TCHA K FEDERATEUR

Plan D
K-Nopée, 2005

Depuis qu'High Tone s'est reconverti dans l'electro, Lab° dans le rock expérimental et Zenzile dans la pop, il devient de plus en plus difficile d'écouter du dub français en France. On les aimait bien pourtant, ces grosse rythmiques massives, ces lignes de basses simples et efficaces, ces gros skanks carrés, qui ont avec le temps fini par définir la french touch du dub, et fait battre la mesure à tant de têtes béates dans les salles de concerts... qu'on se rassure, le genre n'est pas encore mort, et revient même au plus haut de sa forme avec le génial premier album des bretons du Tcha-K Fédérateur. Je les avais découvert en 2003, c'était au tout début de l'aventure Dubzone, un des premiers groupes à m'écrire, une participation à la première compilation Dubzone en MP3... de nombreux échanges de mails depuis, pas mal de concerts de leur coté, principalement dans leur Bretagne natale, et voilà qu'un beau jour de la fin 2005, dans ma boite aux lettres, pudiquement caché entre une facture EDF et un prospectus publicitaire, m'attendait "Plan D", le tant attendu premier Tcha-K Fédérateur. Le ton est donné d'entrée de jeu avec Wencess, un sample de voix ethno, quelques notes d'un instrument à corde dont j'ignore le nom, un rimshot répétitif bat la mesure, une ligne de basse lancinante lui rend la réplique, sur laquelle viennent progressivement se greffer clavier et guitares... c'est simple, c'est classique, c'est sobre, et c'est bon. Le son est puissant, les compos vont à l'essentiel, privilégiant en permanence l'efficacité, le mouvement, le rythme. "Shape to do", troisième titre de l'album, est un modèle de puissance, rythmique comme mélodique, malgré ses huit minutes qui donnent l'impression de n'en faire que la moitié. L'ultra-violent "Ah!" est du même bois: speed, bourrin, tribal, il convertira à la cause du dub tous les déçus du hard-core et du metal. "Le rythme", que les lecteurs de Dubzone ont pu découvrir il y a trois ans sur la première compilation Dubzone dans sa version live, n'a pas pris une ride, et prend logiquement une autre dimension avec le son studio. Les Tcha-K Fédérateur n'auront pas besoin d'attendre leur troisième ou quatrième disque pour prétendre au sacrosaint "Album de la maturité": ils l'ont pondu dès leur premier essai. Des années de démo et de concert dans l'ombre auront contribué à forger leur style, leur savoir-faire et leur puissance. Amateur de dub français, arrêtez immédiatement de lire cette chronique et courrez de ce pas acheter "Plan D". C'est l'album de 2006 avec le nouveau Brain Damage. 

2D.


Démo 4 titres (live)

C'est désormais un fait accompli, après la Jamaïque, l'Angleterre et l'Allemagne, la France est le nouveau sanctuaire du dub. Chaque jour qui passe voit éclore de nouvelles têtes, le phénomène se constate sur toute l'étendue du territoire, et c'est aujourd'hui au tour de la Bretagne, pays des crêpes et de la cirrhose du foie, d'inscrire un nouveau nom sur la carte du dub hexagonal, un nom que j'invite notre aimable lectorat à bien mémoriser, car il devrait rapidement faire parler de lui: Tcha K Fédérateur. Un groupe dans la grande tradition du dub live français, qui à la manière d'un Hightone, d'un Improvisators Dub ou d'un Kaly, se caractérise avant tout par ses prestations scéniques. C'est donc en toute logique que la première démo de Tcha K Fédérateur est un enregistrement public, qui nous permet de bien mesurer l'étendue impressionnante de son potentiel. 

Quatre titres au son plus qu'honorable pour un live, autoproduit de surcroît, où le dub sert de support à d'autres styles, du reggae au hip-hop en passant par l'électro ou la world-music... les influences sont nombreuses, ce qui n'enlève pourtant rien à la cohérence de l'ensemble: en seulement quatre titres, les Tcha K Fédérateurs parviennent à définir les bases d'une identité musicale fière et solide. Un dub puissant, très rythmique, sur lequel improvisent les musiciens (tous excellents et techniquement à la hauteur de leurs ambitions) et autres collaborateurs occasionnels du groupe (musiciens, DJ, chanteurs...). C'est d'ailleurs ce qui justifie l'emploi du mot "fédérateur": un nombre élevé d'instrumentistes réunis autour d'une forme d'expression musicale commune: le dub. On ne s'étonnera donc pas de croiser, au fil des morceaux, en plus de la toujours très efficace base batterie/basse/guitare, synthétiseurs tour à tour hypnotiques, arabisants ou résolument electro, scratchs survitaminés façon DJ Twelve ("Le rythme"), chant rappé énervé à la Beasty Boys ("Tek a donf"), se limitant parfois plus simplement à des beuglements enthousiastes ("Dub a donf"), samples en tous genres... les Tcha K osent tous les mélanges, avec une réussite qui se renouvelle à chaque morceau. N'oublions pas le flûtiste, aussi virtuose qu'inspiré, qui apporte un plus de taille au groupe et lui permet d'affirmer toute sa singularité, redoublée lorsqu'il décide de troquer sa flûte contre une bombarde, instrument traditionnel breton agrémenté d'une hanche de cornemuse, qui plus encore que le mélodica semble avoir été conçu pour le dub ("Le rythme"). 

Une grande richesse instrumentale, donc, doublée d'une générosité de tous les instants: les Tcha K ne connaissent pas la modération, et ne font pas semblant de mouiller leurs chemises, à tel point qu'en écoutant cet enregistrement live, on finit par oublier qu'on est tranquillement chez soi vautré sur son canapé pour se retrouver catapulté dans l'arène, entre deux murs d'enceintes, au beau milieu d'un entremêlement de bras et de jambes qui s'agitent en cadence. Si vous aimez le dub live, couillu et épicé, qu'on écoute très fort en poussant le caisson de basse au maximum quitte à se fâcher avec ses voisins, n'hésitez pas un seul instant: les Tcha K Fédérateur feraient danser un tétraplégique. A quand un contrat chez Jarring Effects? 

2D.


Site web: http://tchakfederateur.free.fr

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