|
|
|
KALY LIVE DUB |
|
Repercussions
"
Ah mais qui voilà, c'est m'sieur RU ! Ça fait plaisir, allez, ça faisait
bien longtemps ! Qu'est-ce que j'vous sert ? Quand
on a dit que le troisième album des lyonnais de Kaly Live Dub est
gigantesque, on a à la fois tout dit et rien dit du tout. Tout dit parce
que je ne vois pas ce que vous faites tous là à lire cette chronique
gribouillée à 6h du matin entre un spilff amical, une bouteille de
Zubrovka nécessaire et une journée de travail de bureau qui s'annonce
exaltante, alors que vous pourriez être en train d'acheter ladite galette
chez votre revendeur le plus proche, voire de la réserver en pré-achat si
la mise à jour du site a bien eu lieu comme prévu avant le 24 octobre 2005
(1)... Rien
dit du tout parce ce jugement, tout positif soit-il, est encore bien
au-dessous de l'excitation qui s'empare de nos neurones consentantes à l'écoute
de tant de virtuosité intelligente, de musicalité aventureuse, de génie
cinétique jouissif. En onze titres, autant d'univers différents, autant
d'explorations soniques pas gagnées d'avance mais immanquablement
enthousiasmantes. Le collectif KLD a visiblement phagocité avec profit une
quantité impressionnante d'influences diverses, métissées mais tissées
au plus près de la fibre, pour un résultat d'une cohérence dans
l'excellence dispersée finalement pas si courante que cela. Le
disque s'ouvre par un coup de point en pleine face rubiconde du tout-venant
musical : "Don't Disturb
The Dragon" est une tuerie définitive, une intrication de samples et
d'instruments live sans cesse en mouvement qui définie à elle seule les
contours d'un nouveau genre (le dub-rock-progressif ? Traitements dub + énergie
rock + jamais vingt secondes reproduites à l'identique tout au long du
morceau = plaisir auditif intense et complexe qui ne diminue même pas au
fil des écoutes, tant il y a à découvrir dans ce foisonnement sombre mais
jamais étouffant). Histoire d'annihiler dans l'oeuf tout espoir de résistance,
le deuxième morceau, " Dirha ", se révèle être un mariage
parfait entre samples de voix arabes, basse dub profonde et fragments mélodiques
hypnotiques. Pour ceux qui ont kiffé comme des petits vauriens l'an dernier
sur l'album d'Hybrid Sound System (dont les auteurs, rappelons-le, sont
issus du collectif KLD), - ou cette année sur le premier Fedayi Pacha, ça
marche aussi - disons que c'est encore meilleur, les vibrations du live en
plus. Plus loin dans le disque, " Ber-Ber " et le puissant final
" From Desert " replongent dans les contrées sonores de l'Afrique
du nord, avec un bonheur presque accru par l'inventivité des combinaisons
de plongée, pardon, des combinaisons de sonorités et d'harmonies. Le reste
est à l'avenant, les morceaux s'enchaînent sans aucun temps morts ni
facilités coupables, et proposent au contraire quelques cimes, quelques
pics, quelques caps, que dis-je, quelques péninsules : " Unleashed Dub
" pourrait en remontrer à vingt-cinq ans de dub anglais ; "
Alfraid " s'annonce comme un ambiant-dub oppressant et éclate en
jouissance jungle à grands coups de breakbeats virtuoses ; " Steppa
For Violin " mêle une nouvelle fois rythmique de dub-stepper sous
perfusion des grands producteurs anglais avec des samples d'instruments
world qui parviennent à ne jamais faire " couleur locale " tant
ils sont employés avec intelligence et bon goût. Rien
dit du tout, donc, parce qu'on pourrait continuer pendant des pages à décortiquer
chaque morceau pour y découvrir une invraisemblable multitude de bonnes idées
et d'heureuses réalisations. Et que même alors, il resterait des choses à
dire sur une aussi belle oeuvre - on peu même, en pinaillant comme un
vieillard cacochyme, trouver des détails à y redire, histoire d'alimenter
la conversation (2). Et tout dit, parce que " gigantesque " est à
