LIVE - IMPROVISATORS DUB + L'OEUF RAIDE

Improvisators Dub + L'Oeuf Raide au Triptyque (Paris), 24 juin 2004. 
Par notre envoyé spécial Remain Underground.

Nul n’est besoin ici de revenir sur tous les compliments que nous inspirent l’excellente compilation French Dub System vol. 1 qui sort ces jours-ci chez Wagram, et son choix avisé de tranches de dub de tous horizons et de toutes tendances, du plus roots au plus expérimental, du plus acoustique au plus électro. Histoire de marquer le coup, deux groupes déjà auréolés d’une indéniable réussite sur disque et précédés d’une réputation flatteuse se produisaient live au Triptyque – horaire annoncé 20h30, début du premier concert à 22h ; sans entrer dans la polémique des horaires qu’avait déjà lancée 2D dans une précédente chronique (déjà au Triptyque), je me contenterai de citer un grand type qui, sirotant sa bière au milieu de son groupe d’amis à quelques pas de moi, s’est écrié vers 21h45 : “C’est vrai que ça les amuse de commencer en retard, ces enc…s.” Et je ne pense pas qu’il parlait des artistes.

Les quatre musiciens d’Improvisators Dub se présentent donc en rang serré - et je n’emploie pas le terme de musiciens à la légère, puisqu’il s’agit bien de dub roots joué live, avec toute la dynamique, le gros son et la communion avec le public que cela implique : un batteur (qui se révélera très vite indispensable tant par son assourdissant martèlement de grosse caisse quasi-step par moments que par ses ponctuations aérées et aériennes de caisse claire et de cymbales), un bondissant bassiste-claviériste dont le balancement chaloupé servira de véritable repère visuel sur scène à tous les spectateurs de moins d’1m80 situés au-delà du troisième rang, un guitariste-lanceur d’effets-MC à l’occasion (d’ailleurs un peu trop bavard au micro au début des premiers morceaux et ne nous épargnant aucun poncif dans le genre “fuck the babylone system”) et enfin, last but not least, un multi-instrumentiste qui jonglera pendant tout le set avec toute une batterie d’instruments à vent (sax, flûtes diverses et variées etc.) ainsi qu’avec un sitar qui lui servira à introduire en douceur le concert et dont il se re-saisira pour un extraordinaire dernier morceau avant rappel ("Sitar man dub", sur l'album "Super vocal & dub session"). Pendant une bonne heure et quart, les titres imparables vont se succéder avec une inexorable efficacité, les basses vont faire trembler la salle jusqu’au plus profond du ciment, le public va bouger son corps comme un seul homme et les bonnes vibrations alliées aux bouffées de fumée qui fait du bien au ciboulot vont faire passer le temps beaucoup trop vite. Tout au plus pourrait-on regretter que le groupe ne prenne que peu, voire pas, de véritables risques musicaux sur scène malgré une configuration instrumentale que l’on rêverait beaucoup plus aventureuse, mais avouons aussitôt que ce serait là bouder notre plaisir - et il ne faudrait pas perdre de vue que pour un panard, c’était un putain de panard.

Quand Fred, la tête pensante de l’Oeuf Raide (et ancien guitariste et chanteur dans un groupe de hardcore-punk, Tong !) monte sur scène et prend possession de ses platines et de son ordinateur, il est déjà près de 23h45 et je sais que je ne verrai pas la fin de son set (voir polémique ci-dessus). L’ambiance change du tout au tout : la musique jouée ici est strictement électronique et beaucoup plus expérimentale, moins festive et plus intellectualisée que celui des Improvisators Dub. Aux côtés des influences dub viennent s’inscrire sans aucun doute les hauts patronages d’un Aphex Twin ou d’un Squarepusher, et des touches de hip-hop et de breakbeats viennent compléter un tableau sonore extrêmement séduisant. Le travail du VJ (Vidéo-jockey) qui l’accompagne est également très réussi (on y apprend notamment que la poule, contrairement à sa progéniture apte à la raideur, n’aime pas le pastis…). Bref je n’aurais que des regrets de devoir partir avant la fin du set et le début de la soirée drum’n’bass qui devait secouer le Triptyque jusqu’au petit matin.

Force est de constater que le pari est largement gagné et que le dub français est bien parti sur les bons rails que lui promettaient les compilations récentes (rendez-vous pris pour le volume 2 de Dub in France, soit dit en passant) et les derniers albums de ses groupes-phares. Je ne sais ce que ça va donner pour l’Euro de football, mais en tout cas, avec des performers live aussi enthousiasmants et complémentaires que ceux de ce soir, nul doute que la France mène déjà 1-0 contre le reste du monde...

PS. : Bon OK, ça y est, j’ai vu ce que ça a donné, mais j’ai la flemme de changer mon envolée lyrico-métaphorique conclusive.

Remain Underground .

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