PICORE

L’Hélium Du Peuple
Jarring Effects 2006

 

Avant d’être la capitale du dub français, Lyon était surtout la capitale de la scène noise hexagonale. Au milieu des 90’s, Bästard régnait en effet en maître quasi absolu sur l’underground français (avec son alter ego angevin Hint, comme aujourd’hui High Tone avance côte à côte avec Zenzile).

Cette époque en aura forcément marqué plus d’un. Dont les membres de Picore, qui se trouvaient qui plus est en première ligne. On ne s’étonnera donc pas de retrouver le mélange de ces deux influences chères aux rives du Rhône dans le second album du quintette.

Si on vous précise par ailleurs que «L’Hélium Du Peuple» a justement été enregistré avec deux ex-Bästard derrière la console (aujourd’hui réunis dans le nouveau projet dark hip hop industriel Spade & Archer, avec qui collabore régulièrement Carbon Copies, le rappeur de Picore) et mixé par Nicolas Dick (des «metalleux» marseillais de Kill The Thrill), vous comprendrez sans qu’on vous fasse de dessin que les préceptes de Tubby et Perry ne vous sauteront peut-être pas aux oreilles dès la première écoute. Pourtant, nous pensons que ce nouveau Picore a bel et bien sa place sur la scène dub hexagonale. Sans doute plus du côté de Lab°, Idem ou Guns Of Brixton que de Junior Cony ou Kanka, c’est certain. Mais on croit dur comme fer à Dubzone que l’avenir est de toute façon dans la mutation maîtrisée des genres.

Nous ne sommes apparemment pas les seuls puisque, après les Suisses de Reverse Engineering, le label Jarring Effects continue de varier son catalogue en ouvrant ses portes à toutes sortes de filiations dubbées (ici donc, plutôt noise et abstract hip hop).

Disons le franchement, ce nouvel album des Lyonnais n’est pas une partie de plaisir. Pas vraiment le truc que vous aurez envie de vous écouter en rentrant du boulot le soir. Mais ça n’enlève rien à la qualité de leur travail! Ces onze titres naviguent à vue dans des eaux souillées où croisent déjà Unsane, dDamage, Tool ou Idem (pour n’en citer qu’une poignée). Pas trop la fête du slip, donc! Ca sent le bitume, le moisi, le sang, la sueur, le sperme, le vomi. Picore ne vous laisse aucune porte de sortie, vous forçant à le suivre jusqu’au bout de cet album aussi beau qu’éprouvant, alignant ses perles mortifères avec un détachement des plus angoissants.

Et pour qu’on ne puisse pas revenir sur nos pas, Picore brouille les pistes musicales (dub, post-rock, jazz, slam, indus) et nous perd dans un dédalle sonore labyrinthique. On ne sait plus où on est, on ne sait plus qui on suit. «7 Rue De La Brevenne» pourrait être un inédit de Hint, on n’y verrait que du feu. Cette trompette majestueuse qui feint de ne pas entendre la lobotomie annoncée par la rythmique, comme si Miles Davis n’avait pas vu qu’il jouait brusquement dans Scorn. Jusqu’au moment où il n’est plus possible de se voiler la face… «Cocoboy Caramel» et ses guitares rock désespérées, ses caisses claires en réverb’ et son rap moribond n’y changeront rien. Ni «Abdolescence» et sa rythmique drum’n’bass étouffée. Non plus le spoken word flippant de «France», ou le long delirium tremens de « La Teigne »… Picore nous vautre dans la fange, et on en redemande dans une longue complainte masochiste.

Kalcha  

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