PIRATEDUB

Institute of Reggae Music 
(2005)

Le moins que l’on puisse dire est qu’on est resté longtemps sans nouvelles du parisien PirateDub depuis son premier essai très prometteur, Up Tone Down Town, sorti en 2002 chez Nocturne. Celui-ci, une excellente galette de reggae-dub de tonalité assez sombre éclairée notamment par la voix du grand U-Brown, promettait beaucoup de bon son à venir. Puis les années passèrent et de deuxième album, point. Juste un morceau – mais quel morceau, Tujah ! – reproduit sur toutes les bonnes compilations de dub français de ces trois dernières années (le gigantesque et irrésistiblement cinétique “Hammond vs Bass” qui fit en leur temps le bonheur des compilations “Dub in France 1”, “Dubzone volume 2” (toujours dispo sur notre site, d’ailleurs), “French Dub System 2.0” et “Travel Sound”, de même que celui de nos oreilles à tous ici). A la suite d’un gros problème avec sa maison de disque alors que le disque était prêt à être distribué, la sortie d’Institute of Reggae Music fut repoussée, puis annulée. Ceux qui connaissent le fin mot de l’histoire n’ont aucun doute sur l’incompétence touchant à la malhonnêteté de la maison de disque en question (et ce n’est pas Nocturne, hein), mais une fois encore ce sont les artistes et les amateurs de musique qui prennent les coups, et il faudra se reporter vers un mode de distribution parallèle (mule, mulet ou assimilé, CD-R, copie cassette… faut ce qu’il faut, quoi) pour se procurer le très bon deuxième essai du DJ PirateDub. 

C’est d’autant plus regrettable que PirateDub a profité de ces trois années forcées de travail consentant pour aguerrir et bonifié son dub, et qu’il témoigne tout au long des treize titres d’Institute of Reggae Music d’une parfaite maîtrise de ses instruments et de leurs techniques, toujours au service d’un remuage de gambette optimal (“Hammond vs Dub”, “Dub 11”, “Strend Roots”, “Bass vs Kick”). Et quand son inspiration s’apaise, ce sont de grands moments d’électro-roots contemplatif qu’il nous propose (“Give Thanks” et surtout le magnifique “Bandoneon Dub”). Bien sûr, il manque encore la puissance de vrais musiciens (à imaginer les mêmes morceaux en live avec une section rythmique et/ou des solistes humanoïdes, mes quelques neurones survivantes sont au bord de la pamoison), mais l’intelligence musicale, l’érudition discrète aux citations de bon goût (“Clavinette”) et la magie des combinaisons électro-acoustiques compensent largement ce petit manque de chair – notons au passage que le nouveau mix de l’album disponible sur le web depuis fin 2005, bien plus relevé, pêchu et charnu, est nettement supérieur au mixage original de 2004. Toujours ludique sans jamais s’affranchir de la mélancolie et de l’intelligence, Piratedub confirme dans des conditions hélas rocambolesque qu’il est un acteur de la scène dub française à ne surtout pas négliger. Rendez-vous pris, du coup, pour un troisième album espéré de tout cœur qu’on n’attendra donc qu’avec plus d’impatience.           

RemainUnderground

RETOUR A L'INDEX DES GROUPES  ///  RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL