RHYTHM & SOUND

See Mi Yah Remixes
Burial Mix, 2006

Si vous êtes des inconditionnels des volutes minimalistes auxquelles nous a habitué le duo berlinois, vous risquez fort d’être déçus par cette livraison remixée de leur dernier « See Mi Yah ». En revanche, si vous êtes familiers des autres projets plus technoïdes de Mark Ernestus et Moritz Von Oswald (Maurizio, …) ou que vous avez adoré « Basstone » et « No Wave » sur le récent « Metà Metà » de Zenzile, vous pourriez bien trouver de nouvelles raisons de creuser votre découvert bancaire. Si ce n’est déjà fait…

Sorti il y a en effet quelques mois (qui a dit « fainéants » ?!), cet album compile les différents remixes parus sur les maxis vinyls tirés de « See Mi Yah ». Si ce dernier poussait le dub dans ses ultimes retranchements en le dépouillant jusqu’à sa plus simple expression (un seul riddim vaporeux pour tout l’album), sa version revisitée le maltraite tant et si bien qu’on n’en reconnaît plus grand-chose au final. Hormis quelques titres qu’on peut encore étiqueter de dub sans trop choquer le premier dreadeux venu (« See Mi Version – Basic Reshape », « Boss Man – Tiki’s Pure Blue Remix », « Let Jah Love Come – Sweet Substance Remix », « See Mi Yah – Hallucinator Remix »…), une bonne partie de cet album séduira quand même plus sûrement les clubbers invétérés (qui a dit « invertébrés » ?!).

Il faut dire que les Berlinois se sont adjoint les services de quelques grands noms de la discipline. Carl Craig, Villalobos et François K. sont par exemple tous trois des incontournables d’une certaine techno dite « intelligente » (pour parler comme Les Inrocks), et signent chacun un remix très efficace, à condition certes de goûter un minimum la cold techno from Detroit, la deep house electronica ou la drum’n’bass dubstep (cherchez pas, je tente des trucs au niveau des étiquettes…). Après, j’avoue moins m’y retrouver quand ça part dans des rythmiques plus lounge ou plus house, sur lesquelles je ne peux alors m’empêcher d’imaginer des quinquas défraîchies essayer de réparer les dégâts en pratiquant le step avec assiduité… (qui a dit « pervers » ?!)   

Quelques bons moments donc, mais dans l’ensemble ce « See Mi Yah Remixes » aura bien du mal à concurrencer son homologue au moment de choisir celui qui atterrira dans la platine. Préférez peut-être les maxis, qui vous permettront de ne garder que le meilleur… Une sortie mi-figue mi-raisin qui n’entachera néanmoins pas notre admiration pour les travaux du duo dont on attend la suite avec impatience ! (qui a dit « fayot », bordel de merde !?!)  

