COLDER

Again
Oupout, 2003

On peut parler de cold-wave dans un site consacré au dub sans pour autant être hors-sujet, preuve en est avec Colder aka Marc N'Guyen, dont l'album "Again" est une réussite à plus d'un titre. Le premier tient dans son postulat: réussir à réaliser sans se planter, en 2003, un disque d'hommage revendiqué et assumé aux grands noms de la cold/new-wave des années 80. Joy Division, Bauhaus, Sisters of mercy, telles sont en effet les influences de l'album, mais cuisinées à la sauce electro-pop, et avec une qualité de production pour le coup très actuelle. Sur ce point, Colder est une réussite fulgurante, non seulement car il parvient à respecter les lois du genre sans le dénaturer et sans pour autant avoir avoir l'air de plagier, mais aussi car il le magnifie en le parant des atours de la modernité, rendant compte au passage de l'intemporalité de la musique à laquelle il rend hommage. Une performance artistique qui force le respect, d'autant plus quand on sait l'enlisement de la scène cold actuelle. Mais quel rapport avec le dub, me direz-vous? Il est simple: la cold-wave, de même que certaines tendances du punk, du kraut rock, et d'une manière générale de toutes les musiques hybrides et expérimentales dérivées du rock dans les années 80, est souvent construite sur des bases comparables à celles du dub: un tandem batterie/basse omniprésent, guitares, voix et claviers servant à créer une ambiance autour du rythme. Certains des groupes de l'époque ont logiquement succombé aux charmes du dub lorsqu'il fit ses apparitions en Angleterre au début des années 80 sous l'impulsion des exilés jamaïcains locaux. Des morceaux aujourd'hui cultes comme "She's in party", de Bauhaus ou "Guns of Brixton" des Clash montrent que le dub occidental contemporain n'est pas seulement le fruit du reggae. Sachant cela, on ne s'étonnera pas de retrouver des traces de dub sur l'album de Colder, basses prédominantes, utilisation particulières de certains effet, en l'occurrence particulièrement flagrantes sur un morceau en particulier: "One night in Tokyo", dub authentique et incontestable, autant qu'il est grandiose. On peut également citer "Colder", très electrodub allemand dans l'esprit, qui clôt l'album en posant l'hypothèse d'une "bass music" au sens large, au delà des genres et des étiquettes.

2D.

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