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IDEM |
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Out Immer (Aérobiose III)
L’arrivée dans les bacs, et accessoirement dans la boîte
aux lettres de Dubzone, d’une nouvelle livraison des trois angevins d’Idem
est toujours un petit événement. Depuis le début du triptyque Aérobiose,
chacun de ses volets confirme qu’Idem est un des jeunes groupes français
les plus excitants à suivre, et qu’ils boxent au moins dans la même catégorie
– dub-rock énergique – que leurs cousins d’Amérique du Dub Trio –
en plus sombre, souvent plus expérimental et immanquablement beaucoup moins
festif… Comme Waterglasscolor, deuxième album mais premier volet
sorti début 2004, Out Immer se décompose en deux parties distinctes :
d’abord cinq nouveaux titres écrits et enregistrés par le groupe, puis
cinq remixes et relectures libres de morceaux tirés des albums précédents
et torturés pour notre plaisir par une armada d’invités de marque s’y
connaissant fort bien en matière de derniers outrages soniques. Dès le
premier morceau de la première “face”, le tableau est dressé : le
nouvel Idem s’affirme dans la droite ligne des précédents – rythmique
martiale mêlant intelligemment martèlement métal, syncopes dub et crépitements
électroniques ; guitares partagées entre skanks, riffs et murs du son ;
basse profonde et effets synthétiques discrets mais indispensable. Le
terrain est connu, mais le plaisir renouvelé. D’autant que le deuxième
titre, “Power Of”, interprété par Isabelle “Pitch” Ortoli, s’avère
un hymne dark-rock dans la lignée du “Down the line” d’Aérobiose, en
a peine plus jovial. Difficile évidemment (le monde est injuste) de
l’imaginer en rotation lourde sur NRJ, mais impossible de ne pas
headbanger en cœur devant un tel songwriting, acéré comme je déteste
aimer, efficace comme j’aime détester… La suite immédiate du disque,
forcément, marque le coup et pâtit quelque peu de la comparaison :
“C.un.inc.”, le premier featuring des deux MC de l’Ambassade, Binzen
et Koni, sans être faible, n’arrive pas à convaincre (1). Le mix entre
instrumental dub et diction rap se fait pourtant plutôt bien, et le final
du morceau, lorsque joué sur scène, s’avère apocalyptique juste comme
il faut. Mais l’enregistrement échoue à créer une véritable tension et
le sample de musique classique agace (enfin, sur ce dernier point, je suis
sans doute de mauvaise foi, entretenant avec le concerto pour piano de Grieg
un rapport d’amour-haine assez amusant à observer de loin, beaucoup moins
à expliciter). Venant après l’intermède “DLFO”, de l’Idem pur jus
garanti brut de pomme, la seconde participation des petits gars de l’Ambassade
se révèle au contraire une réussite complète : bien qu’il
s’agisse de la reprise d’un
instrumental enregistré pour le premier album d’Idem, Absent Without
Leave, sur lequel vient se poser le texte de Binzen & Koni, il devient
impossible d’écouter la version originale comme autre chose qu’une ébauche
frustrante tant la fusion entre musique et voix se fait naturellement – et
l’auditeur de se découvrir tout ébahi d’imaginer ce que les expériences
tentées ici pourront donner plus tard comme descendance sonore, en espérant
qu’Idem ne s’arrête pas en si bon chemin et nous réserve à
l’avenir, en plus de leurs performances scéniques incandescentes, tout
plein de nouveaux embranchements musicaux fougueux et aventureux. Un mot – ou plutôt un paragraphe – pour finir sur les
remixes qui complètent cet excellent mini-album. Se détachent du lot celui
de Fragile, tout en arêtes inconfortables, en angles pointus et en déconstruction
par dépouillement d’effets, et celui de McBlueveiner (du collectif La
Phaze), jouissive explosion drum’n’bass qui emportent nos corps sur la
piste en même temps que notre adhésion pleine et entière. La conclusion