Kalcha


See me ya
Burial Mix, 2005

            Ah, je les entendais déjà, aux quatre coins de la grande ville, les hommes de peu de foi répandre de fausses nouvelles – “Alors oui, il paraît qu’à Dubzone, ils brûlent ce qu’ils ont adoré – même Télérama et les Inrocks en ont parlé avant eux – plusieurs mois depuis la sortie et pas un mot – tu te souviens l’an dernier quand ils nous gavaient avec ça dans toutes leurs playlists, tous autant qu’ils sont ? – ah décidemment, le retournage de veste, ça marche chez tout le monde !”
Eh bien non, nous n’avons pas oublié la livraison 2005 des berlinois de Rhythm & Sound, et on n’a pas fini de dire tout le bien qu’on pense de leur électro-reggae-dub minimaliste avec de vrais morceaux de rêves, de paix et de mélancolie dedans. Comme disait l’autre : et ça continue encore et encore, c’est que le début, d’accord, d’accord (1).
Un an et demi après le fondamental, bouleversant, historique, renversant etc. j’en passe et du même genre w/ the Artists sorti fin 2003, la nouvelle livraison des productions de Mark Ernestus et Moritz von Oswald n’arrondit pas les angles, bien au contraire. Le parti pris est encore plus jusqu’au-boutistement minimaliste qu’auparavant, puisque tous les morceaux du disque – non content d’être tous, cette fois, parfaitement inédits - sont construits sur le même riddim, qui évolue discrètement de plage en plage par la magie des filtres, effets, résonances et autres bidouillages de paramètres. Cette simplicité mélodique et harmonique (deux accords en tout qui alternent pendant 46 minutes : C#m et G#m) qui tend au tour de force hypnotique met merveilleusement en valeur les performances vocales des différents chanteurs invités à poser leurs textes sur ce soyeux et organique écrin. Et parlons-en, de ces chanteurs, car l’affiche est exceptionnelle et leur talent n’est pas pour rien dans la réussite de l’album. Outre les habitués (Paul St-Hilaire, qui a même eu son LP Rhythm & Sound rien qu’à lui), on retrouve au fil des plages deux légendes du Studio One (Sugar Minott et Willie Williams), une grande voix du Dancehall (Bobbo Shanti) et toute une flopée de petits génies jamaïcains et dominicains évoluant pour partie sur la scène berlinoise (Ras Donovan, Jah Cotton, Koki, Rod Of Iron).
Malgré la grande réussite que représente ce LP sans compromissions commerciales aucune, il est difficile de le conseiller à un néophyte en dub électro-minimaliste car, en matière musicale, la monochromie n’est jamais très loin de la monotonie, et See Mi Ya n’est vraiment pas une introduction adéquate à ce genre de distinguo jésuitique. Reste qu’avec un minimum de préparation, on peut tout à fait se perdre dans ce nouveau voyage contemplatif et méditatif en se laissant guider par les bornes rythmiques des ordinateurs berlinois et les volutes vocales des virtuoses du larynx caraïbes. Et Rhythm & Sound s’affirme un peu plus comme les artistes par excellence à faire découvrir à tout ceux qui croient encore que le reggae est une musique joviale et festive popularisée par Jimmy Cliff et Bernard Lavilliers, et que les machines n’ont pas d’âme.  

RemainUnderground

 (1) Je sais, j’ai la référence consternante ces temps-ci. C’est l’été, tout ça, alors on se laisse un chouia aller de la ciboulette. Ou alors c’est l’effet de la boisson, allez savoir.


Rhythm & Sound est l'un des nombreux "noms de scène" des producteurs Berlinois Mark Ernestus et Moritz von Oswald (Maurizio), fondateurs du prolifique label Basic Channel, et de ses nombreuses variantes qui déclinent leurs productions par genre, comme Chain Reaction (techno / eletro dub, qui a produit Porter Ricks, Vainqueur, ou Monolake), Rhythm & Sound (c'est aussi le nom d'un label, orienté electro dub, minimaliste, principalement instrumental), et surtout Burial Mix, qui concerne Dubzone au plus haut point, puisque ses productions reprennent les bases de celles de Rhythm & Sound (le label), et y associent les voix de figures du reggae, dans ce que les gens de Boomkat (www.boomkat.com, une très honnête maison) qualifient de "réinvention du reggae", on peut pas mieux décrire l'affaire.

La plupart des productions de R&S sortent en vinyle d'abord. Sur Burial Mix, par exemple, paraît un 10'' en gros tous les 6 mois, sur lequel figure un titre produit par R&S, et chanté par un/e "vocaliste" chaque fois différent. Dans la plus pure tradition du dub, le titre chanté est complété d'une version instrumentale. Les premières productions sorties sur Burial Mix étaient axées autour du travail de R&S avec Tikiman (désormais Paul Saint-Hilaire), mais ces derniers mois, Burial Mix a surtout sorti des collaborations avec des figures du reggae/dub des années 70/80, comme Cornell Campbel, ou Lloyd Barnes. Les titres sont en général des "reprises" d'originaux de ces mêmes artistes, mais le terme ne rend pas hommage à l'incroyable travail de production réalisé par R&S: là encore, il est plus juste de parler de réinvention. D'invention tout court, donc.