peu près la seule parole sensée que j'ai pu prononcer lors de la première
écoute de ce chef-d'oeuvre. Repercussions ressemble beaucoup à ce genre de
disques qu'on attendait depuis toujours sans le savoir, sans même pouvoir
l'imaginer. C'est une chose que d'atteindre l'excellence, c'en est une autre
d'en redéfinir les limites supérieures. Et je ne vois pas à quoi bon
continuer cette chronique plus longtemps : si vous n'allez pas l'acheter, là,
tout de suite, maintenant (et si vous me lisez comme j'écris, c'est-à-dire
de nuit, il ne vous reste qu'à le commander prestement via quelque
revendeur en ligne de bon aloi), eh bien je ne vous comprendrais pas. Seriez
pas un peu barge, ou maso, ou employé d'Universal, de Virgin ou de la Sacem,
vous ? Gigantesque,
on vous dit. Ah
mais. RemainUnderground
(1)
Perdu. (2)
Par exemple, que la pochette de Repercussion est assez moche, mais
moins que celle du précèdent opus, Hydrophonic. Comme cela est finalement
secondaire (you can't judge a book by looking at the cover - il y a plein de
très belles pochettes qui protégent des galettes toutes pourrites...),
autant n'en parler qu'en note de bas de chronique. Line-up
: Paul "Pilah" Kozmik - guitare / Stéphane Bernard aka Uzul -
Machines / Thibault Louis - claviers / Mathieu Trouillet - batterie &
programmation / Eric Frascone - basse Interview
de Mathieu (batterie) et THibault (clavier) à l'occasion de la sortie de
"Répercussions", octobre 2005. Kaly Live Dub, tout le
monde connaît, passons donc les questions rituelles de présentation du
groupe et venons-en directement au fait : votre nouvel album. Pourquoi
le nom « Repercussions » ? C'est le fruit d'une "longue concertation", en fait au départ nous étions partis sur une thématique autour de " l'effet papillon"… par rapport au fait qu'une petite idée de départ peut amener à un grand résultat ... dans l'embarras par rapport à l'existence d'un certain film (sans le nommer), nous avons opté pour le compromis : répercussions. Dans notre cas les morceaux finis sont la répercussion des différentes "petites touches" de chaque musicien. Première constatation à l’écoute de ce disque: il sonne beaucoup plus electro que par le passé. Etait-ce un choix délibéré dès le début, ou cette typicité electro s’est-elle imposée au fil de la composition du disque ? On n'a pas vraiment choisi de faire un album électro, on a juste donné le meilleur de nous même pour servir la musique. Les couleurs électro sont le fruit de nos diverses inspirations, il est vrai qu'on aime mélanger le dub et l'électro de plus en plus, mais cela ne doit pas faire de l'ombre aux autres recettes qu'il y a dans les tiroirs du dub des Kaly. Nous avons tous été marqués par l'apparition des rythmes jungle et électro il y a quelque années, je pense que cela nous a largement inspiré et se ressent (ou répercute...) aujourd'hui dans notre musique. Votre façon de
composer a probablement changé pour ce nouvel album. Comment s’est déroulée
la mise en place des morceaux ? Certains membres du groupe ont-ils eu
plus d’influence que les autres par rapport au passé ? C'est vrai, nous avons opté pour une méthode de travail différente pour composer cet opus, nous avons pris le temps de pré-produire les morceaux, c’est-à-dire que nous avons fait des enregistrements afin de pouvoir modifier les structures des morceaux tant que nous le voulions, jusqu'à avoir pris du recul et décider de la trame finale avec certitude et satisfaction commune. Ensuite nous avons enregistré en studio tout cela, retouché encore certains détails sur ordinateur, et enfin mixé les morceaux. Nous avons pris soin de satisfaire tout le monde dans le groupe, chose difficile vu la diversité des influences de chacun ; par exemple, Tibo, le clavier, vient du jazz-fusion délirant et adore le hip-hop; Paul, le guitariste, reste très "roots" tant au niveau du reggae que de l'electro (Congo Natty par exemple); Eric, le bassiste, aime surtout la musique trip-hop de Portishead et le down-tempo de Massive Attack; Stèph, aux machines, aime surtout la musique "dark", torturée, voir filmographique, cela à toutes les sauces (électro, dub, techno, breakcore, noise...); quant à moi Mathieu, batterie, j'aime tout tant que ça groove, j'adore le dub jamaïcain, le dub "français", certains groupes de post-rock, mais j'ai un faible pour la jungle, drum & bass, le jazz et toute expérimentation... Ce virage plus electro
