LIVE - BRAIN DAMAGE + FEDAYI PACHA


Brain Damage + Fedayi Pacha au Batofar, 24 février 2005.

Tandis que la neige tombait drue sur Paris en ce frisquet jeudi de février, les basses pleuvaient avec encore plus de violence sur le désormais célèbre Batofar, connu pour avoir lancé la mode des bateaux reconvertis en salles de concerts amarrés sur les quais de Seine, aujourd'hui tous regroupés aux pieds de la bibliothèque François Mitterand. Le Bangarang crew au grand complet était en virée à Paris ce soir là, puisque les Brain Damage, têtes d'affiche de la soirée, avaient eu la bonne idée d'amener dans leur valise leur pote stéphanois Fedayi Pacha, dont on attend le premier album dans le courant de l'année. Un album qui s'annonce prometteur si l'on en croit le set plus qu'honorable avec lequel il ouvrit la soirée, au grand bonheur d'une salle pourtant manifestement venue applaudir ses grands frères. Un dub subtil et inspiré, très orientalisant, qu'on avait déjà pu goûter avec délectation avec "The 40 days of Musa Dagh" sur la compilation I Dub You (au passage, saluons l'excellence de sa version live, boostée steppa pour l'occasion) et "Persian blind" sur le volume 3 des compilations Dubzone en mp3. Le public était manifestement conquis, à l'image de mon confrère Remain Underground qui me signale expressément: "et surtout, tu écris bien dans ta chronique que j'ai particulièrement kiffé le deuxième morceau du live de Fedayi Pacha, tu l'écris hein, le deuxième morceau, sinon je fais la grève des chroniques". C'est dit.

C'est une salle déjà bien chaude que les Brain Damage trouvèrent donc en entrant sur scène, qu'ils n'eurent aucun mal à conquérir dès les premières notes du Cube, pierre angulaire de leur dernier album. Si leur précédent passage à Paris (la Guinguette Pirate) marqua les mémoires par sa furie sonore, la sono autrement plus performante du Batofar permit aux parigots de découvrir toute la finesse du Brain Damage live, que l'on pourrait croire à tort uniquement centré sur la puissance rythmique. En effet, si le martèlement stepper assomme, dans des versions souvent dopées pour les besoins du live ("A little walk to nowhere", "Les petits yeux métalliques"), la déconstruction dub n'en ressort pas moins dans toute sa finesse des mains d'un homme machines certes totalement hystérique derrière sa console, mais pas moins doué d'une précision chirurgicale dans ses interventions sur le matériau sonore. Tandis qu'il fait pleuvoir delays, reverbs et autres traitement dubisants sur ses séquences, son homologue bassiste s'agite avec frénésie sur le rythme telle une marionnette désincarnée, propageant ses basses vrombissantes dans les murs, le plafond et le plancher d'un Batofar tout surpris mais carrément aux anges d'avoir ainsi l'occasion de ronronner comme un gros chat. 

Si Brain Damage peut se définir par la dualité de son style, toujours à mi chemin entre roots et futurisme, le duo cultive une complémentarité d'une autre forme, relative à ses moyens d'expression: intériorisé et réfléchi en studio, Brain Damage explose au contraire en live, exprimant sa musique physiquement avant tout, et semblant utiliser la scène comme un exutoire des frustrations accumulées par de trop longues heures d'introspection en studio. Et le public communie. Car Brain Damage sur scène, ce n'est pas seulement l'expérience du pain dans la gueule, mais aussi celle de la sodomie: tout passe comme dans du beurre, des morceaux les plus roots ("One dollar", "My father") aux plus radicaux ("Brain booster"), émaillés ça et là d'inédits surprises, dont un stupéfiant "Zion is calling", vraisemblablement chanté par Learoy Green sur un beat stepper à la limite de la techno (qui a dit que les Brain Damage n'avaient pas d'inédits en magasin? Martin, si tu me lis...) Une grosse heure seulement, car il fallait laisser la place ensuite, mais d'une telle intensité qu'elle en valait deux, voire trois, pour ne pas dire sept. Et une seule hâte: voir de nouveau, le plus vite possible, Brain Damage sur scène. 

2D. 








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