L'automne 2003 verra le tant attendu se produire: les 7 derniers titres publiés en vinyle sur Burial Mix vont sortir en CD. Enfin. Deux volumes sont prévus: "With The Artists", qui regroupera les versions chantées, et "The Versions", pour les versions instrumentales. Le tout est accompagné du dernier 10'', qui réunit à nouveau R&S et The Chosen Brothers, une re(prise|invention) de leur "March Down Babylon" intitulée "Mash Down Babylon". Autant vous dire que ça trépigne chez la maison mézigue. A cette occasion, j'entends repasser dans les prochaines semaines sur chacun de ces 7 titres, dont chaque exemplaire suffit en général à remplir plusieurs semaines de pleine satisfaction musicale.


Rhythm & Sound w/Jah Batta
Music Hits You

Burial Mix, 2003.

 

La sagesse populaire est formelle: on ne change pas une équipe qui gagne. Surprise, la sagesse populaire a tort. Pour preuve, voilà une équipe qui change à chaque nouvelle production, et gagne très nettement, ne serait-ce qu'une entrée durable dans ma playlist. Cette nouvelle production reprend les principes des précédentes: une rythmique electro, avec des presque claps en guise de caisse claire, une basse synthétique, et un chanteur brillant (Jah Batta, donc), dont la voix claire est encore enrichie par le traitement dont R&S la gratifie, réverbérée ici, démultiplitée là. Une nouveauté de taille, de mon point de vue, est l'adjonction de guitares, à la fois sur un plan rythmique, typiquement reggae, mais aussi mélodique, brodant légèrement autour du thème, et ce de façon de plus en plus insistante alors que le morceau avance. Cet aspect est d'ailleurs nettement développé dans la version instrumentale, nettement plus longue, et où cette guitare remplace le chant et évite au thème de verser dans la monotonie. Du reste, je suis habituellement beaucoup moins client des versions instrumentales que des versions chantées chez R&S, mais cette version de "Music Hits You" fait exception. S'installant dans l'humeur instaurée par son prédécesseur immédiat dans la série Burial Mix ("Queen in my Empire", avec Jennifer Lara), ce titre est un peu plus "up tempo" que les plus anciens, voire, croyez-le ou non, joyeux. Enthousiasmant, à tout le moins. On sort de là ravi. Et on y retourne.   

Rhythm & Sound w/ The Chosen Brothers
Making History

Burial Mix, 2003.



Pas plus tard que l'autre jour, je dressais la liste des adjectifs que je ne pourrais vraisemblablement jamais utiliser dans le cadre de la critique d'un dub, et "bouleversant" arrivait dans le top 5, d'autant plus facilement que c'est pas le mot qu'on emploie tous les jours, en tout cas pas moi. C'était compter sans "Making History". Sa fondation est l'electro dub minimaliste (apparemment, mais l'on s'y tromperait) qui est la marque de fabrique de la maison R&S, une ligne de basse et une rythmique synthétiques, lentes, liées par la vibration d'une nappe continue, enveloppante, et relevées par des percussions sporadiques, nettes, claires, mais discrètes, qui donnent au thème sa dynamique. Les voix incroyables des "Chosen Brothers", et leur traitement par R&S, confèrent à l'ensemble sa densité. Ou sa profondeur. Ou les deux. Si j'en crois les archives, The Chosen Brothers est un ensemble vocal fondé par Lloyd "Bullwackie" Barnes, et qui a compté Jah Batta et Junior Delahaye dans ses rangs. Ici, on distingue nettement trois voix très différentes, notamment par leur registre, et ces différences sont parfaitement exploitées par les producteurs. Les voix les plus hautes, largement gratifiées d'effets divers, tiennent le devant de la scène, alors qu'une voix plus grave, présente essentiellement durant les chorus, semble se mêler à la ligne de basse. Le soin apporté à la production est nettement en dehors de mes capacités d'analyse, voire de compréhension. Je reste idiot devant le parfait équilibre et la complémentarité des voix qui composent ce morceau. Malgré la sobriété du thème, malgré, parfaitement, sa solennité, malgré les dizaines d'écoutes, le chorus me plonge à chaque fois dans un état d'hébétude extatique qui confinerait rapidement au mystique si je ne me reprenais pas à temps. Essentiel. Ou fondamental. Ou les deux.

MP.


Site si-ce-n'est-officiel-du-moins exhaustif: http://www.circonium.de/music/index.html

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