revient en toute logique à une relecture classieuse et apaisée d’un
morceau du premier album par Ez3kiel, élégante façon d’achever en beauté
un recueil qui confirme Idem dans sa position de meilleur groupe de rock méconnu
de la scène française actuelle. Et le fait que ce rock sue le dub par tous
ces pores n’est certainement pas pour rien dans l’affirmation de ce
talent qui n’a plus du tout, à présent, besoin de confirmation. Alors, une fois pour toutes, je ne me répéterais plus :
si vous avez l’occasion de voir Idem sur scène, courrez-y comme à la résurrection
de Saint-King-Tubby par la puissance du Rock incarné. Vous n’en récolterez
aucune bénédiction, mais assez de décibels de plaisir pour garder la foi
en la scène musicale actuelle. Et c’est déjà beaucoup. RemainUnderground (1) je ne porterais pas ici de jugement sur les lyrics ou le
flow de ces jeunes gens, je suis aussi compétent pour parler de hip-hop que
Tom Cruse pour parler de philosophie allemande, Nana Mouskouri de littérature
bolivienne ou Nicolas Sarkozy d’insécurité dans la banlieue parisienne. Aérobiose
Dans la lignée des Löbe Radient Dub System, Lab° et autre General Dub, Idem mélange le dub à un genre de rock-industriel, sombre, névrotique et torturé. Un dub réduit à sa quintessence rythmique et débarrassé de toute fioriture, précisons le d'entrée. Si vous ne jurez que par les skanks hachés, les longues envolées à la delay et les "dubwise!" enjoués, passez votre chemin, Idem n'a rien à vous offrir. Le trio saumurois ne retient en effet du dub que sa profondeur et la lourdeur des ambiances qu'il génère. C'était déjà le cas dans "Absent without leave", leur premier disque, ça l'est encore plus dans "Aerobiose", leur dernière livraison, album 10 titres qui suit un excellent trois titres + remixes paru plus tôt en 2004, "Waterglasscolor", sur lequel vous trouverez notamment "And A", un des meilleurs titres du groupe. Les ambiances sont systématiquement travaillées dans une approche sombre et dépressive, en premier lieu fondée sur le rythme. Un batteur à mi chemin entre l'homme et la machine à tel point qu'on le croirait relié à des câbles et piloté à distance (à voir impérativement sur scène), mélange des coups de grosse caisse/caisses claires agencés de façon toujours très technique et subtile à des boucles savamment dosées. Un bassiste précis et rigoureux, véritable caution dub du groupe, lui rend la réplique, signant quelques lignes de basse dignes de figurer dans une anthologie du dub ("Utter love", notamment). Confortablement installée sur cette assise rythmique solide, une guitare définit les ambiances dans diverses nuances de gris, alternant les murs de disto noisy-metal aux arpèges cold-wave mélancoliques, en passant par les larsens stridents post-Godflesh et les accord plaqués dans un son sixties ("Interpretative progress", hommage à Lab°?). Les voix consolident l'édifice sur quatre titres, dans des registres tantôt rageur ("Aimless one"), spoken-word ("Utter love") ou chanté ("Down the line"), quoi qu'il arrive toujours en totale corrélation avec l'ambiance neurasthénique qui sert de fil conducteur au disque. Idem nous guide à travers les diverses formes recensées de la mauvaise humeur, de la mélancolie à l'angoisse, de la contrariété à la pulsion meurtrière. Pour peu que l'on soit porté sur le masochisme, on en redemande, et le disque finit par tourner en boucle sans qu'on s'en rende compte, s'attardant plus que la sagesse ne le voudrait sur "Down the line", morceau définitif, considéré par votre serviteur comme une des expériences mélomanes les plus marquantes de l'année 2004. Qu'est-ce que vous faites encore chez vous? Vous devriez déjà être à la FNAC. 2D. A lire également: Chronique du concert d'Idem au Batofar le 25 novembre 2004. Le site du groupe: http://www.idem-kzfp.com |