ZENTONE

Zenzile meets High Tone – Zentone
Jarring Effects, 2006

 

Objet de tous les phantasmes sur le papier, cette rencontre au sommet entre les deux chefs de file du mouvement dub en France tient toutes ses promesses dans la réalité ! Elle les tient même doublement.

On ne va pas vous faire l’affront de vous présenter les deux groupes en question, ou de vous rappeler la genèse de ce disque, si vous venez sur ce site, c’est que vous connaissez déjà la majeure partie des travaux de High Tone et Zenzile. Si ce n’était pas le cas, vous trouverez tout ce dont vous avez besoin quelques pages web plus loin…

Après avoir enregistré ces dix morceaux en commun sur Lyon, les deux groupes ont donc décidé de repartir chacun de leur côté, les bandes sous le bras, pour pouvoir les mixer en toute liberté. Hormis le court « Breathe » qui n’a bénéficié que d’une seule lecture (signée High Tone), chaque titre se décline par conséquent en deux versions distinctes : un Zen Mix et un Tone Mix. La moitié de ces versions est compilée sur le CD, et l’autre moitié se retrouve sur le vinyl. Forcément, c’est un album qui va finir par vous coûter un peu cher, mais il va pourtant être très difficile de faire son choix entre les deux acquisitions.

Car ce « Zentone » est un véritable tour de force ! Si la composition des morceaux est étonnamment cohérente entre les deux groupes (pas toujours évident de savoir qui a joué quoi, même si on reconnaît quelques pattes de ci de là), les mix sont, eux, marqués au fer rouge par la personnalité de chacun des deux protagonistes. Amusez-vous à écouter en blind-test chaque titre dans ses deux versions, vous ne devriez pas souvent vous tromper pour en reconnaître les auteurs (« Zentown » et « Crash Test » en sont deux exemples assez bluffants, si rock chez les uns, et si ethniques chez les autres).

C’est d’ailleurs tout bonnement confondant de réaliser à quel point les choix de productions « font » le morceau. On a beau se l’entendre répéter sans cesse depuis que le dub existe, jamais la démonstration n’en avait été aussi manifeste pour nous autres, pauvres auditeurs, habituellement absents des séances de mix où tout se décide. Là, on peut presque « palper » la particularité de chaque version. A part pour un ou deux occasions où les deux groupes ont cheminé à peu près dans la même direction (« The Source », « Deeper »…), la majorité des titres diffère presque radicalement. Ecoutez ce « Pulse Weed » qui va retourner tous les dance-floors angevins avec sa rythmique steppa imperturbable, alors que sa réciproque lyonnaise est un morceau éminemment cérébral à la batterie presque absente… Même constat pour cet « Organ Gift » si enjoué et accidenté chez High Tone, avec ses claviers incontrôlables, qui devient un dub à l’intro inquiétante et au final presque mélancolique du côté d’Angers…

Même lorsque les deux groupes revisitent le roots de leur jeunesse, ils ne le font pas de la même manière : quand les claviers mènent la danse de « Dub Invaders » chez High Tone, c’est une basse tellurique qui viendra faire sonner tous les voisins chez Zenzile !

Ce « Zentone » n’en est forcément que plus passionnant, et mettra d’autant plus de temps à dévoiler tous ses charmes. Un incontournable, qu’on appelle ça, par chez moi. Et par chez vous aussi, faîtes-moi confiance…

Kalcha  

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