va-t-il se ressentir aussi dans vos lives, ou comptez-vous adapter les
nouveaux titres pour la scène ? Il est vrai que lors de la réalisation du disque, nous nous demandions comment reproduire certains passages très précis et (ou) compliqués sur scène, mais nous avons récupéré tous les sons nécessaires au studio et nous les avons programmés dans nos machines pour le live. Finalement, au bout de plusieurs heures de travail nous avons réussi à "jouer" les titres en répétition. Après quelques modifications évidentes pour nous par rapport au live, nous sommes parvenus à nos fins et cela nous plait, en tout cas le coté électro sera au rendez-vous aux futurs concerts! Avec les années, le
style Kaly Live Dub n’a pas cessé d’évoluer, poussé par une volonté
d’expérimentation évidente. L’innovation est-elle selon vous une
qualité nécessaire et indissociable de la création musicale ? Oui. Le tout c'est d'innover sans perdre sa personnalité, nous évoluons aussi avec la musique qui nous entoure. Quand on aime la musique en général, on ne peut pas rester cantonné dans le même style sans être attiré par d'autres sonorités. Nos goûts changent et évoluent en même temps, Il faut être ouvert ! Ce qui nous rattache dans Kaly c'est d'abord "le dub"! Vous faites partie des
pionniers et des principaux meneurs de ce qu’il faut bien se résoudre à
appeler le « dub français ».
Quel regard portez-vous sur la façon dont le mouvement dub a évolué
quand vous vous tournez sur le passé ? Et quel avenir lui imaginez
vous ? On a pu voir une évolution tendant vers l'électro, le post-rock, le hip-hop et la techno par rapport au coté plus "roots-dub" initial des années 90 qui ne franchissait que très rarement les limites du reggae. Pour Kaly, nous avons commencé à élargir la notion "dub" vers 1996. Cet "élargissement" du dub a contribué à "élargir" le nombre de mélomanes de ce (ou ces) style(s) également. Cela explique l'engouement qu'ont de plus en plus de groupes à adopter cet esprit dub. Parmi les pionniers je pense que nous nous sommes démarqués les uns des autres, par exemple le groupe Zenzile a des couleurs rock, High Tone ont des couleurs hip-hop et techno, la particularité c'est que tous jouent et composent des morceaux de plus en plus pointus dans leurs styles respectifs mais aussi des morceaux "à l'ancienne" très roots-dub .Quant à l'avenir, il sera riche en tous cas! J’ai du mal à m'imaginer les directions que prendrons chacun de ces groupes quand à l'heure actuelle je découvre tous les jours des "variables-dub" musicales plutôt inspiratrices, je fais confiance aux artistes débordants de créativité qui en font partie.... Les Kaly Live Dub
feront-ils toujours du dub, ou pouvez-vous envisager de sortir un jour complètement
de ce genre comme l’ont fait High Tone avec leur dernier disque ? Sortir complètement n'est pas définitif, je pense que tout artiste (comme High Tone) a ou ont la liberté de se laisser aller sans se cantonner forcément dans un seul style musical et peut se permettre de sortir un album différent. Pour moi cela n'altère pas leur identité, Pour Kaly ce n'est pas prévu pour l'instant mais ce n'est pas impossible. Dans le dub actuel,
quels sont les groupes ou les disques qui vous semblent le plus intéressants? High tone , Ezekiel , Improvisators dub , Zenzile , Lab , Brain dammage....il y en a tellement ! Hormis la promo de ce
