MINIMAN

Opus in dub minor
Hammerbass, 2006

Après un prometteur "En route pour Zion", un expérimental et guitaristique"stars" en duo sous le nom Seven Seal, en n'oubliant pas quelques participations à des compilations importantes("I dub you", "Alternative novo dub"), Miniman revient avec "Opus in dub minor", signé, excusez du peu, chez Hammerbass. Sur les bases d'un dub stepper roots et massif, le one-man-band (Roland Rougé de son nom) joue avec les sons et les ambiances et n'hésite pas à promener son dub sur les sentiers non balisés. Break-beat, techno, musiques de films, cet éclectisme à toute épreuve, duquel il a tendance à abuser (la reprise du thème d'Apocalypse now sur "Live good", c'était vraiment nécessaire?) n'est pas forcément la meilleure carte de visite de ce nouvel album, qui brille plus par une agressivité nouvelle, que l'on ne trouvait pas sur les précédents disques. Des titres comme "Opus in dub minor", "Spirit", "Rock side of the dub" témoignent d'une arrogance inédite chez Miniman, et tout à fait bien venue. Elle trouve son apogée sur "Jah is king", featuring Ras Mac Bean au micro, qui nous donne envie d'un Miniman cédant plus souvent à la tentation du guest vocal à l'avenir. Bref, un album vraiment intéressant malgré quelques imperfections et un mixage inabouti, qui ne manquera pas d'ancrer un peu plus solidement Miniman dans la scène dub hexagonale.

2D.


 En marche pour Zion
The Age Of Venus, 2002

Malgré la grande diversité du dub français, quasiment aucun de nos groupes nationaux n'officie dans la tendance pourtant riche du dub stepper tel qu'il se développe en Angleterre depuis le début des années 90. The Rootsman, Iration Steppas, Zion Train, des noms de prestige, que beaucoup citent au milieu d'autres influences, mais que personne, à part Miniman, ne songe non pas à copier, ni même à imiter, mais simplement à citer comme représentatifs d'un courant dans lequel ils s'inscrivent. Miniman n'a aucune gêne à l'admettre: il fait du stepper comme d'autres du reggae ou de l'electro. L'amateur de dub UK ne s'en plaindra pas; avec "En route pour Sion", son premier album, le petit homme a en effet d'ors et déjà durablement gravé son nom dans le marbre du dub stepper. 

Un album sorti chez The Age of Venus, label habituellement dévolu au hard-core/punk; la connexion entre punk et dub, qui existe depuis l'histoire du genre, n'en finit décidément pas de se renouveler. Miniman n'est pourtant pas, au contraire de nombre de ses confrères hexagonaux, issu de la scène punk. Il se revendique en effet du reggae, et avoue avoir succombé au dub en assistant à un concert d'Iration Steppas à Londres. Pour autant, sa musique, de par son intransigeance et sa prédominance rythmique, justifie amplement d'être signée sur un tel label. A même de séduire le puriste rasta, car elle reste fidèle au feeling originel du reggae, elle n'en fera pas moins danser avec entrain les adeptes de rythmiques enlevées, tous genres confondus. Le boum boum boum boum du stepper sert de base à chaque morceau, renforcé par des basses synthétiques et puissantes, dans une démarche résolument sound-system. Pour autant, les riddims ne s'enlisent jamais dans le martèlement abrutissant. D'abord, car la linéarité du beat stepper est contrebalancée par d'habiles décalages rythmiques dans la grande tradition du dub, lorgnant à l'occasion du coté de la drum 'n bass. Ensuite, du fait d'une grande richesse mélodique. Orgue, mélodica et autres sons d'appoint droit sortis de la source du reggae, permettent aux morceaux de conserver toute leur fluidité, insufflant à la lourdeur des rythmique une véritable légèreté mélodique. 

On s'en rend compte dès les premières minutes de l'album: Miniman possède un grand sens de la mélodie, doublé d'un réel talent d'arrangeur. Si l'on ajoute à cela que le son est excellent, pour ne pas dire parfait, on obtient un album indispensable dans la discothèque de l'amateur de dub. A quand une collaboration anglaise?

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Interview de Miniman, réalisée en octobre 2003 par échange de courriers.

La question rituelle pour commencer : pourquoi le nom « Miniman » ?

On m'a appelé Miniman lorsque je travaillais avec le Wanted sound System à coté de Rennes et je l'ai gardé comme nom de scène.

Peux-tu résumer ton parcours musical et les influences qui t’ont amené à faire du dub ?

