NO MORE BABYLON

Les toulonnais de No More Babylon jouent ensemble depuis près de dix ans. Après "Stand the pressure", leur premier album, ils sont revenus en 2003 avec "Vampayah ina showcase style", un excellent disque de "roots reggae dub", comme aime à se définir le groupe. Les trois mots ont une importance égale, comme on s'en rendra compte à la lecture de la présentation de cet album, et de l'interview qui l'accompagne.  


Vampayah - Ina showcase style
Autoproduction, 2003


"Vampayah ina showcase style", second album de No More Babylon, n'a d'autoproduction que le nom. Des compositions à la production en passant par la pochette, tout a été fait avec le plus grand professionnalisme, aussi se doit-on impérativement de considérer cet album comme l'égal d'un disque "signé". La précision s'impose, car chez No More Babylon, le fait de ne pas avoir de label n'est pas un synonyme d'amateurisme, mais d'indépendance. Une indépendance qui permet notamment au groupe de sortir un album "ina showcase style", c'est-à-dire dans lequel chaque morceau chanté est doublé de sa version dub. Une pratique ancestrale, mais qui se fait pourtant rare dans le reggae aujourd'hui, à fortiori dans le reggae français, qui tourne un peu en rond. Il convient donc de saluer l'initiative comme elle le mérite. 

Le dub est une composante fondamentale de la musique de No More Babylon, au point qu'on n'en retrouve pas seulement les effluves sur les versions instrumentales, mais aussi sur les morceaux originaux. Pas étonnant, si l'on regarde le line-up du groupe: "Wall", l'ingénieur du son, est affecté aux effets à un niveau de responsabilité égale à celui des musiciens; c'est la preuve d'un encrage fort et résolu dans le dub. La seconde preuve se révèle d'elle même à l'écoute du disque: on sent que les influences des musiciens ne se limitent pas seulement à Pierpoljak et Bob Marley, comme c'est souvent le cas dans le reggae français, mais que Tubby, Perry et compagnie font partie des gens qu'ils ont écouté. Certes, au final, les morceaux chantés restent des "chansons reggae" et ne s'adressent donc qu'aux amateurs, mais l'intégriste du dub peut néanmoins y trouver son compte, d'une part car le chanteur, chose rare, a une voix assez exceptionnelle, d'autre part car il ne se met pas en avant et laisse aux musiciens un large espace pour s'exprimer. Saluons également l'utilisation judicieuse des backing vocals, très reggae old scool, qui nous changent des couinements exaspérants qui surabondent sur les nouvelles productions. C'est du reste une constante dans la musique de No More Babylon: une démarche roots omniprésente, qui s'applique à tous les niveaux: voix, instrumentations et arrangements (les musiciens sont tous d'excellents techniciens et compositeurs), son, production... le groupe se définit comme "roots reagge dub", et chacun de ces trois mots joue d'une importance égale.     

Les versions dub, admirablement bien foutues, feront le bonheur de tous les dubovores. Le son est clair et roots à la fois, la couple batterie/basse puissant et nerveux comme du Sly & Robbie, les effets toujours bien dosés, et c'est donc en toute logique que plusieurs morceaux gagnent sans forcer leur place au panthéon du roots dub: du très rythmique "dub on the ring" (meilleure ligne de basse de l'année 2003?) au mélancolique "melodub", en passant par le stepper "riding to dub station" (les Improvisators Dub ne sont pas loin...), sans oublier l'excellent "fussin & dubbin" (vous avez dit Tubby?).... les No More Babylon démontrent en permanence qu'ils maîtrisent l'exercice de la version dub comme personne. "Vampayah ina showcase style"  ravira donc autant les fans de reggae que les fans de dub, et séduira avec la même intensité les adeptes de Bob Marley et ceux de Zenzile. Bref, avec ce disque, les No More Babylon ont réussi la délicate performance de bâtir un pont entre le dub et le reggae traditionnel, que l'on commençait à désespérer de voir un jour évoluer conjointement dans l'hexagone. A chacun d'oser l'emprunter. 

2D.


Interview de No More Babylon, réalisée en décembre 2003, quelques mois après la sortie de "Vampayah".

Comment définiriez vous votre musique ? Reggae ou reggae-dub ?

