui signe pas moins de 5 remixes sur les 11 de cette compilation. Eh bien je vous le donne en mille : ils se contentent de faire du Interlope (c’est sans doute ce qu’ils font de mieux, vous me direz !), en transformant la plupart des morceaux en tracks techno drum’n’bass qui frappent d’abord, et qui posent les questions ensuite. Bon, pourquoi pas ? Mais on s’y attendait un peu, non ? Même constat pour L’Œuf Raide qui bricole un « Bad Weather » (« Œuf Bad 2 Fat ») façon break beat, et un long medley pas désagréable, mais pas non plus inoubliable.  

Heureusement, Hybrid Sound System (le projet parallèle de deux membres de Kaly Live Dub) déboule avec deux remixes drum’n’bass (« Bad Weather » et « The Orientalist ») qui, s’ils ne sont pas non plus des plus originaux, ont au moins le mérite d’être diablement efficaces ! 

Si vous savez compter, vous aurez compris qu’il ne reste plus que Reverse Engineering, le dernier petit protégé de Jarring. Le combo suisse offre sans aucun doute la relecture la plus captivante de ce disque avec une version dark electro hip hop de « Musical Bonzeye », rebaptisé pour l’occasion « Liquid Surfaces ». Blu Rum 13 (l’excellent MC de One Self, le groupe monté par Dj Vadim, signé sur Ninja Tune) y fait qui plus est une prestation des plus remarquables, apportant un plus indéniable à l’originalité du morceau… 

Et c’est là qu’on se dit que le label a peut-être pêché par excès de modestie, par manque d’ambition ou simplement par paresse… On peut en tout cas regretter qu’il se soit restreint à son cercle de proches pour recruter les remixeurs. Sans pour autant dévaluer le talent des personnes concernées, on aurait quand même bien aimé découvrir comment aurait sonné la musique de High Tone une fois triturée par les petites mains névrosées d’un Amon Tobin, Mad Professor, Venetian Snares, Roni Size, Manasseh, Roots Manuva ou Rhythm&Sound (pour ne citer que quelques noms parmi d’autres)... Je ne sais pas si le résultat aurait forcément été meilleur, mais le plaisir de la découverte n’en aurait été que plus intense, car moins « téléphoné ». Je me fais peut-être des illusions, mais j’ai l’impression que tous les artistes suscités n’étaient pas forcément inaccessibles. Et surtout que la matière première méritait largement d’essayer… A moins que l’équipe de Jarring n’ait essuyé une foultitude de refus, et là, j’aurais bien du mal à comprendre le pourquoi du comment. 

En résumé, cette compilation n’aura de véritable intérêt que pour le noyau dur des fans du combo lyonnais, toujours à l’affût du moindre inédit. Ce qui représente déjà pas de mal de monde, je vous l’accorde… 

Je vous vois venir, vous allez me dire que si c’était pour en arriver là, c’était peut-être pas la peine de se casser le derrière à écrire une chronique, hein ? Le pire, c’est que vous avez sans doute raison. Je vais de ce pas voir si j’ai quelques disques de zouk dans ma discothèque…

Kalcha


Wave Digger
Jarring Effects, avril 2005.

