PUJA DUB OPERATORS

Full Nashah Station
Autoproduction, 2002

Puja Dub Operators est le nom d'un one-man-band derrière lequel se cache Sylvain, bassiste depuis 1997 dans des groupes de reggae bourguignons (One Drop, Coolness, Totonaques Band, O'Saga...). Après plusieurs démos en solo en marge de ces groupes, il se lance à fond dans l'aventure dub en 2002 avec "Full Nashah Station", petite autoproduction sans prétention mais qui fait grand bruit, puisque deux des cinq titres qui la composent finissent par se retrouver sur des compilations assez importantes: Digitalic Park 5 (chez Daydream) et Dub in France (chez Productions Spéciales, dont on peut lire une présentation ici). Un gage de qualité, qui se confirme dès la première écoute: le son est excellent, les compositions bien ficelées, bref: le travail est irréprochable. Au delà de ce professionnalisme apparent, ce qui caractérise la musique de Puja Dub Operators, et c'est le plus important, est sa personnalité. Cinq titres suffisent à forger une identité forte, qu'on peut définir comme un genre d'ethno-dub à la sauce électro (ou le contraire, peu importe). La réussite de l'entreprise tient au fait que les éléments "ethno" ne sont pas là juste pour dire "j'ai samplé une flûte orientale pour faire comme Hightone", mais bel et bien pour donner une coloration aux morceaux, qui s'apparentent donc à autant d'échappées vers les contrées les plus exotiques. Le morceau "India by bus", le meilleur du lot à mon humble avis, le dit du reste assez clairement, et porte merveilleusement son nom: c'est bel et bien d'une traversée de l'Inde qu'il s'agit, dans un bus qui avance en cahotant au rythme d'une basse placide mais déterminée; car ne l'oublions pas, c'est de dub qu'il s'agit, et sur ce plan là aussi Puja Dub Operators s'en sort haut la main; les rythmiques sont maîtrisées, les lignes de basse impeccables, et les arrangements témoignent d'une science rigoureuse et aboutie du dub. Puja Dub Operators a donc réussi la synthèse pourtant difficile entre le dub et la world music, dont le mystère reste intact, contrairement à ce qu'il advient chez beaucoup de ceux qui la samplent. Il se révèle en outre un excellent dubmaster, musicalement mature et artistiquement inspiré. On attend donc la suite avec impatience, et on espère un véritable album pour très vite.

2D.


Interview de Puja Dub Operators, janvier 2004.

Que signifie le nom Puja Dub Operators ?

Puja est un terme qui vient de l'Inde, c'est le rituel avec les encens, les fleurs, les cloches, les prières et méditations... quand on tire sur un shilom, on dit aussi 'bom bolenath', la puja du smoker !!

Peux-tu résumer ton parcours musical et les influences fondatrices de Puja Dub Operators ?

Sylvain: J'ai une formation de piano à la base tout gamin, puis je me suis mis au synthé dans les années 90 pour jouer avec des groupes et monter quelques compos. Rapidement ça a été la découverte choc du reggae, et je me suis mis à la basse, j'ai baigné dans le roots, la culture jamaïcaine, le sound system, le dub, et je jouais avec des groupes comme bassman tout en créant des morceaux et produisant des démos avec des synthés, boîtes à rythmes, ordi. En 99, avec Tonton Klod (batterrie) et Hervé Nicolle aka Prince Dina (percus, voix), nous avons monté le groupe One Drop. Puis en 2002, je mets au point quelques morceaux dub électro pour sortir la démo 'Full Nashash Station'. En 2003, je pose la basse, prend les machines et je répéte le 'live&direct' avec Tonton Klod (batterie électro-acoustique), et nous faisons une première série de concert, le dernier le 11 dec pour les sélection Bourges à la Vapeur (Dijon).

Pour les influences fondatrices, d'abord la musique: bien sûr beaucoup beaucoup de reggae, Marley, Spear, Congos, Israel, Mikey Dread, Yabby U, I-Roy, Jah Stitch, Prince Far I, Tappa Zukie, Lee Perry the master! Tubby, Jah Shaka, Dub Syndicate, African Head Charge, et du dub, du dub, le dub de London, le dub français mais aussi beaucoup de musique traditionnelle, ou bien Tony Allen, Talvin Singh, Asian Dub Foundation, Audioactive, Squarepusher, AphexTwin, Dj Krush, Bill Laswell.... et puis, à part la musique, il y a l'influence des rencontres diverses, notamment celle du batteur Tonton Klod qui m'a permis d'approfondir grave le basse-batterie pure reggae style avec One Drop et aussi l'influence des voyages pour poser des ambiances différentes dans le son, choper des vibes ici ou là pour s'ouvrir, se nourrir et nourrir le son.

