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ZENZILE |
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ZENZILE SOUND
SYSTEM – Metà Metà
Qu’est-ce
que vous voulez ? Ca vous surprend, vous ? Quand vous demandez à un
groupe de compiler une anthologie du dub de ces 30 dernières années, et
qu’ils ne vous citent aucun groupe steppa anglais pour leur préférer un
Fugazi ou un Roots Manuva, il ne faut pas trop s’étonner après… Alors
quand aujourd’hui le groupe angevin annonce la sortie d’un album de musiques
électroniques, bah, forcément, ça sonne pas du tout comme les petits
camarades qui donnent tous dans la drum’n’bass, la hard tek ou le break beat
ethnique… Non, Zenzile a autrement plus de classe et de talent que ça !! Ce
« Metà Metà » arrive dans la carrière du groupe comme un exutoire
d’idées difficilement exploitables dans un album officiel sans risquer l’éparpillement,
d’où cette appellation « Sound System » censée avertir du côté
« digital » de la chose. On est pourtant bien loin des habituelles
sirènes ou autres odes à Raaaaas Tafariiiiiiiiiiii… Ces
11 titres + 2 interludes nous promènent plutôt dans l’univers parallèle des
Angevins. On connaît notamment leur amour des productions dub et techno
teutonnes (Maurizio & Co) qu’on retrouve ici sur deux titres à la
rythmique minimale mais hautement addictive (« Basstone » et
« No Wave »). Les aficionados des atmosphères cinématographiques
se pâmeront devant « Minorités » ou « Mobylette démocratie »
que n’auraient sans doute pas reniés Amon Tobin et The Cinematic Orchestra.
Mais force est de dire que le quintette a encore réussi le tour de force de créer
un nouveau répertoire éminemment personnel, toujours emprunt d’éléments
jazzy, abstract hip hop, folk, soul et electronica. Il serait bien difficile de
plébisciter un titre plutôt qu’un autre. L’ensemble est éclectique tout
en restant cohérent. Du japanimé « Akiko » à l’afro « Mille
francs Mille francs », en passant par le splendide « Flying Carpet »
(feat. Vincent « Cello » Segal) ou le quasi aphextwinien « President’s
version », « Metà Metà » place encore une fois la barre très
haut et confirme le statut à part de Zenzile sur la scène (inter?)nationale. La première écoute surprendra inévitablement le fan de longue date, il est donc vivement conseillé d’insister un peu. Car on retrouve finalement assez vite la patte du groupe, ce son si particulier, et cette originalité qui ne leur a pour l’instant jamais fait défaut. Les
Zenzile sont irrécupérables. Incurables. Ils ne feront manifestement jamais
rien comme tout le monde. Et c’est tant mieux. Kalcha Modus
Vivendi
Il y des jours comme ça où on se dit que ça y est, que c’est arrivé.
Que Noêl Noêl, Hosanna au plus haut des cieux et tout ça. Que tout n’est
pas si pourri que cela, qu’il reste du temps et plein de choses à faire. Que
le dernier Daft Punk n’est qu’un gros canular à prendre au trentième degré.
Que Raffarin quitte la politique et est engagé au service
communication/marketing de 9 Telecom. Que la gamine de quatorze ans qui opinait
du walkman de l’autre côté du métro n’écoutait pas le dernier Mylène
Farmer mais le nouveau Zenzile, et qu’en rentrant elle allait monter un groupe
de dub avec sa grande cousine, celle qui pour l’instant joue de la basse dans
l’orchestre de bal de son village de l’Orléanais profond. Et puis non,
finalement le soir vient, et on allume la télé pour se regarder un dvd, et on
tombe par hasard sur une émission de télé-crochet porcine et auto-satisfaite,
et on se dit que ça ne va pas être aussi facile que cela, en fait. Mais
qu’il nous reste quand même le dernier Zenzile…
RemainUnderground Zenzile, du nom d'un poète sud-africain anti-Apartheid, est un groupe né en 1995 à Angers de la rencontre de plusieurs musiciens issus de la scène musicale underground de la ville. Parti sur les bases d'un trio, le groupe, après divers remaniements, prend aujourd'hui la forme d'un quintet batterie, basse, guitare, claviers et saxo; certains des membres, polyvalents, jouent également des percussions et du mélodica. Au sein du paysage dub hexagonal, les gars de Zenzile sont un peu à part, dans le sens où leur musique résulte d'une pratique de l'interprétation live plus poussée que celle de leurs confrères. Elle est avant tout la musique d'un groupe, elle sent la salle répétition, les amplis qui chauffent et la peau de caisse claire qui fume, bref, elle respire plus l'énergie brute du rock que les heures de production passées en studio qui caractérisent habituellement le dub. Loin de moi l'idée de critiquer les groupes pour lesquels la production fait partie intégrante de la composition, bien au contraire, le dub trouve son essence même dans ce type de pratiques, simplement, il est agréable, de temps en temps, d'offrir à ses oreilles un bon coup de son brut de décoffrage; le fait que les membres du groupe ne proviennent pas initialement du reggae, mais du punk et du hard-core, expliquent cet état de fait. Sachem
in Salem