nouvel album et la tournée qui va avec, quels sont les projets de Kaly Live
Dub ? Une nouvelle collaboration de type Kaltone est-elle à l’étude ? Kaltone est un projet original entre Kaly et High Tone, il a maintenant commencé à se développer entre tous les activistes dubber français, ce qui est une très bonne chose d'ailleurs, mais au départ c'est un projet que l'on voulait "renouvelable" donc il y aura sûrement une suite... en tout cas nous avons en vue plusieurs collaborations avec divers artistes locaux et à l'étranger. Mais pour l'instant nous sommes sur la tournée de notre troisième album, il faudra attendre un peu mais ça vaut le coup! Peut-on espérer de
nouvelles sorties du coté de vos différents side-projects (Hybrid Sound
System, Dub Addict, etc.) ? Du coté d'hybrid sound system (Steph & Mat) nous avons le projet de sortir un disque aperçu de nos différentes sessions en live et nous planchons en ce moment sur des "remixes" de nos potes High Tone (Jarring Effects) qui nous ont fait l'honneur de produire. Nous allons aussi sous peu renouveler notre set actuel par un nouveau tout frais. Du coté de Dub Addict Sound System, ils sont sur le point de sortir un album en commun. Soit les sons de Pilah (Kaly), Boudou, Roots massacre, Selecta 19dub ainsi que notre Chanteur MC Philgreen... cet album sortira en CD fin 2006 si tout va bien. Le collectif Dub Addict planche aussi sur une prochaine sortie vinyl. Après la sortie en avril 2005 d'un maxi avec des morceaux de Pilah et Roots Massacre sur Feat de Learoy Green, le collectif veut remettre le couvert avec notamment Boudou et 19Dub. Dub Addict est aussi en train de créer sa propre asso sur Lyon « Dub City » pour diverses organisations.... to be continued !! Votre avis sur la
crise dans l'industrie du disque? que ça a été tant médiatisé. Je veux dire par là que le milieu marginal dans lequel on évolue n'a pas été assassiné (bien que de gros indépendants comme Tripsichord ont du mettre la clef sous la porte, et c'est vraiment dommage). En général, voilà comment ça se passe dans l'industrie phonographique: les labels indépendants plus proche des musiciens et des concerts découvrent les jeunes talents et les produisent à leur échelle (petit budget donc petite promo et petite distribution). Ensuite, ils sont dépassés par le succès, leurs appareils commerciaux ne suffisent pas à satisfaire la demande d'un public grandissant. C'est là que les majors interviennent puisqu'elles ont un quasi monopole sur la distribution et les gros outils de diffusion (télé, radio à grosse audience, presse nationale). Elles récupèrent l'artiste avec un contrat bien alléchant et font du profit sans être passé par la case "prise de risque". Tout ça pour dire que les indés sont des artisans avec un fonctionnement assez autonome, ils misent plus sur l'artistique. Les majors, elles, misent des millions, c'est pour ça qu'elles sont plus visées par la crise et qu'elles condamnent le téléchargement pirate sur le net. Mon avis sur la crise c'est qu'on est entrain de voir débarquer sur le marché différentes manières de se procurer de la musique et qu'il faut un temps d'adaptation autant pour les professionnels que pour le public. Les professionnels doivent s'adapter à la vente en ligne et le public doit comprendre que le téléchargement est un excellent moyen de découverte, mais aussi que le disque est un moyen de revenu pour l'artiste. Le téléchargement (légal
ou illégal) de musique sur internet? Le téléchargement est
un excellent média de découverte, après c'est à chacun de considérer
que le disque est un moyen de revenu de plus pour l'artiste; on a
certainement un manque à gagner pour nous mais l'un dans l'autre, à notre
échelle on vit plus des concerts que de la vente discographique...
