THE RING CRAFT POSSEE

St. Catherine in dub, 1972-1984
Moll-Selekta, 03/2004

The Ring Craft Possee est un des groupes qui, à l'instar des Aggrovators et autres Upsetters, ont fait les très riches heures des studios jamaïcains durant les années 70/80. Composé des inévitables pointures du genre (Sly Dunbar, Robbie Shakespeare, Dean Fraser, Bobby Ellis, la liste est longue - mais pas tellement au regard du nombre de titres auxquels ils ont participé), le groupe enregistrait sous la direction du producteur Rodguel "Blackbeard" Sinclair (pas de rapport, autant que je sache, avec Dennis Bovell, dont Blackbeard est aussi un des noms de disque).

L'excellent label allemand Moll-Selekta, spécialisé, un peu comme son confrère anglais Blood & Fire, dans la réédition de titres méconnus ou oubliés du reggae jamaïcain, a eu l'heureuse idée de réunir, au sein de ce "St. Catherine in dub", 14 dubs interprétés par le Ring Craft Possee, produits par Rodguel Sinclair, et mixés par Ruddy "Jah" Thomas. Cette compilation a bénéficié du soin habituel que Moll-Selekta apporte à ses productions: les titres ont été remasteriés par Moritz Von Oswald en personne (pour les amateurs de pedigree, le gars est une moitié de Rhythm & Sound), et le digipak qui emballe le tout est splendide, orné de quelques vieille photos de la Jamaïque, et d'une reproduction d'une non moins vieille carte de l'île, mettant en avant la région de St. Catherine et la ville de Portmore, fief de Rodguel Sinclair, dont les quartiers ont donné leur nom aux dubs réunis ici.

Car il s'agit bien de dubs, mais dont les originaux ne sont pas connus ou reconnaissables par les non-initiés, et en tout cas pas par moi, et ça ne les en rend que plus attrayants: les titres se suffisent à eux-mêmes, indépendamment de toute référence. On parle ici de très sérieuse rythmique, le genre têtu, le genre résolu, le genre à vous faire imperceptiblement hocher la tête en prenant l'air de celui qui sait pertinemment pourquoi il s'est levé le matin. On parle de basse proéminente, ronflante, structurant complètement certains titres. On parle de dubs, de vrais, de titres essentiellement instrumentaux, se prolongeant rarement au-delà des 4 minutes, et sanctifiés des effets consacrés, guitares délayées, cymbales qui pètent à la gueule, et sirènes à réveiller les morts. Tout ça est parfaitement fluide, et s'écoute avec bonheur, que ce soit d'un bout à l'autre, sur le mode touriste, ce qui est parfaitement possible sans risquer le moindre ennui, tant les titres sont variés, ou en bouclant sur l'un ou l'autre, façon monomanie naissante, guère moins envisageable tant certains sont immédiatement accrocheurs, et, non des moindres, permettez que j'y aille de ma petite préférence personnelle, le prodigieux "Waterford", avec son harmonica à faire regretter de n'y rien connaître au blues.

Alors évidemment, j'en entends déjà ronchonner au fond de la salle, encore un album du cru 2004 indispensable, commence à bien faire, comment je vais faire pour payer les impôts et nourrir les gosses, tout ça. Et croyez bien que je compatis, hein, on n'est pas fait de bois. Mais compassion ou pas, change rien à la conclusion: allez vite acheter ceci.

MP.


www.moll-selekta.com

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