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KANKA |
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Alert
On avait déjà constaté une légère redéfinition du style de Kanka entre "Every nights dub" son premier album autoproduit en 2002 et "Don't stop dub", qui marqua sa signature sur le label parisien Hammerbass en 2005: plus steppa, plus épuré, plus "sound system" dans l'esprit... "Alert" enfonce le clou du radicalisme comme pour rappeler pourquoi le label Hammerbass s'appelle ainsi. En 12 titres, Kanka nous livre une définition mature et pertinente du stepper à l'anglaise, basée sur le rythme, dont chaque élément tape comme un coup de marteau. Rivalisant d'efficacité, les tubes s'enchaînent les uns après les autres, recevant parfois la visite d'un Brother Culture au mieux de sa forme: "Town get vile", le titre incontournable de l'album, est là pour le prouver. L'utilisation récurrente de cuivres ("Step forward", "Nova dub"...) offre quelques plages d'accalmie à l'auditeur, mais qui ne sont jamais que temporaires: l'impitoyable martèlement stepper revient toujours à la charge, boosté par des basses vrombissantes et un mastering apocalyptique. Tous aux abris, Kanka a bouffé du lion. 2D. Don't stop dub
Vous êtes DJ? Vous cherchez du sang neuf pour oxygéner votre bac à disques? Du bon gros dub stepper de dancefloor, toutes basses dehors, à même de faire s'agiter une salle entière au rythme des boum boum boum boum de ses rythmes? L'infatigable label parisien Hammerbass a pensé à vous, et vous offre la possibilité de passer pour le meilleur DJ dub du monde, par l'intermédiaire de sa dernière signature: Kanka. On avait déjà pu juger de ses talents sur pièce à l'écoute d'un premier album autoproduit des plus encourageants, mais un pas à manifestement été franchi avec ce "Don't stop the dub". Kanka s'offre enfin le gros son que méritait son dub, et gagne en un seul bond le haut du podium du dub "à l'anglaise". Les basses vrombissent sur de véritables déferlements rythmiques, renforcés par des skanks hachés au couteau de boucher, au milieu de sirènes apocalyptiques. Le martèlement stepper n'en partage pas moins l'espace sonore avec des mélodies roots qui fleurent bon le cannabis, tour à tour interprétées par un mélodica mélancolique et des cuivres garantis 100% jamaïcan stylee. Bref, un dub idéal pour être toasté, et l'anglo-jamaïcain Brother Culture ne s'y trompe pas, en posant sa voix sur deux (excellents) titres: "Revolution" et "Conquest". Mac Oliva, comparse de Kanka depuis ses débuts, lui rend la réplique sur "A ticket to die", "Riddim", et surtout "Time flies", le tube de l'album, qu'on a hâte d'entendre sur scène. Les instrumentaux qui composent le reste de l'album ne sont pas en reste, et tissent de morceau en morceau un disque très bien foutu, sobre, carré et à la hauteur de ses ambitions: enflammer les sound-systems, à l'image du mur d'enceintes qui compose la photo de la pochette du disque. Dubwise. 2D. Every Nights's dub Si la musique de Kanka peut éventuellement être qualifiée d'electro-dub, c'est surtout car il la fabrique avec des machines dans son home-studio. Au delà de ça, elle n'a pas grand chose à voir avec le dub électronique dans le sens exclusif du terme, tel qu'on l'emploie notamment pour désigner le dub allemand, ou les dubs aux dérivés techno et jungle qui plongent leurs racines dans une véritable culture electro. La culture de Kanka est avant tout celle du reggae, qu'il pratique d'ailleurs en marge de son projet dub en tant que percussionniste