finalement, on fabrique des moyens de connexions, des médias, des graveurs,
des supports, des logiciels... etc. Tout cela à des prix de plus en plus
abordables, comment voulez-vous que le public non aisé (qui est le notre en
général) ne s'équipe pas et en profite ?! Par ailleurs beaucoup des
sonorités que nous utilisons sont trouvées sur le net, ça reste pour nous
un outil très utile. Pascal Nègre? Un
salaire de 83 330 euros. Mensuel Star Academy? On envisage sérieusement de poser notre candidature pour l'année prochaine ... parce qu'on en a marre de galérer dans notre local de répétition croix-roussien et que nous aussi on veut aller au château! Qu'est-ce que vous écoutez
en ce moment? Dernières découvertes? Pour
Tibo (clavier) : Spontane, Para one, Happy apple, Venitians snares, Bigg
jus, Bad plus... Pour
Mat (batterie): Sun ra (jazz), Rare reggae grooves from studio one (dub),
Techno animal (dark electro), Cypress hill (hip-hop), Mary poppers (noise
rock pas en 4 temps) ... Quelque chose à
ajouter? Merci ! Vive le dub
et les itw intéressantes ! Mathieu (drum) et Tibo (clavier) Ce qu'il s'est passé avant Répercussions... Avec les Improvisators Dub, les lyonnais de Kaly Live Dub représentent la frange la plus roots du dub français. Leur musique, fortement enracinée dans le reggae, y puise les rythmes, le groove, la couleur, la technique, bref, d'une manière générale, l'inspiration, qu'elle reformule à la sauce "live dub", et en cela le nom du groupe est loin d'être usurpé. Les Kaly sont en effet un des groupes français qui exploite le plus les possibilités de l'interprétation et de l'expérimentation live. Rares sont les dub-masters qui manient la technique du dub avec la dextérité que l'on retrouve sur leurs disques, où des delays hystériques et omniprésentes et des reverbs d'outre-tombe se mêlent à la frénésie rythmique d'un batteur sans conteste meilleur technicien du circuit, que ses confrères suivent sans rougir à coups de lignes de basses délirantes appuyées de skanks endiablés à la guitare et au clavier. Un goût prononcé pour les samples d'inspiration "ethnique" parachève l'identité du groupe. Kaly Live Dub, c'est un peu la rencontre entre les Wailers et King Tubby dans un studio d'aujourd'hui, rempli d'appareils qu'ils n'auraient pas osé rêver de leur vivant, et auxquels on aurait dit: "allez-y les gars, amusez vous, vous avez carte blanche et crédit illimité". La téléportation du roots dub jamaïcain des années 70 dans l'effervescence créative de la musique underground du nouveau millénaire. Le goût marqué de certains membres du groupe pour les musiques déviantes, qu'ils expérimentent par ailleurs dans leurs divers side-projects (dont l'exceptionnel Hybrid Sound System), témoigne de la dualité de leurs personnalités: rootsmen, mais qui vont de l'avant et marchent résolument vers l'avenir plutôt que de s'enliser dans la boue d'un revival perpétuel. Pour s'en convaincre, présentation de leurs deux albums studio et d'une compilation regroupant leurs trois maxis, agrémentées d'une interview de Stéphane aka Uzul, machine-man. Vaste programme, mais bien mérité pour un groupe à la discographie aussi large que passionnante. 2D. Electric Kool Aid
"Dub dragon" est le premier album de Kaly Live Dub. Le second en réalité, un premier "Orange dub" lui ayant en effet précédé en 1999, mais dans une veine plus reggae chanté, donc n'ayant pas grand chose à voir avec le style futur du groupe; ce n'est là qu'un point de détail. "Dub dragon" est donc l'album par lequel les cinq lyonnais ont défini leur identité: un dub d'inspiration roots/reggae passé à la moulinette de l'improvisation live. C'était en 2000, le "dub français" commençait à s'aguerrir, et déjà des noms comme High Tone, Zenzile où Improvisators Dub propageaient la bonne parole aux quatre coins de l'hexagone. Autant de groupes avec lesquels les Kaly partagent le point commun fondamental du "live dub" dont ils ont fait leur nom, au point qu'on retrouve certaines similarités dans leurs musiques respectives. Chez Kaly, la filiation avec le voisin lyonnais High Tone est immédiate: même goût pour les rythmiques massives, les lignes de basse accrocheuses et les effets tous azimut. Même goût également pour les samples "ethniques"; sur "Sandura", morceau d'ouverture de l'album, des flûtes et voix plaintives échappées de quelque mystérieuse contrée orientale se mélangent au rythme. Sur "Ghalon", un chant