Tonton Klod: Je suis martiniquais, dans les années 80 j'ai beaucoup travaillé sur le son de Marley, notamment le jeu de Carlton Barrett et j'ai joué avec Poglo, RMTG, Métal Sound, Ruff Nèg' (Francofolies 88, New Morning 89). Arrivé en métropole en 95, j'ai backé pour divers groupes de reggae jusqu'à la formation de One Drop qui m'a permis entre autre de plus connaître aussi le côté machine et programmation de la musique, puis le son Puja Dub Operators est venu.

Sur le CD démo « Full Nashah Station », chaque morceau baigne dans une ambiance orientale/ethnique prononcée. Est-ce une caractéristique de Puja Dub Operators que l’on retrouvera à l’avenir, ou juste une inspiration passagère ?

Cette ambiance ethnique fait partie de mon environnement, le pays est cosmopolite et je voyage pas mal, donc ce sont des influences pour la partie ambiance du son, comme le reggae pour l'ossature du riddim. L'inspiration n'est pas trop calculable, je sais juste qu'on bosse sur des dub ou il y a encore des samples 'ethniques' mais ou d'autres textures de sons ont fait leurs apparitions, d'ailleurs à la fois au niveau des ambiances avec plus de sons de synthèse ou de son non 'ethnique', de voix plus variées et aussi au niveau des riddims avec l'introduction de passage db ou hiphop ou bigbeat... Les ambiances ethniques seront présentes dans la vibe future du son mais peut-être utilisées des fois différemment, moins omniprésentes, plus aérées....ce n'est pas une inspiration passagère, c'est une réalité des influences mais d'autres vibes viennent et elles s'ajoutent, ça ne veux pas dire qu'elles effacent le passé.

Le terme « ethno-dub » a-t-il un sens à tes yeux ? Peut-on l’appliquer à Puja Dub Operators?

Je n'aime pas car c'est trop réducteur par rapport au son de Puja Dub Operators. Si il faut vraiment donner un terme je pense que dub électro est plus approprié.

Depuis cette démo, Puja Dub a participé à deux compilations assez importantes : Digitalic Park 5 et Dub in France. Qu’en as-tu tiré ? 

Surtout ça a fait trop plaisir que les gens aient kiffé le son, Puja Dub est nouveau et on a besoin de ce style de diffusion promotion pour faire connaître le son et le nom. Il y a eu aussi des chroniques sympathiques de la part de sites sur le net, de radios, des plans d'autres compilations à venir.

Tu joues avec un batteur depuis le début de l’année. Est-ce uniquement pour les concerts, ou Puja Dub Operators est-il dorénavant un duo à part entière ?

Comme je l'ai dit avant, je connaissais Tonton Klod avant l'histoire Puja Dub et une fois que la démo a été produite, c'est naturellement que je me suis tourné vers lui pour monter le son sur scène.  Il y a aussi Nyko à la basse sur certaines dates et Komar pour le visuel, ainsi que Spud ou Félix pour le son.

Sur quel matériel travailles-tu ? As-tu un instrument ou une machine de prédilection ?

Je travaille avec un P4 1,6 ghz, une carte son Omni I/O M-Audio, un midisport 4.4, un pocket Dial Doepfer, un studiotech MC-25, et avec Reason 2.5, le VST 5.1, Recycle, Wave Lab. Big up au passage aux Webbros, Tay & Fab pour la config et les précieuses aides. Je fais le travail de création, de studio en rewire avec Reason et VST et je fais le live avec Reason que je pilote avec les contrôleurs midi un peu à la old school: rien de mixé, mes boucles, et puis mes départs d'effets, mes mute, mes potards pour contrôler les samplers ou les synthés. Tonton joue sur une batterie acoustique et des pads sur lesquels je lui envoie les sons.

A quoi faut-il s’attendre pour l’avenir ? Un nouveau CD pour bientôt ?

Nous sommes en train de mixer un quatre titres. A sortir dans pas longtemps. Quelques projets de compil aussi mais surtout les concerts.

Quel regard portes-tu sur la scène dub française ? Es-tu en contact avec d’autres groupes ?

Je kif bien et trouve cela assez varié et créatif. J'ai bien trippé sur l''opus incertum' des High Tone, le 'Live' des Improvisators Dub, le 'always greener' de Brain Damage, Miniman... Nous sommes juste en contact avec des groupes de la place, notamment les Zaouli Percussions et Shrink Orchestra.

Quels disques écoutes-tu en ce moment ?

Dry&Heavy version Jammy, Sly&Robby avec Howie.B 'stripped to the bone', Adrian Sherwood, Karaikudi Mani, Combat Dub Bangarang Remix, Kaly, Interlope...

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