bidouilleur au sein du groupe rouennais King Riddim. Son dub est donc logiquement exécuté dans le respect des méthodes ancestrales: un riddim de base, une ligne de basse, quelques éléments mélodiques (clavier, mélodica, cuivres...) et roule ma poule; construction, déconstruction, effets... la formule est bien rodée, et il la maîtrise. On peut s'en rendre compte à l'écoute de "Every night's dub", son premier album autoproduit (18 titres, la maison ne se moque pas du client), très pro et de grande qualité, plus proche de l'album signé que de la simple démo; un album qui lui aura notamment ouvert la porte de la compilation "I dub you" avec le tubesque "Military dub", et c'est un signe qui ne trompe pas. Le son digital des rythmes et des basses, l'utilisation des effets évoquent beaucoup le dub anglais, mais pas le stepper habituel à la Disciples, Iration Steppas et compagnie, plus le dub de l'école Adrian Sherwood/ Dub Syndicate, c'est-à-dire ouvert aux instrumentations classiques et pas jusqu'au-boutiste dans l'utilisation des effets et l'expérimentation. En France, on peut rapprocher Kanka de Junior Cony, le même type de son digital-roots, un sens de la mélodie comparable, ainsi qu'un goût partagé pour les morceaux chantés. Bref, un dub artisanal et authentique, plus axé sur la recherche de l'efficacité rythmique et mélodique que sur l'expérimentation à tout prix. Et un nouveau nom à retenir. 2D. Interview de Kanka, juin 2004. La question rituelle : que
signifie le nom Kanka ? Kanka ne signifie rien de
particulier. Je voulais juste un nom court, qui sonne
pas trop mal. Certains y voient une contraction du mot anglais « conquer »,
ce qui n’est pas du tout recherché à Ton dub
se démarque assez distinctement de ce qui se fait en France en ce qu’il reste
très fidèle à la tradition et puise largement son inspiration dans la musique
jamaïcaine au sens large. Est-ce car contrairement à la plupart des dubbers
français, tu n’es pas issu des scènes punk ou rock ? Quelle a été ta
formation musicale, et quels sont les artistes qui ont influencé le style Kanka ? Je trouve ta question très
pertinente, car il est vrai que la plupart des groupes de dub
français sont issus de la scène rock et ça se ressent aussi dans leur son.
Personnellement, mes goûts m’amènent à faire uniquement du dub
orienté vers le reggae, car c’est vraiment ce que je préfère. Je n’ai
aucune formation musicale particulière, depuis 6 ans je suis « percu-bidouilleur »
chez King Riddim (formation de reggae rouennaise),
ce qui m’a permis d’aborder le monde de la scène et les expériences en
studio. Parallèlement à cette activité de groupe, je crée mes morceaux dub
de façon indépendante, en solo afin d’être le plus libre possible dans Sur quel matériel
travailles-tu ? As tu des instruments ou machines de prédilection ? En terme de matériel, je suis
relativement limité pour l’instant. Je travaille sur Cubase
pour les arrangements et le mix. En terme
d’instruments ou de machines, je possède un clavier analogique Korg
de 1978, un Space Echo, un délai Boss DE 200, un mélodica
et une basse stick Hohner
et des petites percussions. Pour la partie live, j’utilise un Adat, qui se
compose de 8 pistes. Je regroupe alors toutes mes pistes de Cubase
sur huit voies, pour les ressortir sur une table et mixer en direct, en cuttant
ou en appliquant des effets sur la piste de mon choix. Seul la basse et la voix
ne sont pas enregistrées dans l’Adat, puisqu’ils sont joués en live par
mes deux compères musicaux. Comment composes-tu ?