et des flûtes empruntés à la musique arabe définissent l'identité sonore du morceau, tandis que sur "Breatherhood", une flûte orientale omniprésente est portée par la rythmique. Mais qu'on se rassure: Kaly Live Dub n'est pas un High Tone bis, bien au contraire. Le groupe possède une identité forte, à un point qu'on peut presque affirmer "Ca, c'est du Kaly Live Dub" en seulement quelques secondes d'écoute... le jeu de batterie, très technique, le son de l'orgue, vraiment personnel, des accords à la guitare qui s'éloignent volontiers de la gamme standard, une utilisation déraisonnable de la delay définissent un style Kaly Live Dub inimitable. Il s'avère particulièrement efficace sur certains titres comme "Attention", devenu aujourd'hui un standard, le fantastique "Ghalon" aux consonances orientales marquées, sans oublier le tubissimesque "Mao's Khaos (Wailing Tibet)" et sa ligne de basse démoniaque, sur un mix génial de Manutension, tellement chargé en delay qu'on a l'impression d'être pris dans une averse sonore. Du grand art. 2D. "Electric kool aid" est un peu l'album sur lequel le groupe a défini son style. "Hydrophonic", son successeur, est celui où il l'a magnifié pour le porter à son apogée. MP va se faire un plaisir de vous l'expliquer. Hydrophonic
Permettez que je vous fasse le coup de « l’album de la maturité » ? Permettez ? Allez, un peu d’indulgence. D’accord, c’est pas une entrée en matière bien glorieuse, mais, pour une fois, elle me semble adaptée. Car enfin, «Hydrophonic» n’est que le 2ème album de Kaly dans cette formation, et il arbore déjà fièrement les attributs de la maturité musicale. Certes, ça ne veut pas dire grand-chose, mais j’ai pas trouvé plus diplomatique pour signifier que «Hydrophonic» est encore meilleur que son prédecesseur. Nettement meilleur. Et quand on sait les qualités de «Eletric Kool Aid», c’est une sérieuse indication. Les interprètes étaient déjà très bon, ils sont désormais excellents, non seulement dans leur jeu, mais aussi et surtout dans leur « interplay ». De ce point de vue (ou d’écoute), le service rythmique est à tomber sur un cul que l’énormité du son aura préalablement orné d’un nouvel oeil. Car l’affaire a aussi progressé en terme de production : le son a gagné en puissance et en clarté, et s’appuie sur des basses d’une densité prodigieuse, dont les vibrations servent souvent de contrepoint à un clavier très inspiré, qui s’affirme ici comme un élément central du son de Kaly. «Hydrophonic», comme le promet son titre, est une affaire d’ondulations. De houle. De ressac. De courants et de contre-courants. Bref, c’est du fluide, mais pas du fluide flic-flac, pas du fluide chantons sous la pluie. Plutôt du fluide surfons sur la lave, ou nageons dans la Guiness. Il se dégage de l’album une impression de cohérence et d’unité qui n’est pas dûe qu’au son entêtant que Kaly y a développé: les compositions sont aussi garantes de cette cohérence. Elles s’enchaînent comme naturellement. Il y a là une majorité de tubes taillés pour pouvoir tourner en boucle pendant des heures sans y perdre de jus, mais pourtant, on se laisse entraîner par le courant, et on boucle sur l’album plutôt que sur ses titres. C’est probablement une vertu de l’étonnante diversité qui les anime. Je sais, «la cohérence dans la diversité», ça va pas tarder à sentir le Séguéla (je te hais) en campagne, mais c’est le tour de force de «Hydrophonic» : chaque titre y a sa tonalité propre. A commencer par «Smoke Up», nouvelle participation avec le chanteur jamaïcain Rod Taylor, qui ouvre l’album en douceur dans un roots presque orthodoxe, si ce n’était pour les curieux samples qui l’émaillent et l’enrichissent. Parmi les plus riches heures de l’album, il convient aussi de mettre en avant «Funny Bway», «Youbati», et «No Matter», 3 titres consécutifs dont chacun est plus réussi que le précédent, et récripoquement, et dont aucun ne ressemble à l’autre. « Funny Bway » instaure une atmosphère oppressante en s’appuyant sur une rythmique pesante, densifiée au fil de sa progression par l’intervention du chœur de l’armée rouge et des trompettes de Jéricho (vue de l’esprit, hein), pour culminer en un déluge de vibrations déstabilisant d’intensité, mais que le clavier parvient quand même à dominer dans une envolée qui tient autant de Jackie Mittoo que de Ray Manzarek – références farfelues mises à part, « Funny Bway » n’est rien moins qu’ahurissant. « Youbati », en collaboration avec le groupe marocain Gnawa Njoum réussit le tour de force d’une vraie fusion. Une vraie, pas un fatras marketing. Souvenez-vous, il y a quelques années, on a pas mal soupé de collaborations plus ou moins artificielles et moins ou moins réussies avec des musiciens Gnawa, alors on pouvait craindre le pire. Mais non, c’est le meilleur. Essaouira, nouvelle Kingston. On a de ces surprises. « No Matter », enfin, aussi éthéré que « Funny Bway » était pesant, durant lequel tous les musiciens influent par touches légères sur un thème qui dérive sur riddim plutôt enlevé. Les métamorphoses successives, le jeu là encore très inspiré du clavier, le choix très judicieux des samples, dont une horde de moustiques enrhumés, qui contribuent beaucoup à la tonalité, autant d’éléments qui rendent ce titre vraiment particulier, et qui en font, carrément, une des perles de la production dub de ces dernières années. Mais il ne s’agit là que de quelques exemples, plutôt sélectionnés en fonction de préférences personnelles que d’une quelconque représentativité. Car précisément, il n’y a pas de représentativité, hormis celle du son que Kaly affirme haut et fort sur « Hydrophonic », et qui devient rapidement reconnaissable après quelques écoutes, tant il leur est désormais propre. Il faut en revanche de longues heures d’immersion et de dérive au fil de l’album pour prétendre pouvoir en connaître les eaux. Ce qui est loin d’être un problème : l’eau ne refroidissant jamais, on n’envisage que rarement d’en sortir. MP. 3 Maximal Overdubs
3 maximal overdubs est une compilation qui réunit les trois maxi 45 tours de Kaly Live Dub: "1,4 KhZ", "Encounter 1" et "Encouter 2". "1,4KhZ" est sorti en 2000 et marque, après le coup d'essai "Orange Dub", le véritable coup d'envoi de l'épopée Kaly Live Dub. Ce maxi, sorti peu avant l'album fondateur "Electric Kool Aid", pose en deux titres les bases du style Kaly tel qu'on le connaît aujourd'hui; dub roots rythmique, emporté, psychédélique ("Sonar") et très influencé musiques du monde ("Atlas"; justement, on s'y croirait). Deux excellents titres, emballé c'est pesé. "Encounter 1" montre la facette la plus roots de l'oeuvre de Kaly. Enregistré avec Rod Taylor (chanteur jamaïcain de renom, déjà actif sous l'ère Tubby), ce maxi propose deux titres chantés et ses deux dubs, conformément à la tradition. Réussites complètes, capables à elles seules de conduire les amateurs de reggae au dub et vice-versa. Indispensable itou, donc. "Encounter
2" propose quatre remixes du premier album Bref, 3 maximal overdubs, en plus d'être une compilation indispensable à tous les amateurs de Kaly Live Dub, est également idéale pour le néophyte qui souhaiterait s'initier à l'univers musical du groupe, que l'on retrouve déployé dans sa plus grande diversité. Cerise sur le gâteau: "Alkor", morceau au moins aussi irrésistible qu'il est inédit. Histoire de convaincre définitivement les plus sceptiques. 2D. Interview de Stéphane (aka Uzul), juin 2004. La question rituelle: que signifie le nom Kaly Live Dub ? Au
départ le groupe s’appelait KALY,
déformation du mot colley désignant l’herbe en Jamaïque, et aussi dédicace
au Calypso, l’une des musiques fondatrices du Reggae. Puis après plusieurs
années et une évolution flagrante vers le dub, le groupe prit le nom
KALYLIVEDUB, ceci faisant référence au fait que nous faisons du dub en
live alors qu’au départ il est produit en studio par les ingénieurs du
son (King Tubby, Lee Perry …) Votre actualité, c’est la sortie de la compilation « 3 maximal overdubs ». Quelques mots sur ce disque ? Ce
disque est une compilation de plusieurs de nos maxi 45 tours vinyl. Il
comprend une face de notre tout premier maxi « 1.4 KhZ » et
les deux maxi Encounter 1 et Encounter 2. On retrouve sur cette compilation l’univers de Kaly Live Dub dans sa définition la plus large… justement, comment définiriez-vous votre style ? L’appellation « live dub » suffit-elle ? Notre
musique a une base dub et fusionne avec toutes sortes Plus que tout autre
groupe en France, et votre nom l’indique d’ailleurs assez clairement,
votre dub est axé sur l’interprétation en live, et les effets y prennent
donc une place prédominante, y compris en studio. Qui s’occupe
d’actionner les delays et reverbs ? Y a til un dub master au sein de
Kaly ? Pour
ce qui en est du studio nous travaillons tous ensemble sur le mixage et
chacun gère ses propres effets.