Dans Sachem in Salem, leur premier album (en réalité leur second, mais le premier est passé inaperçu et demeure aujourd'hui introuvable), les Zenzile posent les bases de leur musique: un dub instrumental, fait pour les concerts, que les musiciens prennent un plaisir évident à interpréter, plaisir qui se transmet naturellement à l'auditeur. Malgré ses imperfections, Sachem in Salem n'a pas vieilli, et fait partie de ces albums que l'on réécoute régulièrement, avec un plaisir toujours renouvelé, au même titre que certains albums de rock qui ne parviennent pas à se démoder, et ce pour une raison bien simple: la faculté évidente du groupe à produire des "standards", c'est à dire des morceaux où l'efficacité prend le pas sur un étalage éventuel des possibilités techniques du moment, et qui traversent donc le temps sans prendre une ride. Sound
Patrol
Sound Patrol, second album du groupe, est l'album de l'expérimentation. Fort des bases définies dans Sachem in Salem, dont on retrouve l'énergie live, renforcée par un son irréprochable, Zenzile part à la recherche de son identité musicale en explorant une grande variété d'ambiances, du dub rock rapide et survolté au dub tranquille, mélancolique à l'occasion, en passant par le reggae plus conventionnel, voire carrément ragga. Les morceaux instrumentaux le disputent aux morceaux chantés, grâce à la participation de Jean Gomis, chanteur de Meï Teï Sho, et de la poétesse anglaise Jamika; tous deux deviendront des collaborateurs réguliers du groupe. Si Jamika parle ses morceaux plutôt qu'elle ne les chante, contribuant ainsi à en renforcer l'aspect atmosphérique, les morceaux chantés par Jean Gomis sont des chansons à part entière, qui brisent agréablement la continuité instrumentale de l'album par leur subite montée en puissance, sans pour autant en altérer la cohérence. Sound Patrol est un excellent album, qui traduit une fois encore la capacité du groupe à composer des morceaux voués à traverser le temps et les modes sans perdre de leur efficacité. "Ice pack sonar", fabuleux instrumental qui ouvre l'album, ou "Chain Lettah", dont la rythmique reggae se marie en parfaite harmonie avec le chant nerveux de Jean Gomis, en sont les meilleurs exemples. Totem
"Totem",
dernier album en date de Zenzile, est pour employer une dénomination certes un brin cliché
mais en l'occurrence parfaitement adaptée, l'album de la maturité. Les morceaux sont épurés comme ils ne l'ont jamais
été, se limitant systématiquement à la sacro-sainte formule
batterie/basse/guitare, sur laquelle viennent se greffer claviers et saxo, sans aucun sample ni trop d'effets de
production. Le son est
parfait, les compositions vont à l'essentiel, dans une rigueur, une précision
et un soucis du dépouillement qui forcent le respect. Chaque instrument est
parfaitement dosé, chaque son est à sa place; un exemple parmi tant d'autres:
dans "Morning daylight", l'orgue définit presque le morceau à lui
seul. Les tempos sont assez lents, en conformité avec l'ambiance dub
nonchalante qui baigne l'album; une nonchalance qui, ne nous y trompons pas, n'est
parfois qu'apparente, et derrière laquelle se dissimule à l'occasion quelques
moments d'authentique brutalité. Le break à la guitare du pourtant très paisible
"Smell the roses", véritable réminiscence du passé hard-core/punk du groupe, est
là pour le prouver. La guitare est du reste omniprésente d'un bout à l'autre
de l'album, scellant définitivement l'identité "live" du groupe, en apportant une touche rock délectable à l'ensemble,
qui renforce encore l'énergie brute des morceaux. Energie qui atteint son
paroxysme dans le morceau "Axis of evil", où les Zenzile retrouvent
leur fidèle comparse, Jean Gomis, le chanteur de Meï Teï Sho, pour le meilleur morceau de
dub/rock
de tous les temps: Axis of evil, véritable tube, dans le bon sens du terme, capable, en
concert, d'embraser un public dès ses premières notes. Totem est un album exemplaire, appelé lui aussi à traverser les
années pour gagner sa place au Panthéon du dub, voire au Panthéon du rock, et
ceux qui regrettent avec nostalgie les morceaux dub de Bad Brains n'ont qu'à
l'écouter pour s'en convaincre.
Pour
en finir avec cette présentation discographique, signalons l'existence de deux
maxis entièrement dédiés aux deux collaborateurs récurrents du groupe: Sir
Jean et Jamika. Zenzile meets sir Jean propose deux morceaux et leurs
versions remixées, dans la veine du Chain Lettah (Sound Patrol) et Axis Of Evil
(Totem). Des morceaux
d'autant plus réussis qu'il parviennent à prendre la forme de véritables
chansons, structurées en tant que tel, sans pour autant dénaturer le feeling
dub qui les anime, et donc évitant de tomber dans le piège de trahir leur
style originel pour des chansons plus typiquement reggae. Deux morceaux
indispensables, donc. Zenzile meets Jamika... honte à moi, je ne l'ai toujours pas écouté. 2D. Zenzile
meets Cello
MP. A lire également: la chronique du morceau Axis of evil, tiré de l'album Totem, dans la rubrique du juke-box. A visiter: zenzile.com, site officiel du groupe. |