Pars-tu d’un élément particulier, rythme, ligne de basse, mélodie ? La plupart du temps, je
m’inspire d’accords qui me donnent alors une tonalité et/ou de rythmes de
batterie. Ainsi, j’obtiens une base rythmique, qui me permet alors de composer
une ligne de basse et des mélodies. Pour moi, dans le dub
c’est la basse qui fait tout ton morceau. C’est pour ça qu’avec le temps
je suis devenu très exigeant avec moi-même pour garder uniquement des lignes
de basse, que j’apprécie vraiment. Ton répertoire alterne les
instrumentaux et les morceaux chantés. Existe t-il pour toi des différences,
du point de vue de la composition, entre un morceau instrumental et un morceau
chanté, ou les abordes-tu de la même façon ? Pour moi, il n’y a aucune
différence entre un morceau instrumental et un morceau chanté, dans la façon
de le composer. En général, je ne me dis jamais que tel ou tel morceau sera
chanté, je pense tout d’abord à Les parisiens ont dernièrement
pu te découvrir sur scène, à l’occasion de En ce qui concerne le
chanteur/percussionniste, il a toujours fait partie de mes projets dub,
en posant sa voix sur quelques morceaux. Animant de façon active son Sound-System
« Blackboard Jungle », il possède pour
le côté live une expérience qui m’a intéressé pour « Every
night’s dub »,
ton premier album, d’une excellente qualité pour une autoproduction, est
sorti en 2002. Quel bilan en tires-tu ? L’as-tu vendu ou était-il
uniquement voué à faire découvrir ta musique ? T’a t-il ouvert des
portes ? Il est vrai que « Every
night’s dub » était
principalement destiné à faire découvrir ma musique, car ça m’ennuyait de
démarcher avec des cd gravés. Il n’a pas été facile de le vendre, sans distrib
ou sans label. Cependant, il a tout de même été déposé dans les Fnacs
de Haute-Normandie et dans quelques disquaires spécialisés. De plus, le
main à main a plutôt bien fonctionné. Tiré à 500 exemplaires, la répartition
s’est à peu près répartie en moitié-vente et moitié-démarchage.
L’album m’a ouvert des portes, puisqu’il m’a permis d’apparaître sur
la compil « I DUB YOU » auprès de grands noms tels que Mad Pro,
Alpha Omega, Lee Perry… et ainsi de jouer au Triptik
auprès de Manasseh et Twilight
Circus (c’était notre deuxième date). Il m’a
aussi permis récemment de participer au festival « La tour prend l’air »
et ainsi de jouer juste après Lee Perry, ce qui fut un honneur pour moi puisque
je suis très fan de tout ce que ce monsieur a fait pour le reggae et le dub.
L’organisateur du festival nous avait programmé deux jours et le lendemain,
nous avons joué avant Daddy Morry.
Le beau temps étant au rendez-vous, il est apparu que le public était présent
et à notre grand plaisir il a été très réactif. Par ailleurs, l’album a
été chroniqué dans Ragga, Lylo,
Culture Dub et programmé sur quelques radios. De façon
plus générale, il a été offert à pas mal de personnes actives dans le
milieu dub, afin de rentrer doucement dans le réseau.
Il m’a aussi permis de voir comment fonctionnent les labels et distributeurs,
j’ai donc plus de recul par rapport à çà maintenant. A
l’heure de cette interview, tu finalises de tous nouveaux morceaux. Peux-tu
nous en toucher quelques mots ? Quelles évolutions par rapport à « Every
night’s dub » ?
Ces nouveaux morceaux sont-ils destinés à former un second album « officiel » ? En effet, je viens de
finaliser une petite quinzaine de morceaux, pour former un second album « officiel ».
D’un point de vue musical, les sons sont plus modernes et plus orientés vers
du stepper ou de l’électro-roots soutenu. Cet
album sera beaucoup plus mûr que le premier au niveau des instru,
des basses et du son. Les arrangements sont moins déstructurés. Mon style
s’est précisé, car sur le premier album, ça n’était pas encore clair
dans ma tête. Quel regard portes-tu sur
la scène dub hexagonale ? Es-tu en contact
avec d’autres groupes, et envisages-tu des collaborations ? Je dois reconnaître qu’en
ce qui concerne la scène dub hexagonale, je trouve
que l’aspect rock et l’aspect hypnotique sont trop souvent présents par
rapport à mes goûts. Mais je respecte vraiment cela, d’autant plus si ça
permet de faire découvrir le dub. J’apprécie
davantage des groupes comme Improvisator Dub
qui s’orientent vers le style anglais. Pour l’instant, je ne suis pas en
contact avec un groupe, mais je suis très ouvert à toutes formes de projets. Qu’est-ce que tu écoutes
en ce moment ? Je reconnais que je n’ai pas
trop le temps d’écouter du son actuellement, donc il est dur de répondre à
la question. Quelque chose à ajouter ?
Un message à faire passer ? Merci pour tes questions très
pertinentes, claires et précises et tout ton travail en général. Ca fait trop
plaisir de s’adresser à des gens calés. A lire également: chronique d'un concert de Kanka dans le cadre de la Dub Action Party en février 2004 au Triptyque. |