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PICORE |
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L’Hélium
Du Peuple Avant d’être la capitale
du dub français, Lyon était surtout la capitale de la scène noise hexagonale.
Au milieu des 90’s, Bästard régnait en effet en maître quasi absolu sur
l’underground français (avec son alter ego angevin Hint, comme aujourd’hui
High Tone avance côte à côte avec Zenzile). Cette époque en aura forcément
marqué plus d’un. Dont les membres de Picore, qui se trouvaient qui plus est
en première ligne. On ne s’étonnera donc pas de retrouver le mélange de ces
deux influences chères aux rives du Rhône dans le second album du quintette. Si on vous précise par
ailleurs que «L’Hélium Du Peuple» a justement été enregistré avec deux
ex-Bästard derrière la console (aujourd’hui réunis dans le nouveau projet
dark hip hop industriel Spade & Archer, avec qui collabore régulièrement
Carbon Copies, le rappeur de Picore) et mixé par Nicolas Dick (des «metalleux»
marseillais de Kill The Thrill), vous comprendrez sans qu’on vous fasse de
dessin que les préceptes de Tubby et Perry ne vous sauteront peut-être pas aux
oreilles dès la première écoute. Pourtant, nous pensons que ce nouveau Picore
a bel et bien sa place sur la scène dub hexagonale. Sans doute plus du côté
de Lab°, Idem ou Guns Of Brixton que de Junior Cony ou Kanka, c’est certain.
Mais on croit dur comme fer à Dubzone que l’avenir est de toute façon dans
la mutation maîtrisée des genres. Nous ne sommes apparemment
pas les seuls puisque, après les Suisses de Reverse Engineering, le label
Jarring Effects continue de varier son catalogue en ouvrant ses portes à toutes
sortes de filiations dubbées (ici donc, plutôt noise et abstract hip hop). Disons le franchement, ce
nouvel album des Lyonnais n’est pas une partie de plaisir. Pas vraiment le
truc que vous aurez envie de vous écouter en rentrant du boulot le soir. Mais
ça n’enlève rien à la qualité de leur travail! Ces onze titres naviguent
à vue dans des eaux souillées où croisent déjà Unsane, dDamage, Tool ou
Idem (pour n’en citer qu’une poignée). Pas trop la fête du slip, donc! Ca
sent le bitume, le moisi, le sang, la sueur, le sperme, le vomi. Picore ne vous
laisse aucune porte de sortie, vous forçant à le suivre jusqu’au bout de cet
album aussi beau qu’éprouvant, alignant ses perles mortifères avec un détachement
des plus angoissants. Et pour qu’on ne puisse
pas revenir sur nos pas, Picore brouille les pistes musicales (dub, post-rock,
jazz, slam, indus) et nous perd dans un dédalle sonore labyrinthique. On ne
sait plus où on est, on ne sait plus qui on suit. «7 Rue De La Brevenne»
pourrait être un inédit de Hint, on n’y verrait que du feu. Cette trompette
majestueuse qui feint de ne pas entendre la lobotomie annoncée par la
rythmique, comme si Miles Davis n’avait pas vu qu’il jouait brusquement dans
Scorn. Jusqu’au moment où il n’est plus possible de se voiler la face… «Cocoboy
Caramel» et ses guitares rock désespérées, ses caisses claires en réverb’
et son rap moribond n’y changeront rien. Ni «Abdolescence» et sa rythmique
drum’n’bass étouffée. Non plus le spoken word flippant de «France», ou
le long delirium tremens de « La Teigne »… Picore nous vautre dans
la fange, et on en redemande dans une longue complainte masochiste. Kalcha |