En
live de même, mis a part que j’envoie les effets sur la batterie. Votre musique est à la fois très enracinée dans le reggae et tournée vers les expérimentations les plus folles, si bien qu’on a du mal à deviner de quelle(s) mouvance(s) musicale(s) sont issus les membres de Kaly Live Dub. Etes-vous d’anciens punk-rockers comme beaucoup d’autres en France, ou provenez-vous de la scène reggae ? Initialement
Kaly était un groupe de reggae dub avec des chants et des cuivres mais il y
avait déjà de multiples influences (dub,
roots, rock et psyché). Vous êtes parmi les pionniers du dub en France. Quel regard portez-vous sur ses dernières évolutions ? Pensez-vous qu’il existe un dub à la française ? Et acceptez-vous d’y être affiliés ? En
France le dub a évolué et maintenant on peu dire qu’il y a un réel
mouvement, avec
son style initié par les pionniers (Improvisators dub, Kalylivedub, High
Tone, et Zenzile). Un bass batterie bien en avant, des gros effets et
une forte tendance à l’electro. Après
le french kiss voilà le french dub ! ! ! De même que pas mal de groupes en France, vous invitez volontiers des chanteurs sur vos morceaux (notamment à l’occasion du maxi avec Rod Taylor que l’on retrouve sur 3 maximal overdubs), mais n’avez pas de chanteur permanent. Pensez-vous en engager un un jour ? Ou estimez-vous que le dub doit conserver sa dimension instrumentale avant tout? Pour
ce qui en est du chant, Certains d’entre vous taquinent le dub tout electro dans Hybrid Sound System, dont un premier album vient de sortir. Est-ce car ce type de son n’a pas sa place dans Kaly Live Dub, ou jugez-vous possible de donner une orientation plus electro à Kaly dans le futur ? L’existence
d’Hybrid Sound System est surtout liée à l’envie de MAT (Batteur du
groupe) et de moi (UZUL), de pratiquer ensemble une musique où le dub évolue
vers breakbeat et la techno et de goûter aux joies du live machine. Une
vision plus « dance floor » dans l’esprit des sounds systems. Mais
Kaly restera toujours l’alliance des instruments (batterie, basse, guitare
et clavier). Et des machines, même si le futur album prend une direction
encore plus electro, toujours plus d’effets et plus de machines. Avez-vous
d’autres side-projects à part Hybrid Sound System ? Il
y a Dub Addict, sound system à l’anglaise, où armé de bass, Paul (alias
Pilha) délivre un live act « Roots Dub Massiv » et où selector
19 Dub envoie des versions dub steppas à faire tomber les murs ! ! Quelques
infos sur un éventuel prochain album de Kaly Live Dub ? Sortie
prévue en octobre 2005. Une
direction encore plus electro, avec des morceaux très variés tout en
restant massifs et
hypnotiques et plusieurs invités, affaire à suivre… Qu’est-ce
que vous écoutez en ce moment ? Pour
ma part Amon Tobin, Jah Warrior,
Ezekiel, etc, etc … Dernières
découvertes importantes ? Automat. Quelque
chose à ajouter ? Le mot de la fin ? Le
dub est sans limites, mais nous les cherchons perpétuellement DUBWISE ! A lire également: la chronique de l'album d'Hybrid Sound System, side project electro-dub de deux membres de Kaly Live Dub. A noter: L'ancien clavier de Kaly Live Dub officie aujourd'hui en solo sous le nom "Nar". Un de ses morceaux est écoutable sur le deuxième volume des compilations Dubzone, on vous le conseille vivement. Très vivement. Site officiel: http://www.kalylivedub.com Contact: kalylivedub@caramail.com |