KIKO (chant): Depuis 1994, date de création de NO MORE BABYLON, on a intégré des effets. Pour nous, le dub fait partie de la culture reggae. Dub et reggae sont intimement liés. Il était donc logique de ne pas mettre ce style de côté. On peut donc dire que l'on est un groupe de reggae-dub. D'ailleurs, lorsqu'on communique sur le groupe, on se qualifie de "ROOTS REGGAE DUB".

Vos compositions, votre son, votre façon de travailler sonnent résolument «roots». Que signifie pour vous le terme «roots» ? Pensez-vous qu’il ait encore un sens aujourd’hui ? Acceptez-vous d’être étiqueté roots ?

KIKO: Si notre son sonne "roots", c'est parce que c'est le son que l'on aime. C'est ce son qui nous a construit. "Roots" c'est un son, caractéristique des 70's, mais c'est aussi un état d'esprit, un message. "Roots" c'est positif, c'est "conscious", c'est "righteous". C'est dans la durée. C'est fait pour durer, ce son est indémodable et il ne répond à aucune mode. Le "roots" est définitivement d'actualité. Il trouve sa place aujourd'hui plus que jamais. Avec tout ce qu'il se passe, tout ce qu'on voit, c'est un remède, c'est le remède. En ce qui concerne les "étiquettes", c'est un petit peu réducteur comme terme mais ça reste indispensable pour aider à se définir. Donc oui, NO MORE BABYLON est un groupe de reggae "roots" et de dub.

Quels sont les artistes, genres, labels qui ont le plus compté dans votre parcours musical et votre formation artistique?

KIKO: En gros, nos influences sont le reggae sous toutes ses formes. De Studio One à nos jours, du roots au stepper UK, du rub-a-dub au nu roots, du rockers au dancehall, du digital au deejay style. Peu importe les styles tant que ça reste du reggae. On a toutefois une préférence pour le Old School reggae, le reggae des 70's. Tubby, Scientist, Jammy, Channel One, Roots Radics, Black Ark, Lee Perry, Revolutionnaries,... la liste est beaucoup trop longue ... Toute la culture reggae nous influence.

Quel est exactement le rôle de Wall dans le groupe ? Peut-on le considérer comme le «dub master» de No More Babylon ?

KIKO: C'est l'ingénieur du son du groupe. On le considère comme un véritable musicien. Sans lui, NO MORE BABYLON ne sonnerait pas de la même façon. En live, c'est bel et bien le "dub master". Toutefois, en studio, chaque membre du groupe intervient dans le mix final des versions. On donne notre avis, on participe au mix, tous sans exception. Wall reste indispensable dans le traitement pur et dur du son.

Du son à la réalisation en passant par la pochette, « Vampayah » est un album très pro malgré son statut d’autoproduction, et on se rend bien compte qu’il a du coûter de la thune… Comment l’avez-vous financé ?

KIKO: Le gros du financement de l'album vient de subventions. Subventions que l'on a perçues d'organismes d'Etat. Il a fallu monter de nombreux dossiers, calculer des budgets prévisionnels,... Il y a eu aussi un petit apport personnel.

Pourquoi vous autoproduire ? Les labels vous boudent, ou est-ce une façon de garder votre indépendance ?

KIKO: L'autoproduction est un choix de notre part. Ca nous permet  effectivement de faire le son que l'on veut, de garder une grande liberté. Nous étions en relation avec une maison de disque avant même que l'album ne sorte mais finalement, après plusieurs négociations, le feeling n'est pas passé et on a donc préféré faire notre truc tout seul. "Il vaut mieux être seul que mal accompagné", comme on dit.

Quel public « Vampayah » a-t-il trouvé ? Le public reggae, le public dub, ou les deux? Comment vivez-vous le clivage qui sépare le reggae du dub en France (et ailleurs)?

KIKO: C'est difficile de dire quel est le genre de public qui écoute notre album. On ne s'en rend pas trés bien compte. Mais dans l'ensemble c'est très large. Beaucoup de gens nous découvrent sur scène, et c'est souvent là que le déclic se fait. On s'est aperçu que effectivement le public reggae et dub s'intéressait à notre son mais qu'un public non initié aussi y trouvait son compte. Et ça, ça fait plaisir. C'est vrai qu'il y a une petite séparation entre reggae et dub en France (plus qu'à l'étranger notamment en Angleterre), alors que ces deux styles ont la même racine (le drum & bass). Comme on l'a dit un peu plus haut, pour nous reggae et dub ne font qu'un, c'est la même chose.

Quel regard portez vous sur la scène reggae française, et sur la scène dub ? Etes vous en contact avec d’autres groupes ? Des projets de collaborations avec des confrères?

KIKO: Etant trés attachés au son reggae, on "déplore" qu'il n'y ait pas plus de groupes de dub francophones aux accents reggae par rapport aux productions dub éléctro qui sont de plus en plus présentes. La scène reggae est toujours en essor et plus particulièrement la scène dancehall. C'est toujours ça, c'est positif, ça fait avancer les choses dans le bon sens, ça fait avancer reggae music, ça participe à sa popularité. On préfère ça à toutes les daubes qu'on nous passe à longueur de journées sur toutes les ondes radios. On est pas toujours d'accord avec les lyrics de certains cuts dancehall ou avec l'attitude de certains Deejays qui veulent toujours "clasher" tel ou tel sound. Dans le reggae, y'a un gros problème, c'est l'humilité et le manque parfois d'unité. Reggae music se doit d'être humble et prôner l'Unité. On est d'accord sur le fait que ça fait partie du sound-system, c'est dans la culture, mais bon, ça devient trop systématique... UNITY IS STRENGHT !! avant tout. On va tous dans le même sens, la vibe est la même, même si les styles sont différents. Pour ce qui est des contacts qu'on a pu développer, on est en relation avec Löbe radiant sound system, l'artiste jamaïcain Earl 16, un jeune deejay (toaster) americain qui se nomme Wonda Prince, Sons of Gaia. En ce qui concerne les collaborations en cours, je prépare un featuring pour le nouvel album de Löbe (dont la sortie est prévue en Mai 2004), on bosse sur une tournée avec Earl 16 où NO MORE BABYLON, assurera le backing band, dès Avril 2004, on a partagé plusieurs scènes avec Wonda Prince et ça risque de continuer. Un maxi Ep avec des versions inédites de "Vampayah" devrait voir le jour très bientôt. Ce projet est né sous l'impulsion de la maison de disque Walboomers, qui distribue déjà notre album au Benelux. On a également l'intention de produire une série de 45 tours où des artistes jamaïcains et  anglais se poseraient. Donc pas mal de projets de collaborations en cours !

Question rituelle : qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?

KIKO: Bonne question ! On va vous répondre individuellement, ça sera beaucoup plus simple. Alors, moi en ce moment, j'écoute beaucoup de son anglais, du stepper, du  style Pablo Gad, les prods de Gussie P, Jah Warrior, Jah Tubby's, des artistes du style Errol Bellot, Hughie Izachar, Dixie Peach, Martin Campbell  de Channel One Uk, Channel One sound system, Cultural Warriors. Le Live 2003 de Gentleman et du nu roots en général.

Lucky (Basse): Gentleman "Journey to jah" - Foundational Roots (Channel One Uk), son anglais (Mafia & Fluxy) - Dry & Heavy meets King Jammy - Barry Brown meets Jah Thomas showcase.

Gui (Drum): Revolutionnaries (Sly & Robbie) - Alpha & Omega - Barry Brown - Scientist "Dub Landing I & II".

Alex (Guitare): Pas mal d'éléctro, du nu roots.

Dju (Claviers): Yabby You "Jesus Dread" - Earl 16 "Soldier Of Jah Army" - Du nu roots.

Wall (Dub master): Augustus Pablo "Live In Tokyo" - Messian Dread - Dub UK.

Mr T (Percussions): Du nu roots majoritairement.

Quelque chose à ajouter ? Une question que j’aurais oublié de poser et qui vous tient à cœur ?

KIKO: Euh... non ! Merci pour la pertinence de ton interview, ça nous change des questions "bateau" qu'on peut nous sortir en général. Si vous voulez en savoir plus sur les NO MORE, vous pouvez vous connecter sur notre site: www.nomorebabylon.com et si il reste une question en suspend, n'hésitez pas à nous le faire savoir sur: mailbox@nomorebabylon.com, on se fera un plaisir de vous répondre.
One Love et longue vie à DUBZONE !!!


Site officiel: http://www.nomorebabylon.com

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