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SANDOZ |
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Sandoz est l'un des nombreux "noms de scène" de Richard H. Kirk, membre fondateur de Cabaret Voltaire, installé à son très prolifique compte depuis 1993, et enregistrant aussi sous son nom ou en tant que Eletronic Eye. Le gars pratique usuellement un genre de house-electro-ambient-machin, très richement dôté en samples, et reflétant son attrait pour les "rythmes africains" (et allez, des siècles de diversité musicale broyés en deux mots, voudrez bien m'en excuser, mais j'ai pas mieux sous le coude), et pour l'Afrique en général (si vous aimez les digressions, notez qu'un des titres de l'album "Afrocentris", enregistré par le même en tant que Sandoz, contient de très cocasses samples d'une interview d'un ancien ministre de Bokassa, au cours de laquelle il raconte avec horreur comment il avait vu ledit Bokassa boire du sang humain sur la recommandation d'un sorcier, "pour sa force, pour son pouvoir"). S'il est clair à l'écoute des albums de Richard H. Kirk que son intérêt pour l'Afrique ne se limite pas au continent, mais a suivi ses exilés de par le vaste monde, et notamment, pour ce qui nous concerne, en Jamaïque, il serait difficile, voire malhonnête, de classer son oeuvre au rayon dub, hormis pour son album "Chant to Jah", qui justifie amplement cette page, ainsi que ma gratitude durable. Chant to Jah
Allez, une fois n'est pas coutume, un extrait de la critique AMG de cet album, qui le résume à la perfection: "This is perfect soundtrack music for movies full of men with mustaches and briefcases striding purposefully, men turning to watch silver cars pass in the reflection of windows. Men who clearly know too much". Ce qui pourrait en gros se traduire ainsi: c'est la parfaite bande originale d'un film plein d'hommes à moustache et attaché-case qui avancent d'un pas décidé, d'hommes qui se retournent pour voir passer dans une fenêtre le reflet de voitures argentées, d'hommes qui en savent clairement trop". Si cette traduction n'était pas tellement maladroite, et si je ne venais pas de réaliser que l'original n'avait probablement de sens que pour quelqu'un connaissant déjà l'album, je m'arrêterais là tant tout autre commentaire me paraît superflu. Les gars qui avancent avec les attaché-cases et les moustaches, là, je les vois comme s'ils me passaient devant, ils portent même des grosses lunettes à verre miroir, leur pas tombe sur le contre-temps marqué par un curieux sample, un genre de son de cymbale ralenti et déformé, ça les oblige effectivement à faire de grandes enjambées. Lorsque la rythmique (très caractéristique, Tubbesque, avec les cymbales très en avant et dont chaque sample est coupé net, et la caisse claire badine mais obstinée) s'arrête, les gars s'arrêtent avec. Un temps. La grosse caisse reprend, les gars tournent la tête à gauche et à droite, pour voir si des fois. Les cymbales reprennent, les plans rapprochés s'enchaînent plus rapidement, va se passer un truc. Et non. La caisse claire revient, ils repartent du même pas, tout le reste revient dans le mix, ce curieux synthé un peu délayé, qui joue une ébauche de mélodie, les trompettes qui lui répondent occasionnellement en écho, la ligne de basse butée, invariable, et surtout ces samples de voix, des gars qui parlent, comprends pas ce qu'ils racontent, mais ça doit être des potes des gars qui marchent, et qui continuent de marcher, jusqu'à sortir du cadre, là-bas, dans le fond, durant le fade-out. Mais trève d'absconseries: "Chant to Jah" est un brillant album de roots, mais vraisemblablement fait entièrement à base d'éléctronique, dont beaucoup de samples. Parmi ces samples, on retrouve la marque de fabrique de Richard H. Kirk: les samples de voix, souvent Noires, souvent transformées/saturées. Ces bribes de dialogues sont incorporées au mix presque comme un instrument rythmique, et contribuent beaucoup à faire de cet album une vraie réussite, en lui conférant son originalité, et en lui permettant d'éviter l'écueil de la monotonie. Le risque était pourtant patent: les 8 titres de cet album sont assez longs, entre 6 et 7 minutes, et ils sont souvent construits de la même façon, par ajouts successifs de sources sonores au mix. Tout ça aurait donc pu sentir le trop séquencé, mais il n'en est rien: l'album est produit de main de maître, sa variété est assurée par l'originalité du choix des sources sonores (surtout dans ce contexte roots/dub), et Kirk a su y rendre la répétition presque hypnotique, et renforcer cet effet par des pauses adroitement ménagées dans le déroulement des titres, qui créent des tensions résolues par le retour du thème "complet", retours propulsant l'auditeur à pas loin de la béatitude. Et puis de toutes façons, on est bien trop occupé à essayer de comprendre où vont les gars qui marchent pour s'ennuyer une seule seconde. MP. Site officiel: http://www.obsolete.com/sandoz/
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