Avec Zenzile, High Tone est certainement le groupe le plus emblématique de ce fameux "dub français" autour duquel tournent les médias sans jamais le regarder vraiment de face, alors que le grand public se masse derrière ses portes sans réussir à les ouvrir, ne demandant pourtant qu'à s'y engouffrer. Et ce n'est pas le nouvel album d'High Tone qui lui facilitera la tache. En effet, plutôt que de poursuivre sur la lancée d'ADN, paroxysme de ce bon gros dub mahousse qui détruit tout sur son passage et que le groupe lyonnais n'a cessé de forger depuis ces débuts, High Tone prend tout le monde à contre-pieds en sortant le disque le plus casse-gueule de sa discographie: Wave digger, ou le télescopage bordélique du hip-hop, de la drum'n bass, de l'electro... et du dub, car il en est toujours question, au rang d'influence musicale d'une part ("Overtone", "On the roof"), mais aussi dans la façon de jouer avec les effets, d'aborder la composition, de construire les morceaux de manière à les rendre sans cesse évolutifs. Reste que Wave digger n'est pas un album de dub, et décevra sans doute ceux qui attendait un ADN bis. Encore que. La rupture n'est pas si nette, et malgré un élargissement notoire de la palette des styles, ce nouvel album s'inscrit d'une certaine manière dans la continuité de son prédécesseur. Même pessimisme, même goût marqué pour l'electro un peu suintante, même coloration ethno omniprésente (même si, pour cette fois, Twelve lorgne plus du coté de l'Asie que du monde arabe) et si les rythmes se détachent certes de leurs racines jamaïcaines, quand High Tone fait du hip-hop ("Larsen") ou de la drum'n bass ("hangar 94/05" ), ça reste du High Tone, et c'est toujours aussi bon. "9 bass channels", qui ouvre l'album de façon tonitruante, en est la preuve manifeste. Techno, ambient, hip-hop, dub? On ne sait pas exactement ce que c'est, mais pas de doute, c'est du High Tone. Plutôt que de s'endormir sur ses lauriers en alignant une dizaine de nouveaux tubes calibrés "massive dub" et de se faire des couilles en or sans réfléchir, le grand-père du dub français s'offre une seconde jeunesse en prenant le risque de l'alternative, avec signalons-le au passage, l'aval d'un label dont on sait pourtant qu'il est la principale source de revenus. Le monde n'est donc pas encore entièrement aux mains des babyloniens. On respire.   

2D.


Live
Jarring Effects, 2003

Même si l'on n'est que modérément fan d'albums live, force est d'admettre que certains groupent méritent de voir leurs prestations scéniques immortalisées sur disque. C'est le cas d'Hightone, leader du dub français en général et du "dub live" en particulier, une dénomination qui prend aujourd'hui tout son sens avec la sortie du premier live du groupe lyonnais, chez Jarring Effects comme on s'en doute, regroupant 11 titres enregistrés au printemps 2003. Qu'en dire? Que les Hightone excellent dans le mélange de l'électronique et des instruments traditionnels? On le sait déjà, c'est d'ailleurs quasiment eux qui ont inventé la formule en France. Que leur dub est puissant, riche et interprété avec virtuosité? On a déjà pu s'en rendre compte sur leurs albums studio. Qu'ils mélangent les genres avec une rare cohérence? Même chose. Alors, que dire de ce live que l'on ne sache déjà? Tout simplement que si Hightone en studio se caractérise avant tout par sa puissance, cette puissance devient carrément apocalyptique en live, et c'est principalement ce qui justifie que l'on achète ce disque. Live oblige, le son est forcément moins fin et abouti que sur un album studio, surtout si l'on considère ADN (leur dernier LP en date) comme un modèle de production, mais c'est précisément l'aspect brut de décoffrage du son de ce live qui lui confère son énergie dévastatrice. L'ambiance est électrique, les musiciens enragés, et on sent bien que l'ingénieur du son lutte pour garder tout son sang froid, afin de ne pas se laisser engloutir par la tornade qui sort de sa console. Hightone en live, c'est Hightone en liberté, et méfiez vous, la bête et féroce. 

Un autre argument de taille plaide en faveur de l'acquisition de ce disque: les morceaux ne sont pas simplement "interprétés", mais le plus souvent revisités. Je ne citerai pas d'exemples pour ne pas déflorer l'effet de surprise, mais que l'amateur du groupe sache que certains des morceaux qu'il connaît des albums studio sont recrachées ici dans des versions franchement inattendues.    

Enfin, si ces arguments ne suffisent pas, que les plus sceptiques soient avertis que deux inédits, "112 dub" et "Onew dub", se cachent dans le tracklisting de l'album. La cerise sur le gâteau, en somme. A cette nuance près qu'Hightone n'est pas un gâteau, mais une machine de guerre.

2D.


Site officiel: http://hightone.org

A lire également: une interview de Julien aka Akufen, guitariste de High Tone, au sujet de l'album d'Highvisators (Hightone + Improvisators Dub).

Sans oublier la chronique de l'album de DJ Twelve de High Tone.

RETOUR A L'INDEX DES GROUPES  ///  RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL