LIVE - BRAIN DAMAGE

Brain Damage à la Guinguette Pirate, Paris, 05/11/2004. 

Petite salle qui tangue sur la Seine à l’ombre des tours de la Bibliothèque François Mitterand, la Guinguette Pirate était pour un soir le port d’attache parisien des deux stéphanois de Brain Damage, dont le génial émo-dub-ambiant (le terme est d’eux – s’il m’avait fallu en forger un moi-même, il aurait sans doute été beaucoup plus complexe encore) prouve qu’une grande ville de football comme Saint Etienne peut apporter autre chose à la scène musicale française qu’un groupe en survette Adidas qui produit de la musique au kilomètre pour Jane Birkin ou Indochine. Petite salle donc mais bourrée à bloc malgré la concurrence rude des autres concerts parisiens (dont le festival des Inrockuptibles, qui n’était pas le moins fréquentable ce soir-là). Et les absents, comme d’habitude, eurent tort – même ceux qui croyaient connaître Brain Damage au travers de leurs (déjà extraordinaires au demeurant) albums studio.

Car sur scène, l’émo-dub de Brain Damage devrait plutôt s’orthographier hémo-dub – avec un “h” comme hémoglobine. La prestation scénique des deux musiciens se situe quelque part à mi-chemin entre le rouleau-compresseur et l’orgasmatron : difficile de dire qui, d’un bassiste en phase directe avec sa colonne d’ampli et bondissant ou s’immobilisant en accord avec les remous sonores de ses infra-basses, ou d’un machine man qui prouve par potard + slider qu’on peut jouer de la table de mixage comme Hendrix de la Stratocaster, semble le plus possédé par les orages soniques qu’il déchaîne et mériter l’un plus que l’autre le titre de réincarnation dub de Jim Morisson. Visuellement, le duo offre donc un spectacle priapique et intense, à la mesure de la sueur dépensée, et le public ne s’y trompe d’ailleurs pas, puisque votre serviteur doit avouer n’avoir que rarement vu public plus réactif et excité, pogoteur et bondissant, hors de quelques teufs technoïdes ecsta-tiques et de quelques concerts de rock particulièrement enthousiasmants pour les amateurs du genre – en tout cas, il n’était jamais sorti d’un concert de dub avec une ecchymose à l’épaule, en souvenir d’un voisin projeté un peu plus violemment que la moyenne… Et cet enthousiasme communicatif et festif, malgré le caractère introspectif et oppressant de la musique du duo sur disque, n’est nullement surprenant, puisque Brain Damage insuffle sur scène plus d’énergie que la quasi-totalité des groupes dit “de scène” de la scène rock (ou assimilé) actuelle. Plus le monde est ce qu’il est, moins j’ai envie d’utiliser ce genre de métaphores, mais force est de constater que l’émo-tech-ambiant-dub de Brain Damage est une véritable machine de guerre, de celles qui pilonnent les percus comme des orgues de Staline et qui écrasent les tranchées à grands coups de basse – et j’arrête là les comparaisons douteuses, promis. La science scénique du duo provient notamment de son sens apparemment inné de la tension et de l’explosion : peu de groupes savent aussi bien qu’eux diriger un public, l’amener au bord de l’implosion par une construction savante de sons et d’ambiances pour le libérer d’un seul coup par un déchaînement de percussions steppers et de grondements de basse hiératique et majestueuse.

Le niveau du songwriting n’est de plus pas en reste, puisque le répertoire du groupe mélange nouveaux titres du dernier album (autant de classiques instantanés qui feront date dans l’histoire du dub français, si vous voulez mon avis – lisez la chronique de 2D et nos playlists à tous les deux, c’est édifiant), titres du premier album travaillés dans des sonorités bien plus tech-step que sur galette, remixes (premier morceau de bravoure scénique, celui où les paralytiques se levèrent et marchèrent, que ce mix de Dubwiser qu’ils nous servirent en guise de troisième morceau), et rappels à mettre à genoux les derniers résistants (notamment un inédit avec Learoy Green qui n’a strictement aucune raison de rester inédit très longtemps si le monde est bien fait.)

Il est quasiment impossible de décrire, voire même de laisser pressentir, la richesse et l’énergie de la musique de Brain Damage, sur disque comme sur scène. Mais soyons bien sûr que le niveau de leur performance live servira longtemps de mètre étalon pour juger des prestations de ceux qui ne peuvent aujourd’hui qu’apparaître comme leurs outsiders : watch & learn, petits scarabées, ces deux-là sont très très loin devant.

Maintenant je le sais : nous vivrons dans un monde parfait le jour où Georges W. Bush consacrera une heure par jour, non à la prière, mais à l’écoute de Brain Damage. 

RemainUnderground


Tout est dit et bien dit. J'étais moi aussi parti pour y aller de mon panégyrique, bien résolu à couvrir de superlatifs le duo stéphanois comme il le mérite, mais en remettre une couche derrière la chronique de mon excellent confrère serait être redondant, donc je ne vais rien ajouter, sinon ces quelques photos, prises par ma pomme, et m'en vais de ce pas réécouter Genetic Weapon à donf pour la quatorzième fois consécutive aujourd'hui malgré les protestation véhémentes de mon voisin du dessous, qui a eu la très mauvaise idée d'installer son lit en mezzanine juste en dessous de mon caisson de basses, le con.

2D.








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