J'ai fait mes premiers pas dans la musique avec le piano; j'avais treize ans: deux ans avec un professeur jusqu'à aujourd'hui, ce qui m'a permis d'explorer différentes facettes de la musique. Au début des années 90, j'ai eu un engouement pour la techno, jusqu'en 96-97 où j'ai commencé à jouer en groupe en tant que clavier reggae hip-hop pendant deux ans et à composer mes premiers morceaux dub. En 1999, j'ai décidé de réaliser mes projets de composition pour en sortir une cassette-album autoproduite de dix titres: "Dub journey". 

« En route pour Sion », ton premier album, rappelle beaucoup le dub stepper anglais. Pourquoi avoir choisi de t’exprimer dans ce style du dub plutôt que dans un autre?

"En route pour Sion" s'est forgé petit à petit, plus roots, après "dub journey", plus electro. En fait j'ai vraiment kiffé ce style quand je suis allé au Finsburry Park à l"Essential Weekender" en 1997 à Londres. La prestation de Iration Steppa m'a impressionné. Le "live machine", je trouvais ça énergique et original. De retour à Nantes, mon style dans le reggae prenait un tournant plus dur. Ce qui m'a attiré au dub anglais, c'est qu'il correspondait bien à ce que je vivais.

L’album est sorti il y a un an. Es-tu satisfait de l’accueil qu’il a obtenu dans la presse et auprès du public ? A-t-il eu des échos en Angleterre, la patrie du stepper ?

L'accueil a été bon en général, plus timide en France qu'en Angleterre. Je suis content qu'il ait pu être joué par de big sounds anglais: c'est une force.

Pourquoi avoir signé cet album chez « The Age of Venus », un label spécialisé dans le HC/punk ? Est-ce que ça a une signification à tes yeux?

Le fait que l'album soit sorti chez The Age of Venus est venu de manière naturelle. Je connais Olivier du label depuis longtemps, et on a tous les deux eu un parcours dans la musique. Un moment avant "dub journey" on s'est rencontré et il m'a proposé de produire l'album. C'est ainsi que ça s'est passé. Pour moi ça a une signification importante car à l'époque, en 1989, j'écoutais beaucoup de HXC et de skate rock. Ca m'est toujours un peu resté.

Quel regard portes-tu sur la scène dub française ?

En France, le dub se développe bien, les musiciens écoutent ce qui se fait ou ce qui s'est fait avec attention. Des bons trucs et de moins bons.

Es-tu en contact avec d’autres groupes (français ou étrangers) et envisages tu des collaborations ? Eventuellement avec des chanteurs/teuses ?

J'ai eu l'occasion de travailler avec des chanteurs pour un album intitulé "Link up" sorti sur le label Irie Ites Records en juin (ndlr: on en parle ici). C'est mon premier projet professionnel en collaboration avec des artistes de cette qualité: Lorenzo, Ras Mac Bean, Elimane, Keefaz. Récemment une série de sept 45 tours vient de sortir avec ces chanteurs puis d'autres: Nassadjay, Kenny Knot, Johnah Dan, Tony Roots sur le label Zion Gate Music.

Ta musique est idéale pour être jouée en Soundsystem. Est-ce une volonté délibérée ? Quel regard porte-tu sur les Sound Systems ?

Je n'ai pas choisi de jouer de la musique pour le sound, elle s'est naturellement introduite dans celui-ci. Je trouve que c'est un bon moyen pour communiquer, pour faire connaître de nouveaux artistes, de nouvelles positions. C'est très positif.

Comment se passe un concert de Miniman ?

J'utilise une partie de mon home-studio (MPC 2000, console, expandeurs, effets) puis je mixe en direct les morceaux programmés. Le plus dur dans le live c'est de chopper le fil conducteur, de créer des ambiances et des rythmes qui évoluent. Que chacun y retrouve son compte dans la danse. 

Comment composes-tu, et dans quel ordre ? Commences-tu par les rythmes, les basses, les mélodies… ?

En général, les premiers pas dans la compo se font avec la basse et la batterie puis ensuite les mélodies viennent se poser dessus. Les cultures jamaïcaine et anglaise m'ont beaucoup appris et aidé dans mon travail rythmique (Sly & Robbie), mélodique, ainsi qu'au niveau des structures.

Sur quel matériel travailles-tu ? As-tu des machines et instruments de prédilection ?

La MPC 2000 est l'instrument qui m'a permis au mieux de m'exprimer en live. En 1997, il y a eu un renouveau pour ce genre de machine. La MPC 3000 qui est le modèle d'avant puis la 60 étaient déjà utilisées dans les studios hip-hop et reggae. C'est un instrument bien pratique pour le genre de prestation live que je fais.

A quand le prochain album ?

Ce sera un maxi 45 + CD 7 titres sur le label The Age Of Venus Record. Deux remixes de deux morceaux de l'album et cinq nouveaux morceaux.

Quels disques écoutes-tu en ce moment ?

Un peu de tout!


Le site de The Age of Venus: http://lehuby.olivier.free.fr

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