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HYBRID SOUND SYSTEM |
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Synchrone Sounds Around, 05/2004
Il doit se passer un truc autour de Kaly: non seulement leurs albums collectifs sont splendides, mais, lorsque ses membres se lancent dans la production individuelle, le résultat est invariablement enthousiasmant. En témoigne l’excellent «Dread Him» de Nar, ancien clavier du groupe (voir la compilation Dubzone 2). En témoigne aussi le titre de Pilah qui ouvre la récente compilation «French Dub System». En témoigne enfin «Synchrone», le premier album de Hybrid Sound System, formation composée de 2 membres de Kaly, qui nous offre avec ce premier album sorti sur Sounds Around, ce qui deviendra certainement un des piliers de l'été 2004. Hybride, cet album l’est au moins à deux titres. D’abord dans sa structure : il s’ouvre sur 6 titres d’un électro-dub du plus bel orient, hypnotique et captivant, pour enchaîner et se terminer sur 3 titres de drum’n’bass sur le mode fâché-fâché, voire fâché-fâché-colère. C’est pas courant. On notera du reste que les 3 titres drum’n’bass sont les seuls à avoir été composés conjointement par les 2 compères, les précédents étant crédités à l’un ou à l’autre. Hybride, «Synchrone» l’est aussi dans la composition de ses titres, et surtout des titres les plus dub : elle fusionne avec un rare succès électronique et instruments «traditionnels» nord-africains et orientaux. Kaly avait déjà montré un intérêt pour ce genre de mélanges, c’est devenu une composante à part entière du son HSS, dont l’intégration avec leur dub semble de plus en plus naturelle à chaque écoute de l’album. Derbouka, ouds, violes, flûtes, que sais-je encore, toutes ces sonorités renforcent et enrichissent le caractère onirique que les fondamentaux du dub, delay, reverb, et basses en tête, savent si bien instiller. N’allez pas croire pour autant que « Synchrone » a sa place dans je ne sais quel bac new age : on ne parle pas ici de musique léthargique, complaisante et fastidieuse, on parle de dub, de dub solide, qui lorgne assez volontiers sur les rythmiques steppers, qui sait donner du mélodica quand c’est nécessaire, qui fait fréquemment référence à ses grandes figures, et qui distille assez de basses pour faire taire le voisin du dessus, celui qui joue tellement de sa perceuse à percussion qu’on peut légitimement se demander s’il lui reste des murs. Une visite guidée de «Synchrone» serait une entreprise un peu hasardeuse, tant elle traverserait des territoires changeants. L’album a en effet la curieuse capacité de se métamorphoser au fil des écoutes, si bien que tel passage dont vous juriez hier qu’il était l’apex de l’album, vous l’aurez demain remplacé par un autre. En d’autres termes, permettez que je vous exhorte à écouter et réécouter l’album attentivement, et dans son intégralité : vous finirez par y découvrir de nouvelles perles, ignorées lors des écoutes précédentes. C’est du reste une caractéristique des grands albums: on comprend pas forcément tout dès le début, mais une fois qu’on y est, on n’en sort plus. Pas de visite guidée, donc, mais un rapide survol aura au moins l’intérêt de mettre en avant la richesse de l’album. Il s’ouvre sur «Sabradub», un dub lent, envoûtant, mêlant habilement oud et derbouka à un dub d’authentique tradition Lyonnaise (Quoi, Kingston ? Connais pas.), le tout sous un déluge de delay et de réverb qui engendre un plaisant sentiment d’immersion. On est dedans, on n’a vraiment pas envie d’en sortir. Mais ça serait dommage de se priver de la suite. «L’uzure», la suite, introduit par une chanteuse Arabe, sur un fond lointain de violons, un peu de réverb, et un ronflement de basse, qui ouvre la marche pour une soudaine et solide rythmique généreusement toastée. L’effet est saisissant. Le titre se développe sur cette base, en réintégrant certains des éléments initiaux, puis en les ôtant, le tout donnant l’effet d’une houle qui enfle progressivement, pour culminer, à la fin du titre, sur une dernière reprise de la rythmique à laquelle on ne peut pas décemment rester insensible. Crossfade sur «Sarangui», qui s’ouvre brièvement sur le son d’une viole enrichi d’un genre de drone, le tout produisant une sonorité riche et entêtante, reprise en contrepoint de la rythmique stepper du titre, ancrée dans le dub à grands coups de mélodica. Le décalage entre ce stepper plutôt orthodoxe et la récurrence de cette vibration dronesque produit un très curieux – et très heureux – effet. «Inabox», le titre suivant, est lui aussi gratifié d’une introduction envoûtante, faite d’un machin à cordes frottées, d’un genre de carillon éolien, d’un fond de percussions, et d’autres sources encore moins descriptibles, relevant probablement du domaine du rêve, le tout s’effaçant (trop) rapidement devant un mastard stepper, pas mal nerveux, pas mal riche en effets et samples bruitistes, et dûment gratifié, pour faire bonne mesure, d’un extriat de l’intro du « Look A Boom » de I-Roy (à force, ça va devenir une marque de fabrique des productions Lyonnaises). «Trashastan» prend le relais, et, pour ce qui me concerne, l'a gardé longtemps, en partie pour son thème de flûte retenu en son temps par O Yuky Conjugate sur leur excellent «Peyote» (rien à voir avec le dub, mais je ne saurais trop recommander cet album et ce groupe aux amateurs d’ambient, voire aux amateurs de musique chouette en général), mais aussi grâce à l’obstination hypnotique de la rythmique, qui lorgne du côté de la techno, et indique assez nettement que HSS descend de Kaly. «The Test» repart un peu sur les mêmes bases, en calmant un peu le jeu, et en parvenant lui aussi à ménager l’espace nécessaire à un paisible thème de flûte au beau milieu d’une rythmique encore plus nettement techno. «Nordick» ouvre la partie drum’n’bass de l’album, par une montée en puissance progressive qui culmine en un mur du son à peine sensé, qu’un groupe de chanteuses Bulgares, ou Roumaines, ou par-là, s’ingénie pourtant à faire trembler. Avec un gars qui toaste, en back-up, de temps à autres. Curieux ? Un peu, oui. Mais parfaitement réussi. Quiconque se trouvera intéressé par ce genre de mélanges (drum’n’nbass / musique traditionnelle des pays de l’Est, au sens large), se reportera avec bonheur aux albums de Lumin, qui œuvre un peu dans la même veine, ne serait-ce qu’un peu plus calmement, et avec un peu moins d’audace dans le mix. La ferveur (lire : l'hystérie) initiée par «Nordick» est prolongée par les 2 titres suivants, «Rupture» et «Live for Willyman», qui terminent l’album sur un déluge de rythmique appuyée de basses technoïdes, et largement gratifié de divers traitements et samples bruitistes, pour un résultat qui soulève quelques questions quant à la bonne santé mentale de ses auteurs, et dont on pourrait penser qu’il rend difficile toute transition avec le début de l’album. Mais non. Quand c’est fini, on y retourne quand même, les mâchoires de décrispent, les tremblements disparaissent aussitôt, et on se retrouve dans le même état d'heureuse hébétude qu'à la première écoute. Si c'est pas la marque d'un chef-d'oeuvre, faudra m'expliquer. MP. |